Les progrès contre Al-Shabaab ne seront durables qu’avec un processus politique solide - 9 novembre 2015 [en]

Réunion ministérielle sur la Somalie - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, chargé d’Affaires a.i. - Conseil de sécurité - 9 novembre 2015

M. le président, je vous remercie pour votre présidence aujourd’hui de cette réunion. C’est bien le signe de l’engagement du Royaume-Uni sur ce dossier si important pour nous tous.
Je voudrais également remercier pour sa présence le Premier ministre du Gouvernement fédéral de Somalie. Je remercie également la chef de cabinet du Secrétaire général des Nations unies, l’Ambassadeur de l’Union africaine et bien entendu le représentant spécial pour la Somalie pour leurs interventions. Je voudrais, à travers vous M. Kay, rendre hommage au personnel de l’ONU qui ont payé de leur vie leur engagement pour aider les Somaliens.

Nous venons d’adopter la résolution qui redéfinit le mandat de soutien logistique confié à une l’entité que nous appellerons désormais l’UNSOS. Je voudrais féliciter la délégation britannique pour la préparation de cette résolution qui met en œuvre les conclusions de la revue stratégique menée par le Secrétaire général. Le mandat de cette entité est clarifié et les procédures sont simplifiées, avec pour objectif une plus grande efficacité opérationnelle sur le terrain. Ces évolutions étaient nécessaires.

La France salue le courage et le dévouement des soldats de l’AMISOM et des forces de sécurité somaliennes qui mènent la lutte contre Al-Shabaab. Je voudrais saluer la mémoire de tous les soldats de l’Union africain qui ont fait le sacrifice suprême dans la lutte contre Al-Shabaab.

Les efforts internationaux, en particulier ceux de l’Union africaine avec le soutien de l’Union européenne et des Nations unies, sont payants. Mais ils sont réversibles et beaucoup de progrès restent encore à faire. Al-Shabaab fait preuve d’une grande capacité de résilience et bien que les forces internationales et somaliennes contrôlent théoriquement 80% du territoire, cette organisation terroriste est toujours capable d’opérer sur une large partie de celui-ci.

Notre objectif commun est de poursuivre la lutte contre ce groupe terroriste qui continue de mener des attaques meurtrières à l’encontre des institutions somaliennes ou de l’AMISOM ou encore au Kenya. Al-Shabaab n’est pas vaincu, comme l’a montré encore l’attaque du 1er novembre qui a fait de nombreuses victimes. Monsieur le Premier ministre, la France vous présente ses condoléances, et à travers vous au peuple somalien, pour ce nouvel attentat odieux.

Face à cette situation, il est essentiel que l’AMISOM reprenne l’offensive rapidement pour exercer une pression maximale. La nécessité d’un « sursaut en efficacité » qui correspondrait à une amélioration qualitative du fonctionnement de l’AMISOM et de ses troupes a été affirmée dans la résolution 2124 du Conseil de sécurité ; la résolution 2232, adoptée en juillet dernier les rappelle. Cela doit se traduire par des améliorations concrètes et opérationnelles : les contingents de l’AMISOM doivent agir de manière pleinement intégrée, sous une chaîne de commandement unique et claire, avec une planification et une exécution commune, et en partageant pleinement l’information ; les multiplicateurs de force nécessaires doivent être mis à disposition. L’AMISOM bénéficierait grandement de leur mise en œuvre sans plus tarder ; nous appelons l’Union africaine et les pays contributeurs de troupes à y donner suite.

Les améliorations qualitatives apportées au soutien logistique à travers l’adoption d’un nouveau mandat pour l’UNSOS resteront lettres mortes sans un engagement actif du gouvernement somalien dans la construction d’une armée somalienne crédible, adaptée et soutenable financièrement. C’est un des enjeux principaux de la période actuelle. La Communauté internationale est disposée à s’y engager, en soutien aux autorités somaliennes ; mais le soutien international en matière de RSS doit être conditionné à une démonstration accrue de la volonté des autorités somaliennes en ce sens. La question du payement des salaires et des primes doit ainsi être réglée de façon prioritaire sous peine de conduire à une dégradation de la situation sécuritaire.

Comme cela a été dit par les précédents intervenants, les progrès dans la lutte militaire contre Al-Shabaab que nous constatons actuellement ne seront durables que s’ils s’accompagnent d’un processus politique solide, dynamique et crédible. La France salue les efforts du gouvernement somalien pour obtenir un accord sur une structure fédérale et pour une meilleure gouvernance, notamment avec la formation d’administrations intérimaires régionales et un effort renforcé de lutte contre la corruption. Au-delà, du point de vue politique, l’année 2016 sera déterminante puisqu’elle sera celle des élections. Elles devront permettre d’apporter une légitimité incontestable aux autorités du pays, qui pourront poursuivre et consolider les efforts pour ramener la Somalie sur la voie d’une paix durable, et d’un développement trop longtemps attendu.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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