L’émergence d’un Etat palestinien est dans notre intérêt pour la stabilité du Moyen Orient - 21 avril 2015 [en]

Moyen-Orient - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 21 avril 2015

Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général pour son intervention, qui nous éclaire sur la nécessité d’agir pour préserver la solution à deux Etats, et je renouvelle mes chaleureuses félicitations à la présidence jordanienne du Conseil de sécurité, ainsi que notre vive appréciation, Monsieur le Président, pour votre présence lors de ce débat.

La France partage depuis l’été dernier un constat simple : la solution des deux Etats est en passe de disparaître. La poursuite de la colonisation, illégale, obère jour après jour la viabilité d’un Etat palestinien sur le terrain. Le vide politique nourrit le risque d’explosion. En Israël comme en Palestine, les opinions publiques se radicalisent et le nombre de partisans de la solution à deux Etats diminue.

L’urgence est donc de mettre un terme à la spirale négative à laquelle nous assistons.

Il faut pour cela réaffirmer notre attachement à la solution des deux Etats et à partir de là, tracer à nouveau une perspective politique conduisant à la création d’un Etat palestinien aux côtés de l’Etat d’Israël.

Faute de cette perspective politique, nous devrons faire face à la poursuite des stratégies unilatérales à l’œuvre, ce qui ne fera qu’alimenter la défiance entre les parties. Il n’est dans l’intérêt de personne que cesse la coopération sécuritaire ou de voir se dissoudre l’Autorité palestinienne dans laquelle nous avons tant investi et d’assister à une guérilla diplomatique dans les institutions internationales. Avec le risque toujours latent d’une explosion des violences. Nous ne pouvons faire comme si ces risques n’existaient pas.

L’analyse faite depuis plusieurs mois par la France repose sur un postulat simple : seul un accompagnement international renforcé et renouvelé peut permettre aux parties de s’engager résolument sur le chemin exigeant de la paix. Tout, dans le passé récent, montre combien il est vain d’espérer qu’Israël et les Palestiniens puissent reprendre les négociations et surtout les conclure, s’il n’y a pas un changement sérieux de méthode. Le processus de paix tel que nous le pratiquons depuis plus de 20 ans n’a pas abouti. Prétendre le contraire revient à cautionner l’inexorable dégradation de la situation sur le terrain.

Monsieur le Président,

La France avait déployé des efforts en vue de mobiliser le Conseil de sécurité à l’automne dernier. Nous avions alors écouté les appels à la patience de nos partenaires : il fallait attendre telle primaire, puis telle élection. Nous devons maintenant tirer les conséquences des élections israéliennes et des déclarations prononcées à cette occasion.

Monsieur le Président,

Dans la situation actuelle, deux options se présentent à la communauté internationale :

— la première option consiste à « gérer » la crise avec des expédients, en espérant que le degré de la violence restera contenu et en attendant des jours meilleurs pour traiter le fond du problème. Il y aura malheureusement toujours de bonnes raisons de contourner l’obstacle : la formation du gouvernement israélien, des événements régionaux, d’autres élections. Qu’en sera-t-il demain, alors que la colonisation, les violences, la tension nous rapprochent de l’irréversible qui ne ferait que des perdants ?

— la seconde option consiste à agir. La France fait ce choix. Parce qu’il en va de notre responsabilité de membre du Conseil de sécurité. Mais également parce que nous avons un intérêt direct à l’émergence d’un Etat palestinien pour contribuer à la stabilité du Moyen-Orient.

Ce choix de l’action doit s’articuler selon-nous autour de deux éléments en particulier.

D’abord, la communauté internationale doit agir collectivement. La France souhaite promouvoir une nouvelle démarche associant davantage de partenaires, en complément du rôle central des Etats-Unis, à savoir l’Union européenne, la Ligue arabe, les membres permanents du Conseil de sécurité notamment, afin d’aider les parties à faire les compromis difficiles qui sont nécessaires à la paix et les accompagner dans leur mise en œuvre.

Ensuite, le Conseil de sécurité peut utilement accompagner ce processus et doit être un acteur central du conflit. Il ne s’agit pas d’imposer une solution à la place des parties bien sûr mais de fixer le cadre de la négociation. Il est en effet de la responsabilité de ce Conseil d’adopter une résolution consensuelle et équilibrée qui fixe enfin les paramètres du statut final et un calendrier pour la négociation. Près de 50 ans après l’adoption de la résolution 242, il est essentiel de franchir ce pas. Cette résolution devra fournir une base crédible pour une reprise des négociations et relancer une dynamique politique nécessaire.

Monsieur le Président,

Soyons lucides il n’y aura pas d’Etat palestinien et donc de paix au Proche-Orient sans un engagement renforcé et collectif de la communauté internationale. Nous ne pouvons renoncer. Nous ne pouvons nous résigner à un statu quo qui conduit inévitablement au désastre. Nous en sommes plus que jamais convaincus : il n’y a pas d’alternative à la création d’un Etat palestinien, dans l’intérêt de tous et d’abord de la paix. C’est pourquoi il est essentiel que le Conseil de sécurité assume ses responsabilités.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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