Siéger comme membre permanent, c’est s’engager pour la paix (23/02/2015) [en]

Maintien de la paix et sécurité internationales : réflexion sur l’histoire, réaffirmation de notre engagement fort aux buts et principes de la Charte des Nations unies - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 23 février 2015

Monsieur le Président,
Mesdames et Messieurs les ministres,

Je voudrais tout d’abord remercier la présidence chinoise pour l’organisation de ce débat sur un thème qui nous est cher, et qui a vocation à nous engager avec toute notre énergie. Votre présence nous y aide, Monsieur le Ministre, et si le Ministre des affaires étrangères Laurent Fabius n’a pu être présent, je sais qu’il salue votre initiative qui fait œuvre utile dans la perspective du 70ème anniversaire de l’Organisation des Nations unies.

Monsieur le Président,

Il y a quelques 70 ans, au sortir de la deuxième Guerre Mondiale, la Conférence de San Francisco se terminait avec l’adoption enthousiaste puis la signature de la Charte. Ce moment fut célébré comme un moment majeur de l’histoire. N’oublions pas que lorsque nous lisons ce texte ensemble, ses mots même sont marqués du traumatisme de la guerre et de ses atrocités. " Résolus à préserver les générations futures du fléau de la guerre", comme l’éclaire son préambule, la Charte des Nations Unies affirme comme but premier en son article 1er, le maintien de la paix et de la sécurité internationales. Je veux répondre à l’invitation de la présidence chinoise, et dire ici, comme le Président Hollande le fit le 25 septembre 2012, que siéger comme membre permanent de ce Conseil, " c’est prendre l’engagement d’agir pour la paix dans le monde".

Le maintien de la paix et de la sécurité internationales n’est pas le seul but affirmé par la Charte des Nations Unies. Son article 1er énonce également les deux piliers essentiels de l’Organisation que sont le développement des relations amicales entre les peuples, mais aussi la coopération internationale pour résoudre les problèmes internationaux "en développant et en encourageant le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales pour tous". La France se reconnaît profondément dans ses valeurs, et je veux me souvenir que le 31 janvier 1964, à l’heure de nouer une relation bilatérale entre la France et la Chine, le Général de Gaulle affirmait : " Par-dessus tout, il se peut, dans l’immense évolution du monde, qu’en multipliant les rapports entre les peuples, on serve la cause des hommes, c’est-à-dire celle de la sagesse, du progrès et de la paix."

Monsieur le Président,

Dans son chemin vers l’horizon d’une "paix perpétuelle", la communauté internationale s’appuie sur les repères que sont ses valeurs, une organisation, et le respect des principes du droit international.

La note présentée par la présidence chinoise insiste à juste titre sur le nécessaire respect du droit international, et l’importance de la règle de droit. Ces normes collectives visent à contenir la force dans le respect des principes énoncés à l’article 2 de la Charte. Il est essentiel de tout faire pour régler les différends par des moyens pacifiques. La France souligne à ce titre le rôle essentiel de la Cour internationale de Justice dans le renforcement de l’Etat de droit international, et reconnaît sa contribution au travers de ses nombreux avis consultatifs. Par son travail, elle nous aide à comprendre que la règle de droit ne s’applique pas dans le vide et doit être interprétée en tenant compte des réalités de la société internationale pour rester féconde.

C’est cette pratique vivante qui a aussi permis à la Charte de rester pertinente. Elle montre que les Nations Unies ont su s’adapter aux évolutions du monde qui font naître de nouveaux défis et de nouvelles crises. J’en veux pour preuve l’outil irremplaçable des opérations de maintien de la paix, non prévues initialement dans la Charte : que l’on en juge, ce sont 122 458 personnels affectés à 16 opérations, qui travaillent au quotidien au maintien de la paix. La France y contribue pleinement avec 7800 soldats français engagés en opération. Notre réunion de ce jour est l’occasion aussi de leur rendre hommage, et de redire le prix que nous attachons à leur sécurité dans l’exercice de leurs missions. De plus en plus, les organisations régionales, dont la Charte anticipait la contribution essentielle à son chapitre VIII, jouent un rôle-pivot dans la sécurité collective. La France, Etat membre de l’Union Européenne, en reconnaît la valeur, comme elle se félicite du rôle décisif de l’Union Africaine dans le règlement des crises en Afrique.

Monsieur le Président,

Le maintien de la paix et de la sécurité internationales est devenu un enjeu plus complexe dans des sociétés plus fragmentées et plus inégalitaires, alors que la globalisation permet au terrorisme de multiplier les victimes et les souffrances, de se jouer des frontières et de déstabiliser des Etats entiers. En ce 70ème anniversaire, nous ne pourrons pas également ne pas avoir en tête le drame syrien et ses plus 220 000 victimes qui réclament justice, et bien d’autres atrocités de masse.

Nous sommes confrontés à des défis sans précédent. Ces crimes de masse heurtent la conscience universelle et chaque souvenir qui a inspiré la rédaction de la Charte. C’est bien dans ces moments où notre responsabilité de protéger les populations civiles faillit que nous peuples des Nations Unies sommes mis à l’épreuve. C’est face à ses échecs dramatiques de la sécurité collective que la France souligne le rôle de la Cour pénale internationale, afin que les victimes d’atrocités de masse, non contents d’affronter leur passé, nous aident à préparer un avenir meilleur. Mais la France veut aussi contribuer à prévenir ces drames. Sans attendre une réforme de la Charte, la France a proposé à cet effet un encadrement du veto en cas d’atrocités de masse, qui constituerait une évolution majeure. Il est de notre devoir de signifier combien le siège de membre permanent est une responsabilité et non un privilège ou une quelconque ambition liée à un statut. Avant toute chose, comme l’établit l’article 24 de la Charte des Nations Unies, le Conseil de sécurité, dans l’accomplissement de la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, doit agir conformément aux buts et principes des Nations Unies.

Quoiqu’il en soit, la France reste convaincue que la meilleure protection contre les conflits restera le développement économique et harmonieux et le respect des droits de l’homme. Ce Conseil l’a lui-même reconnu à de nombreuses reprises. Créer les conditions les plus satisfaisantes dans tous les domaines de la vie internationale assure de lui-même le maintien de la paix. N’oublions pas à ce titre, malgré les événements tragiques, que des progrès considérables ont été assurés dans l’éducation et la santé par exemple. N’oublions pas non plus les efforts menés sous l’égide des Nations unies pour protéger notre planète. L’année 2015 sera l’occasion d’un rendez-vous majeur, organisé à Paris à l’initiative de la France, la COP 21, qui devra aboutir à un accord ambitieux et universel pour préserver notre climat. N’oublions pas de même l’acceptation universelle des Conventions de Genève l’an dernier, pour la commémoration de leur 150ème anniversaire. Ils créent les conditions de la paix pour les générations futures.

Valeurs, respect de la règle de droit, il me faut finir par notre organisation. Elle a su se réformer par le passé. La France soutient avec détermination à ce titre une réforme du Conseil de sécurité. Car les dernières crises ont renforcé la nécessité de rendre l’organisation plus efficace, et plus représentative des équilibres mondiaux, pour assurer pleinement sa mission de maintien de la paix.

Monsieur le Président,

Les dernières crises ont confirmé combien les Nations Unies et son texte fondateur restaient centraux. Je vous remercie de nous avoir permis d’affirmer notre engagement commun à un moment où notre organisation se trouve confrontée à des défis que seule la coopération que vous appelez de vos vœux permettra d’affronter.

Je vous remercie.

Dernière modification : 20/01/2016

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