Protection des civils - Toute protection plus efficace avec participation des femmes (30/01/2015 [en]

Protection des civils : "Les besoins et défis de la protection des femmes et des filles dans les situations de conflit armé et de post-conflit" - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 30 janvier 2015

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Monsieur le Président,

J’aimerais vous remercier d’avoir organisé ce débat à la veille de nombreuses échéances cruciales que nous allons connaître comme la Revue stratégique des opérations de paix, la Revue stratégique de l’agenda « Femmes, paix et sécurité » et celle de l’architecture de la Commission de la consolidation de la paix.

Je souhaite également saluer l’engagement des agences des Nations unies et du Bureau des Affaires humanitaires des Nations Unies, mais aussi le CICR et les ONG qui travaillent dans des conditions souvent difficiles et dont l’expérience de terrain, nous l’avons vu à travers les interventions, est évidemment essentielle.

Monsieur le Président,

La liste est malheureusement trop longue, les chiffres trop nombreux pour que je puisse énumérer tous les pays et toutes les violences commises contre les civils, dont des milliers de femmes et de filles. Mais ces faits ne sont pas des statistiques, mais une réalité. Une réalité que nous devons chercher à éviter, à travers une meilleure protection des civils.

Comment renforcer cette protection ? Nous pouvons agir de quatre manières, en particulier là où des opérations de paix sont déployées :

Premièrement, en protégeant les populations à l’intérieur des zones de conflit. Cela paraît une évidence, mais trop souvent, l’attitude des casques bleus manque du dynamise et de la mobilité nécessaire pour conduire à bien leur mission. Nous attendons de la Revue des opérations de paix qu’elle prenne en compte cette réalité.
Au Mali, la MINUSMA dispose d’un mandat robuste de protection des civils, qu’elle remplit dans des conditions difficiles.
En République Centrafricaine, il est essentiel que la MINUSCA atteigne sa pleine capacité opérationnelle d’ici le mois d’avril comme prévu, et qu’elle adopte une posture robuste dans la mise en œuvre de son mandat.

Ensuite, nous devons garantir cette protection au sein même des opérations de paix. Dix ans après la publication du rapport du Prince Zeid sur les abus et l’exploitation sexuels au sein des opérations de maintien de la paix, malheureusement des crimes continuent d’être commis par ceux qui sont censés assurer la protection des civils, y compris par des opérations régionales telles que l’AMISOM en Somalie, comme le dénonçait récemment Human Rights Watch. Pour éviter ces abus, nous devons agir à deux niveaux : d’abord, en appliquant de manière stricte les politiques de tolérance zéro et de filtrage qui doivent empêcher les troupes, soldats ou officiers ayant commis ces actes de participer à des opérations de maintien de la paix ; et en aval, en sanctionnant et en poursuivant le personnel responsable. Les Nations Unies ne peuvent pas se permettre ce type de « scandale » ; ses missions et opérations doivent servir de modèle.

Je voudrais insister en troisième point sur l’importance des actions menées en amont et en complément de la protection des civils.

La participation des femmes permet de rendre plus efficace les opérations sur le terrain dans la mesure où l’on les associe à l’élaboration des stratégies de protection des civils, les femmes peuvent par exemple contribuer à la conception des camps ou sites de protection, afin de mieux faire valoir leurs besoins en termes d’accès sécurisé aux services et infrastructures de base. La participation des femmes aux opérations de paix est aussi un moyen pour les casques bleus de se rapprocher des communautés locales, et ainsi gagner leur confiance, ce qui est évidemment indispensable à la protection. En RDC, par exemple, la MONUSCO travaille en étroite collaboration avec les acteurs locaux pour accompagner les victimes de violences sexuelles ou de recrutement par les groupes armés. Ces pratiques doivent être généralisées.

Ensuite, la prévention. Il est essentiel que les équipes des Conseillers droits de l’homme, genre et de protection soient efficaces et bien coordonnées au sein des Sections droits de l’homme, afin d’évaluer les menaces environnantes à travers des analyses précises sur les droits de l’homme, les femmes et les enfants, pour ensuite pouvoir sonner l’alerte et éviter tout dégradation de la situation.
Concernant les violences sexuelles, un travail de formation est nécessaire et doit être entrepris au bénéfice des acteurs des opérations de maintien de la paix mais aussi des populations locales pour éviter la stigmatisation sociale des victimes.

Enfin, Monsieur le Président, il ne peut y avoir de protection sans justice. La confirmation, le 1er décembre 2014, de l’accusation par la Cour pénale internationale du chef de guerre Thomas Lubanga Dyilo pour les crimes de guerres ainsi que le transfert le 21 janvier 2015 d’un commandant de la LRA, Dominic Ongwen, à la Cour pénale internationale, constituent des pas importants dans la lutte contre l’impunité des violences commises à l’égard des civils, dont une majorité de femmes et de filles.

Mais la majorité des actes de violences, et en particulier les violences sexuelles, restent impunies. Souvent par ce que les femmes refusent de porter plainte par crainte de répercussion. C’est pourquoi nous devons aussi assurer la protection des victimes dans leurs démarches judiciaires contre les auteurs de crimes. Il faut briser la chaîne du silence par la protection.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/01/2016

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