Tolérance zero pour les abus sexuels des opérations de maintien de la paix [en]

Abus et exploitation sexuels - Conseil de sécurité - Intervention de M. Alexis Lamek, Représentant Permanent Adjoint de la France auprès des Nations unies - 10 Mars 2016

Merci Monsieur le Président,

Je remercie le Secrétaire général pour sa présentation sur les efforts et mesures visant à lutter contre les abus sexuels au sein des Nations Unies.

La France salue votre détermination politique et votre mobilisation exemplaire, Monsieur le Secrétaire général, à prendre toutes les mesures nécessaires pour prévenir et lutter contre les abus sexuels aux Nations Unies.

Les abus sexuels commis par les casques bleus, militaires et policiers, mais aussi par le personnel civil de l’ONU, tout comme par les forces internationales qui n’opèrent pas sous le commandement des Nations-Unies, sont inadmissibles. C’est pourquoi la France appuie le projet de résolution du Conseil sur les abus sexuels en cours de discussion. C’est aussi pourquoi la France soutient les efforts du Secrétaire général visant à renforcer encore sa politique de tolérance zéro, à travers des propositions concrètes. Plusieurs d’entre elles sont déjà mises en œuvre, d’autres sont encore examinées dans d’autres instances : ces échanges, cette dynamique sont positifs, ils sont encourageants pour l’avenir des opérations de maintien de la paix.

Monsieur le Président,

La tolérance zéro face aux abus sexuels doit s’appliquer à tous les niveaux :

1) Premièrement, au niveau des Nations Unies :

Sur le terrain, dans les opérations de maintien de la paix, plusieurs mesures opérationnelles permettront de changer le quotidien des populations locales : le rapatriement d’unités soupçonnées d’abus sexuels, la nomination de « points focaux » au sein des OMP pour prévenir les abus sexuels et enfin les efforts pour améliorer le soutien aux victimes. Tout ceci contribuera à changer la culture et la réalité des OMP.

Mais la tolérance zéro ne concerne pas que les casques bleus. Parmi le personnel civil des agences et des fonds et programmes des Nations unies aussi, hélas, il y a eu des abus sexuels. Y compris par ceux qui sont au service des populations les plus vulnérables : les réfugiés et déplacés. C’est la raison pour laquelle la France appelle à redoubler de vigilance et d’efforts pour accroître, à travers des infrastructures et des moyens adaptés, la protection de ces populations, souvent caractérisées par une extrême pauvreté, une extrême faiblesse, et traumatisées par la violence des conflits. Nous devons une protection particulière aux femmes et enfants, qui représentent les premières cibles de violences, d’exploitation ou d’abus divers dans les camps ou sites de réfugiés et de déplacés.

2) La tolérance zéro doit donc commencer à s’appliquer au niveau des Nations unies, mais la tolérance zéro s’applique aussi au niveau national.

Il est de la responsabilité de chaque Etat de prendre les dispositions nécessaires pour prévenir les abus sexuels, et aussi traduire en justice les auteurs présumés de tels abus.

C’est ce que nous faisons en France.

En France en matière de prévention, nos forces de sécurité sont systématiquement examinées sur leurs antécédents en matière de respect des droits de l’Homme, conformément à la politique requise par l’ONU. Nos forces de sécurité sont aussi systématiquement formées sur la protection des droits de l’homme et la lutte contre les abus sexuels, avant d’être déployées. La France entend renforcer ces dispositifs de formation et de prévention au sein de ses forces de sécurité. La France est aussi heureuse d’annoncer qu’elle contribuera au financement du bureau de la Coordinatrice spéciale de l’ONU en charge de la réponse des Nations Unies aux abus sexuels, Mme Jane Holl Lute, dont nous saluons chaleureusement la nomination.

En matière de lutte contre l’impunité, la France déploie, comme le demande le Secrétaire général, des officiers d’investigation nationaux au sein des contingents, afin de réagir rapidement aux allégations. Par ailleurs, la justice française a ouvert, dès qu’elle a pris connaissance des allégations en RCA, une information judiciaire pour faire toute la lumière sur la situation. Il est nécessaire de rendre justice, si les allégations sont avérées, et de le faire avec le souci des principes fondamentaux du droit, et aussi dans le respect de l’indépendance de la justice.

3) Enfin, et troisièmement, la tolérance zéro doit aussi s’appliquer à un niveau régional.

Les organisations régionales ne sont pas non plus, malheureusement, épargnées par les allégations d’abus sexuels. C’est pourquoi il est essentiel d’élargir aussi à ce niveau, d’autant qu’elles représentent des partenaires clés de l’ONU et des OMP. Nous appelons ainsi l’Union africaine, qui réunit des pays contributeurs de troupes de l’ONU et intervient via ses propres missions, parfois en amont, parfois en aval des casques bleus, à renforcer sa coopération avec l’ONU sur ces questions.

Monsieur le Président,

Ce débat public marque un mouvement de non-retour pour les opérations de maintien de la paix : elles ne pourront plus fermer les yeux, elles ne pourront plus rester silencieuses face aux abus sexuels. Aujourd’hui, le Conseil s’exprime publiquement afin de rompre le silence et la stigmatisation qui pèsent sur les victimes, pour leur lancer un message d’espoir.

Enfin, je voudrais terminer sur un message d’encouragement et de remerciement à l’égard des dizaines milliers de soldats et de policiers, onusiens ou non, qui ne sont pas concernés par ces allégations, et mettent en jeu leur vie pour sauver celle des autres. Qu’ils sachent ainsi que nous ne souhaitons pas les stigmatiser pour les exactions de quelques-uns, mais au contraire nous assurer qu’ils pourront conduire leur mission avec l’efficacité requise.

Je vous remercie./.

Dernière modification : 03/06/2016

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