Ukraine - L’heure doit être à la restauration de la paix (26/01/2015) [en]

Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. François Delattre, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

Je remercie M. Feltman pour sa présentation.

Nous aurions tous souhaité un début de l’année 2015 sous des auspices meilleurs pour l’Ukraine, et pour sa stabilité. L’année commence à peine, et cela fait déjà deux fois en moins d’une semaine que la situation sur le terrain impose de nous réunir ici.

La spirale de chaos qui s’est enclenchée il y a deux semaines, après plusieurs mois de relative accalmie, n’a en effet pas pu être enrayée ces derniers jours, bien au contraire.

La mort de treize civils à Volnovakha le 13 janvier, ainsi que le tir contre un trolleybus à Donetsk la semaine dernière, qui a fait au moins huit victimes civiles, avaient déjà suscité notre consternation, cela alors même que la veille les ministres russes, ukrainiens, français et allemands étaient parvenus à un accord sur le retrait des armes lourdes.

Samedi et dimanche à Marioupol, les groupes séparatistes ont attaqué à la roquette des quartiers résidentiels, tuant près de trente civils et semant la terreur parmi la population. Tous les éléments qui nous remontent du terrain – notamment en provenance des observateurs de l’OSCE – nous le confirment. Il s’agit d’une nouvelle violation du cessez-le-feu mais aussi de violations graves du droit international humanitaire qui protège les populations civiles ; il s’agit d’actes inacceptables, ciblant de manière indiscriminée les civils.

L’offensive contre Marioupol, célébrée avec provocation par Alexandre Zakhartchenko samedi dernier, et en violation des engagements pris par les parties en septembre dernier à Minsk, est tout aussi inadmissible.

Monsieur le Président, il faut appeler un chat un chat : par son soutien aux séparatistes ukrainiens et à leurs exactions, la Russie porte une part de responsabilité importante dans ces violences. Or l’heure devrait être au dialogue et à une discussion sérieuse sur l’avenir de l’Ukraine et la restauration de la paix.

Aussi, nous appelons la Russie à cesser de conforter les séparatistes dans leur fuite en avant déstabilisatrice. Nous l’appelons à mettre enfin un terme au transfert d’armes et d’hommes à travers la frontière russo-ukrainienne, qui nourrit la guerre, qui viole l’intégrité territoriale de l’Ukraine et les principes les plus élémentaire de la Charte des Nations Unies, qui compromet enfin les efforts diplomatiques déployés par ceux qui promeuvent un règlement du conflit, dans le respect du droit international et des libertés et droits fondamentaux de l’ensemble des Ukrainiens, y compris de ses minorités.

Nous engageons la Russie à faire usage de toute son influence sur les séparatistes à l’Est du pays pour que soit pleinement respecté le cessez-le-feu.

Les déclarations de M. Lavrov ce jour, annonçant la facilitation de contacts entre les parties belligérantes, constituent un signal encourageant mais insuffisant.

Nous appelons également l’Ukraine à lancer la réforme institutionnelle à laquelle elle s’est engagée. Le président Porochenko s’est exprimé publiquement sur la perspective d’un dialogue national et d’une réforme des institutions. Cette déclaration est un pas supplémentaire vers une mise en œuvre globale des accords de Minsk, seule à même de parvenir à un règlement négocié de cette crise.

Au-delà des déclarations, la communauté internationale ne jugera de la bonne foi des parties qu’à l’aune d’actes concrets et vérifiables, qui témoigneraient d’un engagement réel en faveur de la désescalade. Il nous faut également appeler toutes les parties à s’abstenir de s’en prendre aux populations civiles, à respecter le droit international humanitaire, et à garantir l’accès des acteurs humanitaires aux blessés et aux populations civiles ayant besoin d’assistance.

Monsieur le Président, nous souhaitons y insister : il ne peut y avoir de solution militaire à ce conflit.

Seule la mise en œuvre complète et de bonne foi des accords de Minsk par toutes les parties et la reprise de discussions diplomatiques sérieuses dans le cadre notamment du groupe de contact permettront de sortir par le haut de la crise. Tous les efforts doivent être mis au service de cet objectif.

Dans ce contexte difficile, nous n’avons pas le droit de baisser les bras. La France reste et restera pleinement mobilisée en vue de parvenir à ce règlement pacifique.

Nos objectifs sont constants : respect du cessez-le-feu, retrait des armes lourdes de chaque côté de la ligne de contact, reprise des échanges de prisonniers, règlement des questions humanitaires et, à terme, mise en œuvre par les parties de l’ensemble des mesures prévues par les Accords de Minsk.

La France continuera ses efforts en contact étroit avec nos partenaires allemands, ainsi que bien sûr les autorités russes et ukrainiennes dans ce que l’on appelle le format "Normandie".

Monsieur le Président, il n’y a pas de temps à perdre, l’heure n’est pas aux hésitations et à l’hypocrisie. L’urgence aujourd’hui est d’arrêter ce conflit qui a déjà fait plus de cinq mille morts et qui a un coût considérable et inacceptable, pour l’Ukraine, pour la Russie, pour l’Union européenne, mais aussi pour le système international dans son ensemble.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

Haut de page