ONU-Union africaine : plus de concertation et de coordination [en]

Renforcement du partenariat ONU-UA en matière de paix et de sécurité - Intervention de Mme Anne Gueguen, Première Conseillère à la Mission permanente de la France auprès des Nations unies - Conseil de Sécurité - 18 novembre 2016

Je remercie les intervenants pour leurs propos introductifs et la Présidence sénégalaise du Conseil de sécurité pour l’organisation de ce débat. La France s’associe pleinement à l’intervention qui sera faite par l’Ambassadeur chef de la délégation de l’Union européenne tout à l’heure.

Je formulerai quatre idées :

Premièrement, le partenariat ONU-Union africaine en matière de paix et de sécurité est un fait incontestable et majeur.

Les organisations africaines, dont les actions s’intègrent dans le cadre de l’Architecture africaine de paix et de sécurité (APSA), prennent de plus en plus leurs responsabilités dans la gestion des crises sur le continent africain.

Simultanément, et c’en est la conséquence naturelle, le partenariat entre les Nations unies et l’Union africaine devient un fait incontournable, dans le cadre du chapitre VIII de la Charte.

Cette évolution, qui a vocation à se poursuivre, constituera un fait marquant du mandat du prochain Secrétaire général.

Deuxièmement, cette évolution, la France la reconnaît et l’encourage, et elle y prend une part active.

A titre bilatéral, la France est un des premiers partenaires dans le renforcement des capacités africaines de paix. Nos partenariats prévoient en effet la formation de 20 000 soldats africains d’ici à 2020, c’est un objectif majeur que nous nous engageons à tenir.

La France salue le rôle joué par l’UA et les organisations régionales africaines, à la fois au niveau politique, comme par exemple le rôle que joue l’IGAD au Soudan du Sud, ou encore la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale en RCA, et au niveau militaire, dans le cadre d’une complémentarité avec les OMP des Nations unies, comme l’ont montré le passage de la MISMA à la MINUSMA au Mali et de la MISCA à la MINUSCA en RCA, ou de façon autonome, comme avec la Force multinationale mixte (FMM) contre Boko Haram.

S’agissant du Conseil de sécurité, la France estime que la prise en compte des vues des organisations régionales doit devenir un réflexe, et peut permettre de forger un consensus lorsqu’existe une position forte et consensuelle de l’Union africaine ou d’une organisation sous-régionale.

Troisièmement, ce partenariat a vocation à être approfondi, pour répondre à au moins quatre défis, comme le soulignent les récents rapports du Secrétaire général, et le rapport du Docteur Kaberuka endossé lors du Sommet de l’Union africaine à Kigali en juillet.

Premier défi : il faut plus de concertation et de coordination. Les Nations unies et les organisations régionales interviennent successivement et parallèlement, avec des modalités diverses, sur les mêmes crises. La dimension régionale est incontournable, lorsque les Nations unies interviennent en succession d’une Opération de l’Union africaine et à l’appui de la mise en œuvre d’un Accord de paix négocié dans la région. Toutes ces dimensions sont inextricables.

Deuxième défi : il est nécessaire d’identifier les situations où l’une ou l’autre organisation a la plus grande valeur ajoutée. Les Nations Unies font beaucoup mais ne peuvent et ne savent pas tout faire. Dans certaines situations, une organisation régionale peut être mieux à même de répondre à la spécificité de la situation. Je pense par exemple au mandat rempli par l’AMISOM en Somalie, qui apporte une réelle valeur ajoutée par rapport aux capacités des Nations unies.

Troisième défi : nous devons assurer une prédictibilité et une soutenabilité financière suffisante aux opérations africaines de paix. C’est l’objet du rapport Kaberuka, présenté en septembre à ce Conseil par l’Union africaine, que la France salue. Il contient des propositions qui doivent être considérées avec la plus grande attention, tant du côté de l’Union africaine et de ses Etats-membres, avec l’objectif de financer 25% du coût des opérations africaines, que du côté des Nations unies, avec l’hypothèse d’un financement à 75% de ces opérations sur contributions obligatoires.

Quatrième défi : cette hypothèse de financement doit s’inscrire dans un cadre de partenariat solide et complet. Un financement des opérations africaines de paix sur contributions obligatoires des Nations unies devrait s’accompagner d’une capacité de planification et de contrôle conjoint du Conseil de sécurité et de l’Union africaine, ce qui suppose de renforcer, voire même d’inventer, des mécanismes qui n’existent pas jusqu’à présent. Il faudrait également accorder la plus grande attention au respect des droits de l’Homme, car des opérations mandatées, soutenues et financées par le Conseil de sécurité doivent respecter les standards de droits de l’Homme les plus élevés, et plus généralement il faudrait accorder la plus grande attention à la conduite des opérations. Il faudrait, enfin, déterminer précisément quels types d’opérations seraient éligibles à ce mécanisme, et quel type de soutien concret les Nations unies pourraient y apporter.

Monsieur le Président,

Tous ces enjeux sont identifiés avec beaucoup de clarté dans les trois rapports qui servent de base à ce débat, le rapport Kaberuka, et les deux rapports du Secrétaire général remis en septembre.

Ils sont également bien repris dans la note de concept proposée par le Sénégal pour cette réunion, de même que dans le projet de résolution qui sera soumis au vote à l’issue de ce débat.

Ce projet de résolution fixe bien le cadre du partenariat ; il rend justice au fait que le partenariat ONU-Union africaine sur la paix et la sécurité est aussi une question financière, mais pas seulement une question financière ; enfin, le projet de texte reconnaît que beaucoup de travail reste à faire, et demande au Secrétaire général et à l’Union africaine la conduite de travaux supplémentaires et complémentaires. C’est une approche que la France soutient pleinement, et que nous remercions le Sénégal et les Etats-Unis d’avoir portée.

Je vous remercie.

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Dernière modification : 18/11/2016

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