Tolérance et Réconciliation : l’éducation est notre levier le plus puissant contre l’obscurantisme

Débat thématique de haut niveau sur le thème “Promouvoir la tolérance et la réconciliation : favoriser des sociétés pacifiques et inclusives et lutter contre l’extrémisme violent” - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies - Assemblée générale - 21 avril 2015

Monsieur le Président,

Je souhaite vous remercier, ainsi que le Secrétaire général et le Haut Représentant pour l’Alliance des Civilisations, d’avoir organisé cette réunion de haut-niveau.

La radicalisation qui conduit à l’extrémisme violent et le terrorisme qui en découle sont des menaces plus pressantes que jamais. Comme nous l’ont tragiquement rappelé les attentats qui ont frappés mon pays en janvier, mais également, il y a quelques jours l’attaque contre l’université de Garissa au Kenya, ou la décapitation d’Ethiopiens coptes en Libye, les groupes terroristes n’épargnent aucune nationalité, aucune ethnie, aucune religion. Leur inhumanité ne connait pas de limites. Notre détermination pour y répondre doit par conséquent être sans faille.

Les actions terroristes menacent la cohésion des sociétés et nuisent en profondeur au développement des pays touchés. Elles appellent une réponse ferme et globale :

Il est parfois nécessaire de recourir aux armes, comme le fait la France au Sahel, mais également en Irak, où elle participe à une coalition formée par un nombre croissant d’Etats pour lutter contre Daech.

Au-delà des mesures répressives incontournables, la communauté internationale doit s’interroger sur les facteurs de la radicalisation et de l’extrémisme violent. Nous devons contrer la propagande terroriste qui menace nos sociétés de l’intérieur.

Cela passe prioritairement par l’éducation, qui reste l’élément fondateur de toute société inclusive et notre levier le plus puissant de promotion des libertés et des droits fondamentaux contre l’obscurantisme. Je me réjouis à cet égard de la tenue, jeudi prochain, d’un débat ouvert du Conseil de sécurité sur le rôle de la jeunesse, qui nous donnera l’occasion d’évoquer l’importance de l’éducation pour promouvoir l’ouverture d’esprit et la tolérance chez les jeunes et prévenir l’extrémisme violent.

C’est dans cet esprit que mon pays a pris l’initiative de réunir à Paris, le 17 mars dernier, les Ministres de l’éducation des Etats membres de l’Union européenne. Cette réunion fut l’occasion d’échanger sur les bonnes pratiques, et de réaffirmer ensemble notre attachement commun pour la citoyenneté, la tolérance et l’importance de bâtir des sociétés inclusives, exemptes de toutes formes de discriminations.

C’est aussi dans cet esprit que le Premier ministre français, M. Manual Valls, vient d’annoncer un grand plan national de lutte contre le racisme et contre les discriminations, qui met un accent particulier sur la jeunesse. Il souligne notamment le rôle de l’éducation pour lutter contre tout ce qui nous divise et pour former aux valeurs et principes de la République française, fondés sur les libertés fondamentales et la laïcité, qui a permis les conditions du vivre ensemble en France, depuis sa consécration il y a 110 ans cette année.

La promotion de sociétés pacifiques et inclusives, qui prennent en compte les aspirations légitimes de leurs citoyens dans le respect des droits de chacun, est ainsi un élément essentiel de la lutte contre l’extrémisme violent. C’est l’un des messages qu’a voulu passer le Ministre français des Affaires étrangères, M. Laurent Fabius, lors de la réunion du Conseil de sécurité, le mois dernier, sur la protection des victimes de violences ethniques et religieuses au Moyen-Orient : le sectarisme est le terreau de l’extrémisme, seuls des Etats « inclusifs », peuvent garantir le respect des droits de l’Homme pour tous les individus, quelle que soit leur appartenance, ethnique, religieuse ou autre, protéger la diversité et le pluralisme des opinions et des convictions, lutter contre toutes les formes de discriminations, et assurer à chacun une citoyenneté pleine et entière. Car les droits de l’Homme sont indissociables de la dignité humaine et ils sont la condition de sociétés apaisées et stables.

En Irak, Daech a prospéré sur les fragilités d’un Etat soumis aux divisions, à la défiance entre communautés et à l’instabilité. Le Premier Ministre al-Abadi travaille désormais à réunir les conditions d’un Irak réconcilié et respectueux des droits de tous, et nous soutenons ses efforts. La formation d’un gouvernement inclusif, la prise en compte croissante des préoccupations des sunnites, le règlement progressif des différends avec le gouvernement régional du Kurdistan ainsi que la normalisation des relations avec les partenaires régionaux doivent être salués et encouragés. De même, en Syrie, seule une transition politique inclusive permettra de vaincre définitivement le fléau de Daech, dont la montée en puissance, on le sait, a été favorisée et exploitée par le régime de Damas.

Monsieur le Président,

Pour répondre aux menaces pesant sur la cohésion de nos sociétés et leurs principes essentiel de tolérance et d’inclusion, il nous faut agir le plus en amont possible, afin de prévenir la radicalisation violente. En nous tenant tout d’abord au côté des familles et en travaillant avec la société civile, les associations, en encourageant le dialogue interreligieux. Les responsables religieux ont un rôle particulier à jouer en termes de réconciliation et de dialogue, y compris pour prévenir toute instrumentalisation de la religion à des fins de violence et de terrorisme. Les échanges et discussions qui auront lieu demain permettront, nous l’espérons, de faire émerger un discours de paix, de tolérance et de réconciliation, à même de contrer les discours mortifères des groupes extrémistes violents.

De manière plus générale, nous devons nous attaquer aux causes politiques, économiques et sociales de cette montée de la violence et de l’intolérance. Le terrorisme se nourrit de la misère, de l’humiliation, de l’insécurité, du déracinement, des injustices économiques et sociales et, je l’ai dit, des violations des libertés fondamentales. Il diffuse son poison dans des sociétés de plus en plus fragmentées où les dynamiques économiques et sociales accroissent le nombre de personnes frappées par la pauvreté, le chômage et l’absence de perspective.

C’est un défi auquel doit répondre la communauté internationale dans son ensemble et qui fera partie des futurs objectifs du développement durable. Ce que nous rappelle ce débat, c’est que la paix n’est pas la seule absence de la guerre. Comme le rappelle le préambule de la Charte, la paix se construit chaque jour. Elle se construit sur le respect des droits de l’Homme, de la dignité, de l’égalité des hommes et des femmes ainsi que des nations, de la justice, du droit et du progrès social.

Je conclurais en rappelant les paroles de M. Lassana Bathily. Le 9 janvier 2015, à Paris, dans le magasin casher de la porte de Vincennes, cet homme, malien et de religion musulmane, a aidé, au péril de sa vie, à sauver des otages de religion juive. Interrogé par des journalistes sur la raison de son geste, il a répondu : « nous sommes des frères, ce n’est pas une question de juifs, de chrétiens ou de musulmans, nous sommes tous dans le même bateau. Il fallait tous qu’on s’aide pour sortir de cette crise ». Lassana Bathily est désormais notre compatriote. Il est un exemple pour nous tous, symbole du courage des justes et de fraternité dans ce combat pour les principes universels des Nations unies.

Je vous remercie.

Dernière modification : 21/04/2015

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