Stratégie antiterroriste mondiale : "Il n’y aura pas d’efficacité sans coordination"

Débat sur l’examen de la stratégie antiterroriste mondiale des Nations unies - Intervention prononcée par Mme Catherine Calothy, Sous-Secrétaire de la lutte contre le terrorisme et la criminalité organisée - Assemblée générale - 1 Juillet 2016

Merci M. le Président,

La France s’associe au discours prononcé par l’Union Européenne. La délégation française souhaite d’abord remercier les co-facilitateurs pour leur engagement et leur travail tout au long du processus de négociation de la résolution. Le texte que nous adopterons cet après-midi intègre des avancées importantes accomplies au cours des deux dernières années, dans les quatre piliers de la stratégie globale. Au-delà de l’intérêt que représente ce texte de consensus entre l’ensemble des Etats membres, la révision de la stratégie n’est pas aussi ambitieuse que nous aurions pu l’espérer à l’occasion du dixième anniversaire. Plus largement, nous devons nous interroger sur la réponse collective que nous apportons dans le cadre des Nations unies à la menace terroriste. Sommes-nous à la hauteur des enjeux ?

Une aide efficace contre le terrorisme suppose d’apporter aux Etats qui en ont besoin une aide adaptée aux difficultés qu’ils rencontrent. Les moyens financiers nécessaires sont disponibles. Nous comptons sur les Nations unies pour apporter cette aide de façon efficace et coordonnée dans le cadre de l’ « approche globale » prônée par le Secrétaire général des Nations unies. Les différentes instances des Nations unies doivent chacune remplir leurs fonctions, sans duplication, dans le respect des compétences de chaque entité. Il n’y aura pas d’efficacité sans coordination. Si nous ne développons pas cette coordination, nous courrons le risque de voir se multiplier les initiatives en dehors des Nations unies, qui rencontreront à leur tour des difficultés de coordination et qui n’auront pas la légitimité des Nations unies. Or, seules les Nations unies ont le mandat pour agir dans tous les pays, pour établir objectivement un état des capacités de réponse à la menace terroriste, et pour mobiliser les moyens nécessaires pour répondre aux défis qui se posent, dans le respect de la souveraineté nationale. Dans ce contexte, la France attend beaucoup du rapport d’options que présentera le Secrétaire général d’ici mai 2017 afin de renforcer l’efficacité et la cohérence de la réponse des Nations unies au terrorisme et à la radicalisation.

Parmi les multiples sujets qui appellent une action déterminée pour lutter contre le terrorisme, je voudrais justement mentionner la prévention de la radicalisation. Le plan d’action du Secrétaire général a formulé des recommandations précises sur les moyens à mettre en œuvre pour prévenir la radicalisation menant au terrorisme. La France se félicite que la résolution que nous allons adopter appelle les Etats membres et les entités des Nations unies à mettre en œuvre ces recommandations. En France, nous sommes confrontés à cette difficulté et les pouvoirs publics ont élaboré un plan de lutte contre la radicalisation qui comprend de nombreuses mesures à mettre en œuvre par toutes les branches de l’administration, des collectivités locales au ministère de la Justice, en passant par l’Education nationale et les Affaires étrangères. Les progrès de la Coalition internationale nous laissent espérer une défaite militaire rapide de Daech en Syrie et en Irak, mais le phénomène de la radicalisation continuera à exister et chaque Etat devra y répondre sur son sol, en traitant les facteurs de radicalisation à l’œuvre. La prévention est un sujet qu’aucun d’entre nous ne peut ignorer.

Le terrorisme frappe tous les continents. La sécurité de chacun d’entre nous dépend des moyens mis en œuvre par les autres pour lutter contre le terrorisme. Chacun est tributaire de l’action des autres et aucun d’entre nous ne pourra lutter efficacement contre le terrorisme si ses partenaires ne remplissent pas leur devoir en matière notamment de lutte contre le financement du terrorisme, de contrôle des frontières, de sûreté aérienne, de coopération judiciaire et policière. Il existe des instruments de coopération internationale, mais sont-ils suffisamment utilisés ? A titre d’exemple, les bases de données d’Interpol ne serviront à arrêter les combattants terroristes étrangers que si elles sont complétées et consultées. Nous appelons aussi tous nos partenaires à prendre conscience du fléau que constitue le trafic de biens culturels. Le pillage de sites archéologiques et de musées dans des territoires sous le contrôle de groupes terroristes doit être combattu à un double titre : d’une part, il soustrait à des peuples les biens qu’ils ont reçus en héritage, et d’autre part, il contribue au financement des activités terroristes. L’action concertée de la communauté internationale et des entreprises privées concernées est requise pour mettre un terme à ces trafics.

Le 10 ème anniversaire de la stratégie globale de lutte contre le terrorisme est l’occasion d’un bilan : nous avons progressé mais beaucoup reste à faire pour lutter efficacement et durablement contre le terrorisme. Seule une action collective sous l’égide des Nations unies peut nous permettre de prendre l’avantage dans ce combat de longue haleine.

Je vous remercie.

Dernière modification : 01/07/2016

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