Nous prenons notre part de solidarité, nous respectons le droit d’asile

Interview de Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international, à BFMTV.

Q - Nous sommes en direct avec Jean-Marc Ayrault, le ministre des affaires étrangères et du développement international. Bonsoir Monsieur Ayrault.

R - Bonsoir.

Q - Vous êtes à New York à l’assemblée générale de l’ONU, la 71e assemblée générale où la communauté internationale semble assister justement, impuissante, à la suite de l’exode des réfugiés venant de Syrie car la trêve ne tient toujours pas. Impuissance de l’ONU, des Français, des Américains. C’est cela l’image, aujourd’hui, de la communauté internationale ?

R - Il ne faut pas tenir toujours un discours négatif. Nous avons eu hier, et une autre lundi, une réunion sur la question des réfugiés. Ce sont 65 millions de personnes qui sont réfugiées ou déplacées. C’est le chiffre le plus considérable depuis la Seconde guerre mondiale, c’est-à-dire l’équivalent de la population de la France. Ce n’est pas seulement l’Europe qui est concernée, c’est aussi le continent africain, c’est l’Asie, c’est le monde entier qui est confronté à cette masse d’hommes, de femmes et d’enfants qui fuient. Ils fuient quoi ?

Ils fuient la guerre d’abord. C’est pourquoi vous évoquez la Syrie à juste titre. Mais ils fuient aussi la faim et ils fuient aussi les dérèglements climatiques. Tout l’enjeu et toute la responsabilité de la communauté internationale, c’est de répondre à toutes ces crises. En même temps, il faut d’abord gérer l’urgence. Tous ces réfugiés qui arrivent, que ce soit en Europe ou ailleurs, il faut pouvoir les accueillir. Ils peuvent demander le droit d’asile. Il faut rétablir les faits.

Quand M. Sarkozy dit que la France va être submergée par l’immigration et les réfugiés, nous sommes plutôt submergés par sa démagogie. L’année dernière, la France a reçu 80.000 demandes de droit d’asile et elle s’est engagée à accueillir 30.000 personnes supplémentaires sur deux ans. On est quand même très loin d’être submergés. Simplement, nous prenons notre part de solidarité et, surtout, nous respectons nos engagements internationaux, c’est-à-dire le droit d’asile. Nous instruisons chaque demande puisqu’il y a des personnes qui ne peuvent pas y prétendre et qui ont vocation à retourner dans leur pays si elles n’entrent pas dans ce cadre.

Simplement, il faut travailler avec dignité. Et quand nous voyons à Calais des milliers de personnes qui sont dans ce qu’on appelle la jungle, il est du devoir de l’État, effectivement, de démanteler ce qu’on appelle cette jungle pour traiter humainement ces personnes, pour les répartir de façon modeste sur l’ensemble du territoire national - nous sommes un pays de 65 millions d’habitants au moins - et de le faire dans la dignité pour instruire les demandes de droit d’asile. Puis ceux qui ne pourront pas y prétendre, ils repartiront dans leur pays.

C’est comme cela qu’il faut travailler, pas en utilisant cette question pour gagner quelques voix, surtout pour gagner des voix dans une primaire, alors que la France a besoin qu’on traite les problèmes, qu’on le fasse de façon apaisée et responsable. En tout cas, c’est ce que j’essaie de faire ici, à New York. Je viens de m’exprimer devant le conseil de sécurité justement pour travailler sur les causes et en particulier l’une des causes, c’est la guerre et la guerre en Syrie. Et il faut qu’on continue à se battre pour obtenir un cessez-le-feu.

(...)

Dernière modification : 22/09/2016

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