OMP : les mandats doivent être bien compris et acceptés pour être mis en œuvre - 20 novembre 2015 [en]

Conseil de sécurité - OMP - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - 20 novembre 2015.

Je remercie le Secrétaire général des Nations unies pour sa présentation, et sa vision de l’avenir des Opérations de paix des Nations unies, vision que nous partageons entièrement.

Monsieur le Président,

La France partage tout à fait le cadre conceptuel proposé par le Secrétaire général dans son rapport sur l’Avenir des Opérations de paix, sur la base des travaux du Panel dirigé par M. Ramos-Horta. Ces rapports de très grande qualité plaident pour un maintien de la paix en appui aux processus politiques nationaux, dynamique, engagé et parfois, lorsque cela est nécessaire, robuste. La ligne d’équilibre tracée sur ces points nous paraît être la bonne.

Monsieur le Président,

Je voudrais insister dans le cadre de ce débat sur trois aspects :
Premièrement, dans le cadre de ses prérogatives, le Secrétaire général a le pouvoir et le devoir de faire en sorte que les Nations unies soient plus efficaces, réactives et exemplaires sur le terrain. Ces impératifs peuvent être mis en œuvre par des mesures simples et peu coûteuses de réorganisation et de réforme des procédures, qui relèvent de sa propre initiative :

En termes d’efficacité, nous estimons que les acteurs sur le terrain doivent être responsabilisés et autonomisés. Les compétences et les capacités doivent être décentralisées du Siège vers le terrain, et nous comptons sur la mobilisation du Secrétariat en ce sens.
Dans le même esprit, les procédures internes au Secrétariat doivent faire l’objet d’un examen approfondi. Certaines règles de recrutement des personnels civils nous paraissent trop lourdes et lentes.

Enfin, en termes d’exemplarité, la France soutient les propositions pour renforcer la politique de « tolérance zéro » en matière d’abus sexuels appliquée aux casques bleus. Parce que tous les efforts doivent converger vers sa mise en œuvre concrète, nous souhaitons lancer, dès 2016, en lien avec le Service de la formation intégrée du DOMP, une initiative de formation des formateurs aux attendus spécifiques du maintien de la paix, à travers des sessions en langue française ouverte à un public multinational.

Deuxièmement, la France tient à ce que certains sujets soient mieux pris en compte. Là encore, cela doit être porté par le Secrétaire général avec notre plein soutien. Nous sommes pour notre part mobilisés pour lui apporter, pour vous apporter M. le Secrétaire général, notre expertise militaire dans les domaines prioritaires suivants :

D’abord, la protection des casques bleus, qui sont amenés à intervenir dans des situations de plus en plus complexes où, nous le voyons tous les jours, ils sont fréquemment pris pour cible. Le renforcement de leur sécurité est un objectif transversal, de la génération de force à l’application sans faille des mesures de sécurité en passant par le déploiement de mesures de protection contre les engins explosifs improvisés.

Ensuite, l’utilisation de nouvelles technologies pour renforcer les capacités de reconnaissance, de surveillance et de renseignement, comme moyen de mieux anticiper les menaces, de renforcer la réactivité des Opérations mais aussi la sécurité des personnels et la protection des populations civiles.
De même, certaines règles régissant la logistique opérationnelle devraient pouvoir être améliorées, avec l’objectif d’être plus réactif là encore, plus adapté aux besoins sur le théâtre des opérations.

Enfin, l’optimisation de la qualité des soins médicaux dans les OMP où, en l’absence de tout standard, les principes élémentaires de transparence, de reddition de comptes et d’évaluation de la performance nous paraissent insuffisamment mis en œuvre, exposant le personnel des Nations unies à des risques qui ne devraient pas être acceptés.

Monsieur le Président,

En tant que membre du Conseil de sécurité « teneur de plume » sur plusieurs résolutions, nous comptons prendre toute notre part dans les efforts en cours. C’est pourquoi nous avons l’intention de mettre en œuvre, ou d’appuyer la mise en œuvre, des initiatives suivantes en particulier.
Des concertations renforcées avec les acteurs régionaux et les pays voisins d’abord. Cet objectif figure dans le rapport du Secrétaire général, et nous y souscrivons entièrement. C’est pourquoi, avant d’entamer des négociations pour la création ou le renouvellement du mandat d’une Opération, nous réunirons les acteurs régionaux pour entendre leurs vues.

Des concertations renforcées avec les pays contributeurs en troupes et en personnels ensuite. C’est un fait : sans ces pays et sans coopération triangulaire entre eux, le Conseil de sécurité et le Secrétariat, pas de maintien de la paix efficace. Comme le dit le Secrétaire général, les mandats doivent être bien compris et acceptés pour être mis en œuvre. C’est pourquoi, là encore, la France a l’intention de réunir les principaux pays contributeurs en troupes et en personnels, de façon régulière, pour entendre leurs vues sur la mise en œuvre des mandats.

Ces concertations seront menées en plus des travaux qui précèdent sur les renouvellements de mandats et doivent permettre de mieux cibler et prioriser ceux-ci. C’est un autre objectif sur lequel nous comptons approfondir nos efforts, en ligne avec les recommandations du Secrétaire général.

Enfin, la négociation de « compacts » avec les Etats-hôtes nous paraît devoir être encouragée. Au-delà du mandat confié par le Conseil de sécurité, il nous paraît important qu’un engagement réciproque permette d’encourager une vision commune des actions à entreprendre.

Très engagée dans la participation et le soutien aux Opérations de paix des Nations unies, la France prendra tout sa part dans la recherche d’une plus grande efficacité et d’une plus grande pertinence de celles-ci.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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