Une transformation du maintien de la paix est en marche [en]

Réunion ministérielle sur la protection des civils dans les opérations de maintien de la paix - Intervention de M. Jean-Marc Ayrault, Ministre des Affaires étrangères et du Développement international de la République Française - Conseil de sécurité - 10 juin 2016

Monsieur le Secrétaire général,
Mesdames et Messieurs les ministres,
Distingués délégués et participants,

En cette année particulière pour les Nations unies, j’ai souhaité vous réunir afin de faire un bilan des progrès accomplis pour la protection des civils dans les opérations de maintien de la paix.

Je salue le secrétaire général, qui a tant participé à ces succès, ainsi que le président de la République centrafricaine, que je remercie d’avoir accepté mon invitation et qui nous a rappelé ce que les Nations unies ont fait pour son propre pays.

Enfin, je remercie le président du comité international de la Croix-Rouge, qui n’a pas pu malheureusement se joindre à nous, mais qui a tenu à nous faire part de ses recommandations pour assurer une meilleure protection des civils dans les conflits armés.

Monsieur le secrétaire général, Nous venons de l’entendre : une transformation du maintien de la paix est en marche.

Nous avons tous en tête les échecs de Srebrenica et du Rwanda. Nous avons pris note avec préoccupation du dernier rapport du secrétaire général sur la protection des civils qui montre que le droit international humanitaire est de plus en plus ignoré par les parties au conflit. À chaque fois, les civils en paient le prix. Pourtant les Nations unies ont pris la mesure de ces défis et ont gagné des batailles décisives et permis de sauver des milliers de vies.

Je pense, bien sûr, à la République centrafricaine, mais aussi à la Côte d’Ivoire, où les Nations unies ont empêché que des atrocités de masse ne soient commises. Je pense aussi au Nord du Mali, où elles protègent la population et soutiennent la mise en œuvre d’une solution politique.

Face à ceux qui doutent des Nations unies, ces succès montrent qu’elles peuvent réussir à protéger les civils, mais à condition de réunir trois conditions.
La première condition, c’est l’exemplarité. Les violences commises par les forces sous mandat des Nations unies à l’égard des populations doivent être combattues avec la fermeté la plus absolue et dans le plein respect de l’État de droit. En tant que pays contributeurs de troupes, il est de notre devoir de saisir immédiatement la justice de toute allégation étayée portée à notre connaissance et de prendre les mesures conservatoires qui s’imposent, tout en respectant la présomption d’innocence. Il en va de la dignité des victimes comme de l’honneur de l’ONU et de tous les militaires qui combattent sans relâche pour la paix.

La deuxième condition, c’est l’efficacité.

L’efficacité, c’est de fixer un mandat clair sur la protection des civils, et le cas échéant en prévoyant toutes les mesures nécessaires pour les défendre.
Cependant, un mandat clair ne sera efficace que s’il est pleinement mis en œuvre par ceux, civils et militaires, qui doivent le faire respecter. Là aussi, nous avons constaté des progrès, grâce au dialogue régulier - devenu la norme - entre le conseil de sécurité et les contributeurs de troupes. L’investissement en faveur de la paix est également mieux réparti avec l’arrivée de nouveaux pays.
Mais il faut aussi des moyens modernes : des drones, du renseignement, des moyens de projection. Si des progrès ont été également enregistrés dans ce domaine, nous devons faire davantage, notamment pour les missions opérant dans un environnement sécuritaire dangereux. Tirons donc ensemble les leçons de l’Histoire : face aux difficultés, le retrait n’est pas une option. Demandons-nous plutôt comment renforcer et mieux garantir la sécurité de nos casques bleus.

Au-delà de l’action militaire, une protection efficace des civils implique une politique intégrée. Cela passe par un déploiement d’experts judiciaires et des droits de l’Homme, une présence visible des Nations unies sur le terrain, y compris dans les zones isolées, une coopération avec les ONG pour développer un réseau d’alerte rapide et un partenariat avec les autorités judiciaires afin que les criminels arrêtés par les casques bleus soient bien traduits en justice.

La troisième condition, enfin, c’est l’indispensable volonté politique des pays concernés et de la communauté internationale pour résoudre les causes profondes des conflits et faire prévaloir des solutions politiques inclusives et durables. Les violences dans les Kivus ne cesseront pas tant que les groupes armés responsables bénéficieront de soutiens en RDC, comme dans les pays voisins. Les crimes au Soudan du Sud se poursuivront tant que l’on ne fera pas pression sur les belligérants. Les casques bleus au Soudan ne pourront pas venir au secours des civils tant que le gouvernement continuera d’entraver leur action.

Dans cet effort collectif, la France a pris et prendra toute sa part.

