Syrie : lueur d’espoir et résolution-feuille de route - 18 décembre 2015

Réunion ministérielle du Conseil de sécurité sur la Syrie - Intervention de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères et du Développement international - 18 décembre 2015

Monsieur le Secrétaire général,
Chers collègues

En Syrie, et pour la Syrie, il y a extrême urgence. Depuis cinq ans, 250 000 morts, 4 millions de réfugiés, 13,5 millions de déplacés et le terrorisme de Daesh jusqu’au cœur de nos villes. Il y a extrême urgence à résoudre cette crise qui constitue bien au-delà de la Syrie une menace pour la paix et la sécurité internationales.

Dans ce contexte, le texte que nous venons d’adopter à l’unanimité est une lueur d’espoir et ce que j’appellerais une résolution « feuille de route ».

Nous savons tous puisque nous en faisons partie, qu’un processus politique encore fragile a été initié à Vienne, sur le fondement du communiqué de Genève dont les principes continuent de s’imposer à nous. Ce processus réunit de façon inédite, et c’est une bonne chose, la totalité des partenaires internationaux concernés. Il s’agit pour la communauté internationale de donner un cadre crédible à des négociations qui seront menées entre une délégation du régime et une délégation de l’opposition, sous l’égide de l’Envoyé spécial du Secrétaire général des Nations Unies, M. Staffan de Mistura, pour établir une autorité de transition et permettre un cessez-le-feu. Notre Conseil de sécurité en endosse aujourd’hui les premiers résultats.

Je souhaite insister en peu de minute sur quelques points seulement.

Le premier point est la question de l’opposition. Quelle opposition, entend-on certains demander ? Plusieurs réunions en formats divers ont eu lieu à ce sujet. Mais je voudrais souligner combien la conférence organisée récemment par l’Arabie Saoudite, à Riyad, à la demande du groupe de Vienne est un succès qu’il faut souligner parce que l’opposition syrienne a su répondre en s’unissant. Tous les courants de l’opposition politique et armée se sont en effet réunis autour d’une plateforme commune. Ils ont exprimé leur attachement à une solution politique, à une Syrie séculière, libre et démocratique, qui respecte toutes les composantes de la population syrienne. Nous avons donc là un interlocuteur qui se réfère au communiqué de Genève. L’Envoyé spécial des Nations unies tient avec le haut comité politique qui en est issu le porte-parole légitime de l’opposition. A ce stade, je constate avec vous que le régime syrien n’a, en ce qui le concerne, pas encore montré une volonté claire d’entrer dans une négociation sérieuse sur la base des termes définis.

Deuxièmement, le cadre politique.
Il est prévu très rapidement des discussions inter-syriennes. Mais elles ne pourront aboutir que si, avec notre appui et notre garantie, le cadre politique crédible défini par les communiqués de Genève et de Vienne est effectivement construit. Ce cadre repose sur plusieurs principes :

— le premier est la mise en place d’une transition politique effective qui implique le transfert à une autorité de transition des pleins pouvoirs exécutifs, notamment le contrôle sur l’appareil militaire et sécuritaire, comme le prévoit le Communiqué de Genève. Cette première étape devra intervenir rapidement ;

— il faudra aussi, deuxième point, une réforme des institutions, en particulier dans le domaine de la sécurité, afin de permettre à la Syrie de se doter d’un cadre respectueux de la diversité du peuple syrien ;

— Enfin, il faut également des garanties sur le départ de Bachar Al-Assad, qui s’impose pour des raisons non seulement morales, mais comme nous l’avons déjà souligné pour des raisons d’efficacité. Comment un homme pourrait-il rassembler un peuple qu’il a en grande partie contribué à massacrer ? Et à ce propos, quelques soient nos idées, nous ne devons pas dissimuler une réalité politique incontournable. Tant que persistera la gouvernance actuelle de M. Bachar Al-Assad, une réconciliation véritable et durable entre la population et l’Etat syrien apparait hors de portée.

Enfin, je voudrais dire en quelques mots ce que nous pensons du cessez-le-feu. Il doit intervenir, il doit être national, viable et vérifiable. Afin qu’il puisse se maintenir dans la durée, nous pensons que trois conditions au moins doivent être remplies.

— D’abord, nous croyons que le cessez-le-feu doit accompagner la transition et non la précéder, et que seul l’avènement de cette transition apportera à l’opposition les conditions de sécurité nécessaires ;

— Ensuite, nous pensons qu’il faut préparer le cessez-le-feu par des mesures humanitaires immédiates destinées à soulager les populations et à crédibiliser le processus politique. Le respect du droit international humanitaire constitue en effet un impératif– en particulier l’arrêt immédiat des attaques indiscriminées contre les civils ainsi que l’accès sans entrave de l’aide humanitaire. Des mesures de confiance seraient bienvenues pour construire un socle en direction du cessez-le-feu.

— Enfin, après de telles violences, la surveillance du cessez-le-feu sera une tâche ardue qui nécessitera des solutions innovantes sur le terrain, mais aussi, au plan politique, un mécanisme dans lequel les membres du Groupe International de Soutien pour la Syrie les plus concernés et les membres permanents du Conseil de sécurité tiendront les parties comptables du respect de leurs engagements.

Chers collègues,

J’ai parlé au début de mon propos d’une lueur d’espoir et d’une résolution-feuille de route. Tous autour de la table, nous devons contribuer de bonne foi à créer les conditions d’une vraie transition politique en Syrie. Il reviendra à chacun d’user de son influence pour conduire les parties syriennes à respecter les orientations que nous avons définies, en particulier lorsque débuteront prochainement les pourparlers inter-syriens sous l’égide des Nations Unies et de Staffan de Mistura.

La France sera à la fois active et vigilante. Et nous serons vigilants pour que toutes les forces militaires soient tournées vers la lutte contre Daesh et l’éradication du terrorisme. Nous serons vigilants pour que les parties, et d’abord le régime, s’engagent dans la négociation et respectent leurs obligations humanitaires. Et nous serons vigilants pour que la communauté internationale s’engage effectivement en faveur d’une transition crédible et d’un cessez-le-feu durable. Ce n’est qu’à travers ces objectifs clairs et cette unité retrouvée que la communauté internationale pourra, comme nous le souhaitons, triompher du terrorisme et mettre un terme à la tragédie syrienne.

Dernière modification : 04/08/2016

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