Syrie : "La cessation ne doit pas être un écran de fumée" [en]

Syrie - Cessation des hostilités - Conseil de sécurité - Intervention prononcée par M. François Delattre, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies - 26 février 2016

La France salue l’adoption à l’unanimité de la résolution du Conseil de Sécurité qui entérine un accord de cessation des hostilités en Syrie prenant effet dans moins d’une heure. La France a apporté tout son soutien à l’adoption de cette résolution qui ouvre l’espoir d’une amélioration immédiate de la situation du peuple syrien.

1/. Depuis désormais près de 5 ans que dure la crise syrienne, la France a défendu une position constante : le primat de la diplomatie sur la guerre en vue de trouver une solution politique qui réponde aux aspirations du peuple syrien. Depuis 4 mois et la première réunion de Vienne en octobre dernier, mon pays a pleinement soutenu le processus diplomatique qui a permis la constitution du Groupe international de soutien pour la Syrie, l’adoption de la résolution 2254 et l’amorce en janvier des négociations intersyriennes formelles sous l’égide de l’Envoyé spécial Staffan de Mistura.

Mais la France souhaite un processus qui aboutisse, qui aboutisse à des résultats tangibles pour le peuple syrien et non un processus pour le processus. Et a fortiori pas un processus qui ne serait qu’un écran de fumée masquant une escalade militaire dont les populations civiles et l’opposition modérée sont les principales victimes.

Nous avons une conviction ferme, une évidence rappelée de manière forte et explicite par le Secrétaire général dans sa lettre au Conseil de sécurité du 17 février : tant que les Syriens ne verront pas de résultat dans leur vie quotidienne, les négociations n’auront aucune crédibilité.

2/. Dans ce contexte, la cessation des hostilités agréée par les Etats-Unis et la Russie le 12 février doit être saluée comme une contribution à la désescalade et un pas vers la résolution du conflit syrien. La France comme je l’ai dit, a apporté tout son appui à l’adoption de notre résolution endossant les paramètres de cette cessation des hostilités.

Cette étape décisive représente tant un espoir qu’un test :

- un espoir pour les Syriens qui verraient pour la première fois s’estomper ces violences et ces bombardements qui hantent leur quotidien
- un test pour juger de la bonne foi des parties sur le terrain, y compris les puissances étrangères, qui ont accepté cette cessation des hostilités.

3/. Le rôle du Conseil de sécurité est donc de soutenir, sans hésitations, tout ce qui peut conduire à une réduction durable de la violence. Mais il est également de demeurer réaliste et exigeant. A ce titre, tout doit être fait pour traduire concrètement cet accord dans la réalité. A cet effet, la France estime nécessaire de faire preuve de la plus grande vigilance, notamment sur deux points :

- d’une part, surveiller étroitement sa mise en œuvre alors que la défiance sur le terrain entre les parties n’a jamais été aussi élevée. A ce titre, nous rappelons que ne sont exclus de la cessation des hostilités que les groupes terroristes explicitement désignés par les Nations unies. Il faudra une interprétation stricte de ce point, sans quoi la paix ne pourra s’installer. La task-force du Groupe International de Soutien pour la Syrie, qui rapportera au Conseil de sécurité, devra collectivement être juge de sa mise en œuvre. Tant que les parties seront seules juges des violations et de la reprise des hostilités, c’est tout l’édifice qui sera fragile ;

- d’autre part, obtenir une réduction effective et soutenable des violences. Pour que les négociations intersyriennes à Genève puissent reprendre sur des bases crédibles, nous devons nous assurer de la pleine application des obligations rappelées par la résolution 2254 et dans le Communiqué de Munich et en particulier l’accès complet, sûr, sans entrave ni condition préalable de l’aide humanitaire aux populations affectées. Comme l’a indiqué le Secrétaire général lui-même dans sa lettre du 17 février, les négociations ne pourront aboutir que sur des fondations crédibles et solides. Il appartiendra à l’Envoyé spécial de déterminer si ces conditions sont réunies le 7 mars. La reprise des discussions n’est envisageable que si les engagements pris sont scrupuleusement appliqués par le régime et les puissances extérieures qui le soutiennent. A cet égard, nous sommes très préoccupés par l’intensification, des bombardements des forces armées syriennes et de la Russie jusqu’aux dernières heures avant l’entrée en vigueur de la cessation des hostilités.

- Pour sa part, la France encouragera le Haut comité de l’opposition à revenir à la table des négociations inter-syriennes, dès lors que pourra être durablement constatée la pleine mise en œuvre des obligations internationales, notamment de l’accès humanitaire à toutes les zones assiégées, ainsi que l’application effective de la cessation des hostilités. Le Haut comité de l’opposition est un acteur majeur, dont le rôle est essentiel pour réussir les négociations. Dans ce contexte, nous regrettons profondément qu’il ne soit pas mentionné dans le texte de la résolution alors qu’il a, et devra garder, tout notre soutien.

4/. Si cette cessation des hostilités tient, une étape initiale aura été franchie pour enclencher une sortie de crise en Syrie. Néanmoins, cette cessation demeurera fragile et réversible tant qu’elle ne sera pas adossée à des progrès politiques en vue d’une transition conforme au Communiqué de Genève. En d’autres termes, il conviendra de passer d’une cessation des hostilités, par nature fragile, à un cessez-le-feu, plus pérenne.

La résolution 2254 fixe des objectifs clairs. Permettez-moi d’en rappeler brièvement les termes : un cessez-le-feu ne pourra intervenir qu’en parallèle d’un processus politique, avec la mise en œuvre des premières étapes de la transition. Lorsqu’elles reprendront, les négociations inter-syriennes entre le régime et les négociateurs du Haut comité de l’opposition devront donc s’atteler à trouver les termes d’un compromis pour mettre en place une autorité de transition disposant des pleins pouvoirs exécutifs conformément au Communiqué de Genève.

5/. La France continuera à apporter toute sa contribution aux efforts diplomatiques, au sein de ce Conseil comme au sein du Groupe Internationale de Soutien pour la Syrie. Avec une boussole : celle de voir la diplomatie apporter les preuves de son efficacité au bénéfice du peuple syrien.

Dernière modification : 26/02/2016

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