Situation des droits de l’Homme en Corée du Nord (22/12/2014)

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 22 décembre 2014

Monsieur le Président,

Je remercie M. Zerihoun et M. Simonovic pour leurs présentations. Ce qu’ils nous ont décrit aujourd’hui confirme les informations contenues dans le rapport de la Commission d’enquête présidée par M. Kirby.

Le travail accompli par cette Commission d’enquête est non seulement remarquable par sa qualité, mais il est aussi salutaire. Il nous a donné, pour la première fois, une vue d’ensemble des violations commises par les autorités de Corée du Nord depuis cinquante ans, commises « dans le cadre de politiques établies au plus haut niveau de l’État », comme le précise le rapport de la Commission d’enquête. Celui-ci a ainsi permis de mettre à jour une mécanique effroyable, celle du régime de Pyongyang pour asservir son peuple.

Il ne serait pas possible d’égrainer aujourd’hui la litanie complète de ces crimes : meurtres, arrestations et détentions arbitraires, recours généralisé à la torture, viols, enlèvements, disparitions forcées, esclavage, entrave à l’accès humanitaire, utilisation de la famine... La liste est encore longue, hélas. Des centaines de milliers de prisonniers politiques ont péri dans les camps pendant les cinquante dernières années. 80 000 à 120 000 prisonniers politiques seraient toujours actuellement détenus.

Ces violations touchent des hommes, des femmes. Elles n’épargnent pas les enfants. La folie meurtrière du régime ne semble avoir aucune limite. Le Conseil est enfin réuni pour entendre le cri de détresse des victimes d’un régime sanguinaire.

Qui plus est, ces crimes se commettent dans l’obscurité de la censure. La Corée du Nord est fermée aux médias internationaux, fermée aux organisations de défense des droits de l’Homme, fermée au Haut-Commissariat aux droits de l’Homme. La Commission d’enquête n’a pas pu y avoir accès.

Monsieur le Président,

Nous ne pouvons rester silencieux devant ce cauchemar terrestre.
Les responsables de cette terreur, et en premier lieu les autorités nord-coréennes, devront répondre de leurs actes devant la justice. Les crimes commis ne resteront pas impunis. C’est un impératif éthique pour la communauté internationale. Comme l’a souligné M. Simonovic, il fait peu de doute que ces crimes, par leur gravité, leur échelle et leur caractère systématique, constituent des crimes contre l’humanité. La recommandation de la Commission d’enquête que la situation soit renvoyée à la Cour pénale internationale mérite par conséquent d’être examinée avec la plus grande attention par ce Conseil. La Cour est la garantie d’une justice équitable et effective. Il en va de la lutte contre l’impunité aujourd’hui et demain, de la justice pour les victimes et de la réconciliation future.

Le Haut-Commissariat aux droits de l’Homme a également un rôle à jouer. Son bureau de terrain en cours d’établissement à Séoul devra permettre de suivre les recommandations du rapport et l’évolution de la situation. Il devra également continuer à collecter des informations sur les violations commises. Nous souhaitons que le Conseil reste régulièrement informé.

Monsieur le Président,

Les violations commises par le régime constituent une menace à la paix et à la sécurité internationales. Elles participent, et sont même une composante essentielle, d’un système politique totalitaire dangereux et déstabilisateur pour l’ensemble de la région. Selon les mots de la Commission d’enquête, « la gravité, l’échelle et la nature de ces violations révèlent un Etat unique en son genre dans le monde contemporain ». Un Etat unique dans le registre de la terreur, un Etat paria au regard du régime international de non-prolifération nucléaire et balistique, un Etat qui exporte, en violation des résolutions de ce Conseil, des biens et technologies sensibles qui financent par la suite l’indécent train de vie de ses dirigeants et la répression d’une population régulièrement frappée par la famine.

Le Conseil de sécurité ne pouvait plus ignorer ces crimes qui choquent la conscience humaine. Il était de sa responsabilité, de notre responsabilité, de se saisir de cette question.

En tenant cette réunion aujourd’hui, le Conseil a envoyé un message clair aux tortionnaires de Pyongyang : la chape de plomb trop longtemps maintenue sur un peuple et un pays coupé du monde vient d’être levée. La réalité nord-coréenne est désormais visible de tous. Ce Conseil de sécurité en est saisi. Rien, pas même le chantage nucléaire auquel s’est livré le régime nord-coréen pour nous dissuader de tenir cette réunion, ne nous fera détourner le regard. Le régime de Pyongyang est placé devant ses responsabilités, face à l’Histoire et au jugement de la communauté internationale. Les violations doivent maintenant cesser, les prisonniers politiques doivent être libérés, le pays doit s’ouvrir aux médias, aux organisations non-gouvernementales, aux Nations unies. Espérons qu’au lieu de se lancer dans un nouveau cycle de provocations et de répressions dont il est hélas coutumier, le régime nord-coréen saura entendre notre appel en forme d’exigence et prendre enfin le chemin de l’ouverture, de la réconciliation et de la paix.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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