Ukraine - La France mobilisée pour un règlement durable du conflit (21/01/2015)

Conseil de sécurité - Ukraine - Intervention de M. Alexis Lamek, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, Chargé d’Affaires a.i

Monsieur le Président,

Je vais commencer par remercier M. Feltman pour sa présentation. Nous avons entendu votre cri d’alarme devant la détérioration de la situation sécuritaire dans le Donbass au cours des derniers jours. Les combats ont repris avec une violence que nous n’avions plus vue en Ukraine depuis plusieurs mois, notamment autour de ce qui reste l’aéroport de Donetsk.

L’urgence aujourd’hui est de parvenir à la désescalade pour remettre le dialogue politique sur les rails. Il faut que les parties comprennent qu’il n’y ne peut pas y avoir de solution militaire à ce conflit qui a déjà fait plus de cinq mille morts et qui a un coût considérable, pour l’Ukraine, pour la Russie, et l’Union européenne.

Seule la mise en œuvre complète et de bonne foi des accords de Minsk par toutes les parties est à même d’offrir une sortie de crise. Tous les efforts doivent être mis au service de cet objectif.

La France reste pleinement mobilisée en vue de parvenir à un règlement pacifique et durable du conflit, et soutient dans ce contexte toutes les initiatives internationales qui participent à cet objectif.

Le Ministre Laurent Fabius est en contact étroit avec ses homologues allemand, russe et ukrainien. Aujourd’hui et en ce moment même ont lieu à Berlin de nouveaux échanges au niveau des Ministres en format "Normandie".

Nos objectifs, récemment rappelés par le Président de la République, sont clairs et constants : respect du cessez-le-feu, retrait des armes lourdes de la ligne de contact, règlement des questions humanitaires, et à terme, élection de nouveaux représentants dans l’est de l’Ukraine.

Hier, le Conseil permanent de l’OSCE – au sein duquel la Russie et l’Ukraine sont représentées - a adopté une déclaration politique appelant à la désescalade, et à la mise en œuvre complète des accords de Minsk. C’est également un pas dans la bonne direction. Mais au-delà des paroles il faut surtout des actes concrets, et vérifiables.

Le Conseil de Sécurité, qui a abordé l’an passé plus de trente fois la crise ukrainienne, doit accompagner ces efforts et participer à cette recherche d’une solution pérenne.

C’est une crise dont les risques de dérapage, en Ukraine et au-delà, ne peuvent pas être sous-estimés. L’Ukraine doit à ce titre rester au cœur des priorités du Conseil de sécurité.

Mais pour la même raison, nous souhaitons aussi ouvrir en 2015 un nouveau chapitre afin de sortir d’une spirale stérile de la confrontation.

Nous souhaitons le faire sans renoncer à nos principes : rien ne peut venir remettre en cause la souveraineté et l’intégrité territoriale de l’Ukraine, dans ses frontières internationales.

La situation présente aujourd’hui, paradoxalement, un visage plus clair qu’il y a quelques mois :

—  Les paramètres d’une sortie de crise sont maintenant connus de tous, il s’agit des accords de Minsk. Contre toute attente, et malgré l’alternance de phases de violence –comme à présent - et de calme, cette feuille de route a tenu jusqu’à la semaine dernière. Elle n’est pas remise en cause par les parties ;

—  Mais sa mise en œuvre demeure cependant très laborieuse. Les discussions au sein du Groupe de contact sont trop lentes et n’aboutissent qu’à de timides résultats. C’est dû à la très grande méfiance des parties russe et ukrainienne l’une envers l’autre. Il faut dépasser cet état de fait et encourager chacune des parties à prendre le courage de s’engager ;

—  Au-dessus, il existe désormais un mécanisme de validation et d’impulsion politique : le format Normandie. Celui-ci a pour but à la fois d’encourager les parties à aller plus loin, et il agit également pour prendre acte des avancées réalisées ;

Cependant beaucoup reste encore à faire – la situation sur le terrain nous le démontre tragiquement aujourd’hui. Nous avons l’obligation de progresser, si nous voulons que la dynamique diplomatique prenne le pas sur la violence et le chaos.

Il nous parait évident que la Russie renâcle à s’engager ouvertement et durablement vers la normalisation de la situation. La violence des derniers jours est une preuve de plus de sa capacité à alimenter la tension alors que s’amorçait un processus diplomatique.

Nous appelons également l’Ukraine à lancer un processus qui doit aboutir à des réformes institutionnelles dotant le Donbass d’un degré élevé d’autonomie, dans le respect de la souveraineté ukrainienne.

Nous appelons, de nouveau, la Russie à arrêter le transfert d’armes et d’hommes à travers la frontière russo-ukrainienne. Nous appelons la Russie à faire usage de toute son influence sur les séparatistes pour que soit pleinement respecté le cessez-le-feu.

La sécurisation de la frontière russo-ukrainienne demeure l’un des points cruciaux de la sortie de crise. Et les convois venant d’Ukraine, de l’UE, et bien évidemment de la Russie doivent tous être déployés conformément à l’ordre juridique ukrainien.

Notre politique se fonde sur la fermeté et l’ouverture au dialogue. Cela est valable à New York, comme ailleurs. Notre résolution est sans faille aux côtés de nos partenaires européens et américains.

Je vous remercie.

Dernière modification : 19/01/2016

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