Commémoration du génocide de Srebrenica - 8 juillet 2015 [en]

8 juillet 2015 - Conseil de sécurité - Bosnie-Herzégovine - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie le secrétaire général adjoint, M. Jan Elliasson, et le Haut-commissaire pour les droits de l’Homme, M. Zeid Al Hussein, de leurs interventions.

La commémoration du 1er juillet à l’Assemblée générale, organisée par la Bosnie-Herzégovine en présence du Secrétaire général et du Président de l’Assemblée générale, a constitué un moment fort, très émouvant, de recueillement et de mémoire. Aujourd’hui, c’est au tour de ce Conseil de se souvenir des victimes de ce massacre et de montrer sa solidarité avec les familles qui ont perdu à Srebrenica un proche, un ami, un voisin. Il est important que nous puissions nous aussi commémorer le 20ème anniversaire du génocide de Srebrenica et rendre hommage à toutes les victimes innocentes, de tous bords, du conflit en Bosnie-Herzégovine.

Il est essentiel aussi de tirer, collectivement, les leçons du passé pour améliorer nos actions futures. Lorsque de tels massacres se produisent, il s’agit toujours d’un terrible échec collectif. Les Nations Unies ont leur part de responsabilité car elles ont échoué à remplir à Srebrenica leur mission fondatrice, le maintien de la paix et de la sécurité internationales, ainsi que la protection de la population civile.

Monsieur le Président,

A ce titre, la prévention, nous le savons, doit constituer le cœur de notre action lorsque des vies humaines sont en jeu. Depuis le génocide de Srebrenica, les Nations Unies ont développé des mécanismes propres afin d’éviter que de tels drames se produisent de nouveau.

Prévenir, c’est d’abord alerter. Une première avancée a été la création du Bureau conjoint pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger, dirigé aujourd’hui par M. Adama Dieng, que je salue. Ce Bureau fait office de mécanisme d’alerte rapide du Conseil de sécurité, en portant à son attention toute situation présentant un risque de génocide.

Prévenir, c’est aussi agir. La deuxième avancée a été l’adoption en 2005 par les chefs d’Etat et de gouvernement du concept clé de responsabilité de protéger. Réduire la portée de ce concept ou le remettre en cause serait irresponsable et constituerait un affront aux victimes des multiples massacres et génocides. Dix ans après l’adoption de la Déclaration du Millénaire et la reconnaissance du concept de responsabilité de protéger, il est de notre devoir de continuer à mettre en œuvre ce principe.

Prévenir, c’est enfin juger. Dès 1948, la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide prévoyait une cour criminelle internationale. Cinquante ans plus tard, nous adoptions enfin le Statut de Rome créant la Cour pénale internationale. Entre temps, le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie a permis de traduire en justice les principaux auteurs des violations du droit international sur le territoire de l’ex-Yougoslavie depuis 1991. Au cœur du processus de réconciliation, cette juridiction reste un vecteur essentiel de mémoire et de réparation.

Monsieur le Président,

Malgré ces avancées, force est de constater que les situations tragiques où les Nations Unies restent impuissantes demeurent, et demeurent nombreuses. En Syrie, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre sont commis tous les jours, sous nos yeux, et le Conseil de sécurité reste paralysé.

Dans ces situations critiques, ce Conseil doit être en mesure d’apporter une réponse et d’assumer ses responsabilités. C’est en ce sens que la France pousse pour que les cinq membres permanents s’engagent sur une base volontaire à renoncer à l’usage du veto lorsque des crimes de masses sont constatés. L’usage du veto n’est pas un privilège, il s’agit d’une responsabilité. C’est donc aux membres permanents, en premier lieu, de se montrer responsables au sein de ce Conseil.

Monsieur le Président,

Il y a vingt ans, le 11 juillet 1995, plus de 8.000 adultes et enfants étaient massacrés à Srebrenica. Ces événements, qui ont été qualifiés de génocide tant par le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie que par la Cour Internationale de Justice, marquèrent les heures les plus terribles et les plus dramatiques de la guerre de Bosnie ; ils restent à ce jour, cela a été rappelé, le pire massacre que l’Europe ait connu depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Le Conseil de sécurité n’a malheureusement pas pu adopter aujourd’hui une résolution afin de commémorer les vingt ans du génocide de Srebrenica et de rendre hommage à toutes les victimes innocentes, de tous bords, du conflit en Bosnie-Herzégovine. Comme je le disais dans mon explication de vote, la France regrette profondément que la Russie se soit opposée à un texte, dont la valeur est essentiellement mémorielle, au nom de lignes de fractures que les populations locales souhaitent elles-mêmes mettre derrière elles.

En effet, cette résolution permet non seulement de faire œuvre de mémoire, ce qui est vital, mais elle souligne aussi l’importance de poursuivre le rapprochement des États de la région autour d’un avenir européen partagé. C’est dans cet esprit que nous avons travaillé sur ce texte, que nous l’avons soutenu. Il rappelle que l’avenir des populations des Balkans, comme celles de l’ensemble du continent européen, n’est pas de revivre les différends issus d’un passé, si tragiquement douloureux, mais bien de construire, de construire un destin commun, un destin commun fondé sur la réconciliation.

En tant que Français, en tant qu’Européen, je me réjouis des progrès réalisés au cours des dernières années dans la région, afin qu’un avenir meilleur se dessine pour les générations nées après Srebrenica.

Je me réjouis aussi de voir l’ensemble des pays des Balkans engagés dans un rapprochement avec l’Union européenne et adhérer à un projet commun, dont les valeurs fondamentales sont la paix et la tolérance. Ces valeurs fortes ont guidé les pères fondateurs du projet européen, dont le pari était déjà celui de la réconciliation. Soixante ans après, le chemin parcouru est impressionnant et sans doute sans précédent dans l’histoire. La France, avec l’Union européenne, souhaite que tous les pays des Balkans fassent eux aussi pleinement partie du projet européen.

Je vous remercie.

Dernière modification : 04/08/2016

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