Notre premier engagement, c’est de continuer à pousser inlassablement pour une action précoce du conseil de sécurité lorsqu’il existe un risque d’atrocités de masse. C’est tout le sens de notre initiative, avec le Mexique, mais aussi avec celle du groupe ACT (Accountability, Coherence and Transparency), à laquelle nous avons souscrit, sur l’encadrement du recours au veto lorsque les civils font face aux crimes qui choquent la conscience universelle. Et lorsque les États ne jouent plus leur rôle, les Nations unies ont la responsabilité de protéger les civils et elles doivent pleinement l’assumer. Et nous devons alors agir collectivement.

C’est pourquoi nous continuerons à demander une action plus ferme du conseil de sécurité pour mettre fin à la guerre effroyable menée par le régime syrien contre son propre peuple.

C’est pourquoi nous continuerons à œuvrer pour le déploiement d’une présence de police crédible au Burundi. Tout cela avec un seul mot d’ordre : ne répétons pas les erreurs du passé.

Comme annoncé par le président de la République française à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier, il faut suspendre le recours au veto en cas d’atrocités de masse. C’est notre responsabilité de membre permanent. Plus de la moitié des États membres des Nations unies ont déjà apporté leur soutien à cette initiative, et nous la mettrons, en ce qui nous concerne, en œuvre à titre unilatéral. En février 2017 à Paris, une conférence ministérielle sur la protection des enfants dans les conflits armés sera par ailleurs organisée.

Enfin, les violations du droit international humanitaire en Syrie, au Yémen, au Sud-Soudan, au Soudan et ailleurs doivent sans cesse être dénoncées.
Et la lutte contre l’impunité est essentielle et doit notamment se traduire par un soutien sans faille à la cour pénale internationale pour que les auteurs de ces crimes rendent des comptes.

Notre deuxième engagement, c’est de défendre une posture robuste dans le maintien de la paix, au service des populations. Les principes de Kigali constituent des lignes directrices et des orientations utiles. La France a décidé de les appliquer, dans le respect de ses obligations internationales, notamment de la Charte des Nations unies.

Notre troisième engagement, c’est de donner aux Nations unies des moyens à la hauteur d’objectifs ambitieux et de protection des civils.

La France est l’un des principaux contributeurs au budget des opérations de maintien de la paix. Avec près de 900 casques bleus déployés dans le monde, elle est le deuxième pourvoyeur de troupes parmi les membres permanents du conseil de sécurité. Par ailleurs, plusieurs milliers de soldats français sont déployés à titre national et apportent un appui quotidien aux opérations de maintien de la paix.

La France, par ma voix, s’engage donc à maintenir sa participation. C’est son devoir de membre permanent. Nous appuyons également la modernisation des équipements des opérations, notamment dans le domaine du renseignement.
Nous encourageons aussi nos partenaires à s’engager en faveur des opérations de maintien de la paix. À cet égard, je me réjouis, qu’au-delà des pays habituellement pourvoyeurs de troupes, l’Europe voit son retour en force, comme le Canada.

Nous sommes déterminés à former 20.000 soldats africains par an.
Je vous annonce également qu’à l’automne à Paris nous organiserons une réunion ministérielle sur le maintien de la paix dans les pays francophones. Notre objectif est d’obtenir des promesses concrètes pour la mise à disposition et la formation de personnels servant en pays francophones. La formation est fondamentale avant le déploiement des troupes. C’est la meilleure façon de prévenir des comportements qui vont à l’encontre de la noble mission des casques bleus.

Notre quatrième engagement consiste à œuvrer pour la tolérance zéro dans les opérations sous mandat des Nations unies. Chaque fois que cela est nécessaire, la justice doit être saisie des allégations de violences commises par des soldats engagés dans les opérations de maintien de la paix. Et nous appliquerons, comme nous le faisons déjà, cette règle à nos propres forces. Nos soldats reçoivent, par ailleurs, une formation systématique sur le respect des droits de l’Homme et du droit international humanitaire avant tout déploiement sur le terrain.

Nous apportons enfin notre soutien à la coordinatrice spéciale pour la lutte contre les abus sexuels, par un apport financier, mais aussi par la mise à disposition d’un officier supérieur.

Monsieur le secrétaire général,

L’exemple de la République centrafricaine nous montre combien les Nations unies peuvent favoriser la prévention des atrocités de masse, et cela lorsque le conseil de sécurité sait faire preuve d’unité. Il nous appartient de poursuivre dans cette voie, en renforçant les opérations de maintien de la paix existantes et en mettant tout en œuvre pour faire en sorte que les civils cessent d’être, et de loin, les premières victimes de la guerre partout dans le monde.

Dénoncer et agir. Dénoncer pour agir. Voilà notre responsabilité collective pour être à la hauteur des idéaux qui ont servi d’inspiration à la Charte des Nations unies. Voilà ce que nous devons aux soldats qui, sur le terrain, au péril de leur vie, les font vivre là où les drames les conduisent à intervenir.

Vous pouvez compter sur la France pour assumer pleinement ses responsabilités.

Je vous remercie.

Dernière modification : 10/06/2016

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