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20 July 2012 - Syria

Interview of Mr. Gérard Araud, Permanent representative of France to the United Nations, with"i>TELE"

Au lendemain des vetos russes et chinois, l’ONU a aujourd’hui prolongé la mission de ses observateurs de trente jours. Concrètement, quand on voit se qui se passe sur le terrain, on se dit que tout cela est inutile… ?

Non. Mais vous avez raison de poser cette question. Nous avons essayé à trois reprises de faire intervenir le Conseil de sécurité, à trois reprises, et depuis maintenant dix-sept mois, les russes ont opposé trois vetos. Je crois que le choix de Moscou est clair : le soutien au régime d’Assad. Le Conseil de sécurité est aujourd’hui paralysé et je crains qu’il ne faille agir en dehors du Conseil de sécurité, qu’il faille aider, soutenir l’opposition afin qu’elle s’unisse pour préparer l’avenir.

Agir en dehors du Conseil de sécurité, c’est ce qu’a envisagé Washington dès hier, mais concrètement, ça veut dire quoi ?

Tout d’abord des sanctions. L’Union européenne a déjà voté plusieurs trains de sanctions. Elle va accroitre la pression sur le régime par toute une série de mesures, notamment sur les voyages et sur les biens des gens du régime. Nous devons travailler avec l’opposition, nous devons l’unifier afin qu’elle soit capable d’offrir une alternative politique au régime. Il y a aussi tout l’aspect de justice internationale, nous devons prouver qu’Assad, et tous les autres assassins de ce régime payeront un jour ce qu’ils font au peuple syrien.

Vous parliez de ces sanctions, ça fait des mois et des mois que l’Union européenne et les occidentaux prennent ce genre de sanctions, malgré tout rien ne bouge. Ca peut prendre des mois encore et pourtant, on l’a vu, il y urgence sur place.

Nous avons essayé la voie diplomatique, la transition politique, afin d’éviter la guerre civile. Nous sommes maintenant dans la guerre civile. C’est le scénario du pire qui est en train de se développer. Après l’échec que nous avons eu au Conseil de sécurité, nous devons travailler ensemble pour voir ce que nous allons faire. Et je suis sur, et je sais, que les autorités françaises ; le Président de la République, le Ministre, sont entrain de consulter nos principaux partenaires.

Ma question est peut-être très naïve Gérard Araud, mais agir autrement ça veut dire quoi ? Aller sur place ? Intervenir militairement ?

Non, votre question n’est pas naïve. Vous savez, la politique étrangère ce n’est pas seulement faire ce qu’on veut, c’est faire ce qu’on peut. Et donc aujourd’hui avec les pays de bonne volonté - les pays qui voient, non seulement pour des questions humanitaires mais aussi pour des raisons politiques, cette guerre civile se développer, cette guerre civile qui peut être extrêmement grave pour l’ensemble de la région - nous devons essayez de voir ce que nous pouvons faire afin d’y mettre un terme. Mais disons-le aussi, nos moyens sont limités. Nos moyens sont avant tout politiques : il n’y aura pas d’intervention militaire, nous n’allons pas ajouter la guerre à la guerre.

On avait vu la France en pointe face la Libye ; n’avez-vous pas l’impression que la France est un peu à la traine dans ce dossier syrien ?

Pas du tout, la France est en pointe. En Libye, nous avions pu être en pointe parce que nous avions réussi à faire voter par le Conseil de sécurité l’autorisation de mener une opération militaire et c’était la France qui l’avait obtenue. Là, nous étions de nouveau en pointe du combat avec nos amis arabes, mais nous nous sommes heurtés à trois reprises à un véto russe, et nous avons tout essayé. M. Fabius a rencontré le ministre russe, lui a parlé pour essayer de faire bouger les Russes, mais ils ont fait leur choix : le régime d’Assad. C’est une réalité à laquelle nous nous heurtons. Nous allons devoir, dans les jours qui viennent, voir ce que nous pouvons faire. Nous sommes encore un peu sous le choc : le véto russe était hier.

Est-ce que vous seriez prêt, pour en finir avec cette guerre en Syrie, à voir Bachar al-Assasd se réfugier dans un autre pays, la Russie par exemple, et lui garantir qu’il n’y aura pas de procès derrière ?

Ce n’est pas moi qui déciderai cela. Mais si demain M. Assad décidait d’aller passer ses vacances en Crimée, je crois que tout le monde serait soulagé. Assad doit partir, Assad, et ses complices, sont le problème.



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