Terrorisme/ Crime organisé dans le monde et en Afrique (19/12/2014)

Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies- Conseil de sécurité - 19 décembre 2014

Je remercie M. Jeffrey Feltman et M. Tete Antonio pour leurs présentations. Je tiens également à saluer son excellence M. Moussa Faki, Ministre des Affaires étrangères du Tchad pour son initiative et sa présidence de notre débat public de ce jour. Je le remercie et le félicite chaleureusement plus largement pour l’excellente présidence tchadienne du Conseil de sécurité.

Je m’associe à la déclaration qui sera faite par le Représentant de l’Union européenne.

Monsieur le Président,

Le terrorisme est un fléau mondial qui touche tous les Etats. Ce phénomène est encore plus préoccupant lorsqu’il se développe dans des Etats fragiles ou en reconstruction. C’est la raison pour laquelle il est particulièrement utile pour notre Conseil, à l’initiative du Tchad, ait l’occasion de se pencher sur le sujet du terrorisme et du crime organisé en Afrique.

La menace terroriste est de plus en plus présente sur le continent africain. Au Maghreb et au Sahel, le Secrétaire général dans son rapport a rappelé que les attaques terroristes ont progressé de 60% en 2013 par rapport à 2012. Ailleurs, en Afrique de l’est au Kenya, la terrible attaque au Centre commercial de Westgate en septembre 2013 est encore dans toutes les mémoires.

Le développement du crime organisé constitue en soi une menace pour la stabilité des États. Il constitue par ailleurs, un terreau fertile pour les mouvements terroristes, qui tendent aujourd’hui à prospérer sur tous types de trafics : le trafic de charbon des Shebab en Somalie ; la traite des êtres humains et le trafic de drogue en Afrique de l’Ouest ; les trafics d’armes en Libye ; le vol et les pillages qui permettent à ses groupes de se financer, ou encore, comme nous l’avons constaté avec effroi de nouveau cette semaine, les enlèvements commis par la secte Boko Haram au Nigéria. Autant de situations ou les liens entre terrorisme et crime organisé se mêlent pour donner naissance à une véritable gangrène pour les Etats africains et pour le monde.

Monsieur le Président,

La communauté internationale doit tout mettre en œuvre pour éviter que certains pays africains ne tombent aux mains des terroristes et ne constituent pour eux un sanctuaire.

La France a pris toutes ses responsabilités en intervenant au Mali pour éviter la progression de terroristes qui menaçaient Bamako.

Aujourd’hui, mon pays dispose d’une nouvelle stratégie pour la zone sahélo-saharienne, visant à traiter à la fois les questions de sécurité, de développement et de gouvernance. Cette stratégie couvre la coopération avec six pays (Sénégal, Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) et a notamment vocation à renforcer les capacités des Etats pour leur donner les moyens de lutter contre le terrorisme et les grands trafics mais également à lutter contre la radicalisation ou encore à faciliter la coopération régionale. La stratégie sahélo-saharienne française représente plus de 400 M€, soit 500M$, d’aide bilatérale au développement chaque année.

En outre, l’opération militaire française Barkhane lancée en 2014 à la demande de cinq pays du Sahel représente la contribution de la France à la lutte contre le terrorisme et à l’amélioration de la sécurité au Sahel. Il s’agit en particulier d’endiguer la circulation des groupes terroristes dans cette zone.

Mais bien sûr, il est indispensable de trouver des « réponses africaines » aux différentes crises. Les efforts au niveau régional et sous régional doivent se poursuivre. Nous nous félicitons à cet égard de la tenue du Forum international de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique, qui s’est achevé le 16 décembre et qui avait pour objectif de réunir les acteurs de la sécurité. Nous saluons également les travaux réalisés par M. Buyoya et son équipe. La diversité des initiatives sur le Sahel – la Stratégie des Nations unies ou encore celle de l’UA ou encore de l’UE – est le signe d’une forte mobilisation de la communauté internationale. Je salue par ailleurs la création du G5 Sahel qui vise à coordonner les efforts des principaux pays concernés. Nous devons en effet veiller à la bonne coordination de ces initiatives.

Aux Nations unies, nous saluons la poursuite des travaux de la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme sous la direction de Jean-Paul Laborde sur la question des frontières au Sahel ainsi que les projets d’assistance intégrée « I-ACT », conduits par l’Equipe spéciale de lutte contre le terrorisme. En outre, les actions conduites l’ONUDC sont également d’une grande importance et doivent se poursuivre.

Monsieur le Président,

Tous ces efforts vont dans la bonne direction, mais il faut poursuivre afin de déboucher sur des projets concrets dans tous les domaines. Le renforcement des capacités doit être une priorité pour les Nations Unies. Les Nations unies ont également vocation à aider les Etats de la région et les organisations africaines à renforcer leur coopération pour lutter contre le terrorisme. Nous soutenons l’opérationnalisation de ces initiatives, dans le cadre de l’architecture africaine de paix et de sécurité.

La résolution que nous adoptons aujourd’hui permettra d’avoir une meilleure vision d’ensemble des efforts en cours aux Nations unies pour traiter la question du soutien apporté par le crime organisé au terrorisme. Et sur cette base, de renforcer la réponse des Nations unies face à ce défi.

Mon pays a choisi de co-parrainer ce texte.

De manière générale, la France continuera à apporter son soutien à titre national, dans le cadre européen et au Conseil de sécurité, aux initiatives qui visent à soutenir les pays africains à lutter contre le terrorisme et au crime organisé.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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