Somalie : la France salue l’adoption de la déclaration de Mogadiscio [en]

Débat Somalie / Erythrée - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies - Conseil de sécurité - 18 février 2016

Monsieur le Président,

La France, comme d’autres l’ont fait, tient à rendre hommage à l’ancien Secrétaire général son excellence M. Boutros Boutros Ghali qui a été un grand Secrétaire général des Nations unies et qui pour nous aura aussi été un grand Secrétaire général de la Francophonie. Sa disparition il y a quelques jours nous a remplis de tristesse et je voudrais exprimer toute notre sympathie à sa famille, à ses proches et au peuple égyptien.

Monsieur le Président,

Je remercie le Président du Comité des sanctions établi par les résolutions 751 et 1907 sur la Somalie et l’Erythrée.

J’aborderai trois points.

D’abord, sur le plan politique, nous saluons les derniers progrès intervenus avec l’adoption de la « déclaration de Mogadiscio » le 16 décembre et l’accord sur le choix du modèle électoral pour 2016.

Pour autant, comme le souligne le groupe des experts, ces accords sont fragiles. La réforme électorale n’est pas encore aboutie. Des rivalités locales et politiciennes font encore obstacle, dans plusieurs provinces, aux discussions sur le modèle fédéral. Les récents combats qui ont ensanglanté la ville de Galkayo montrent la fragilité des progrès réalisés pour la protection des civils et pour la réconciliation nationale.

Il importe de rester vigilants et de continuer à œuvrer, avec les responsables somaliens, à la mise en œuvre de ces accords, et à la continuité de l’engagement de tous dans la stabilisation somalienne.

Sur le plan militaire, nous saluons le courage et le dévouement des soldats de l’AMISOM et des forces de sécurité somaliennes qui mènent la lutte contre Al-Shabab.

Al-Shabab est sur le déclin, l’activité économique reprend, et ces signes sont encourageants. Pourtant, ce groupe terroriste est loin d’être défait. Nous rendons hommage aux soldats de l’AMISOM et aux citoyens somaliens qui ont perdu la vie dans les toutes dernières attaques. Il est préoccupant de lire que, par endroits, Al-Shabab bénéficie du soutien de la population locale pour mener ses attaques.

Notre objectif commun est de poursuivre sans relâche la lutte contre ce groupe terroriste.

Mais l’action militaire ne suffit pas. Comme partout, ce sont les cœurs qu’il faut gagner, pour rallier la population au projet de stabilité et de reconstruction de la Somalie, plutôt qu’au funeste dessein poursuivi par Al-Shabab.

Enfin, un mot sur le régime de sanctions. Le régime de sanctions est un instrument décisif en soutien au processus politique et à la lutte contre Al-Shabab, et le travail du groupe des experts est déterminant.

Les menaces qui pèsent sur le fragile processus en Somalie sont réelles. Nombreux sont ceux qui ont intérêt à perpétuer l’état de guerre : ils doivent être identifiés et sanctionnés. Al-Shabab et certaines personnalités continuent à se financer au moyen de trafics divers, qui contribuent à détruire le pays chaque jour un peu plus, et à détourner des ressources financières à leur profit : ces flux et trafics doivent être identifiés et interrompus. Les trafics d’armes, bien sûr, sont un facteur principal de déstabilisation : nous ne rappelons jamais assez la pertinence de l’embargo sur les armes, et la nécessité de s’assurer que celui-ci est mis en œuvre sans faille, ainsi que l’importance du rôle du gouvernement somalien pour le suivi des flux d’armes.

Sur tous ces points, et sans prétendre à l’exhaustivité, la France salue la qualité du travail effectué et encourage le groupe à poursuivre dans cette voie.

Monsieur le Président,

Un dernier mot sur l’Erythrée. Nous notons le fait que le groupe d’experts n’a pas démontré que l’Erythrée participe au financement ou au soutien des groupes armés dans la Corne de l’Afrique.

Pour autant, nous estimons que les conditions ne sont pas réunies pour une levée des sanctions, comme le demandent les autorités d’Asmara. Nous attendons une coopération franche et sincère de leur part avec les Comité des sanctions, notamment sur la question des prisonniers djiboutiens. C’est la première étape vers une évolution éventuelle du dispositif. Nous ne comprenons pas ce qu’a le gouvernement d’Asmara à cacher qui l’empêche de coopérer pleinement avec le groupe.

Monsieur le Président,

La communauté internationale, les Nations unies, l’Union africaine, l’Union européenne, ont beaucoup investi en faveur de la paix et de la stabilité en Somalie. L’action du Comité des sanctions et du groupe des experts est décisive. La France vous assure de son entier soutien dans la conduite de leurs travaux.

Je vous remercie.

Dernière modification : 18/02/2016

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