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17 juillet 2012 - Syrie

Déclaration du porte-parole du ministère des Affaires étrangères

Q - Ce matin il a été rapporté un affrontement au cœur de Damas. Je crois que les Français sont bien informés et je constate une certaine timidité de la part des Français, je comprends la timidité des Américains en raison des élections mais les Français peuvent jouer un rôle plus positif et plus avancé surtout dans le monde arabe de maintenant.

R - Je note le côté un peu provocateur de votre question. Vous voulez me faire réagir, je vais réagir. Vous parlez de timidité. Quand Laurent Fabius est allé à Genève pour négocier l’accord de Genève qui a été signé par tout le monde à Genève, je ne vois pas beaucoup de traces de timidité là-dedans. Quand nous avons accueilli à Paris plus d’une centaine de délégations des Amis du peuple syrien, je crois que cela reflétait aussi un engagement très fort de la France et je pense en particulier à ce qu’a dit le président de la République à l’ouverture de cette conférence et je pense également à la conférence de presse qu’avait faite M. Fabius à la fin de la conférence et à la déclaration finale de cette conférence. Tout cela reflète une mobilisation constante à très haut niveau de la France et ne laisse guère de place à la timidité.

Je voudrais redire combien nous sommes engagés dans des discussions au Conseil de sécurité précisément pour faire adopter le projet de résolution que nous avons mis sur la table avec nos partenaires, une résolution destinée à placer sous chapitre VII le plan Annan.

Les discussions très délicates se poursuivent en vue de l’adoption de notre projet de résolution. Tous nos efforts sont concentrés sur celui-ci.

Non seulement à New York, mais M. Fabius est particulièrement engagé lui aussi pour que cela progresse. Je signale qu’il doit s’entretenir aujourd’hui par téléphone avec M. Kofi Annan justement pour parler de ce qui est en train de se négocier pied à pied à New York.

La priorité va aujourd’hui à un soutien clair et concret à l’action de M. Kofi Annan, et c’est l’objet de notre texte qui, en donnant toute la force du chapitre VII au plan en six points et au communiqué de Genève, entend garantir leur mise en œuvre.

Nous sommes donc plus engagés que jamais dans la négociation qui se déroule actuellement à New York.

D’autre part, et vous l’avez fait observer, les violences non seulement se poursuivent mais s’intensifient. Elles s’intensifient sur le plan géographique puisque maintenant, des affrontements ont lieu effectivement à Damas et elles s’intensifient aussi parce que du côté de M. Bachar Al Assad, on continue à massacrer la population de la Syrie. J’en veux pour preuve encore le bilan des victimes des violences menées par le régime de Damas hier en Syrie qui dépasse très probablement, et c’est à craindre en tout cas, les 150 victimes qui elles-mêmes viennent s’ajouter à tous ceux qui ont perdu la vie pendant le week-end, qui eux-mêmes suivaient le massacre de Tremsa, etc.

Donc nous sommes plus mobilisés que jamais, plus engagés que jamais, en faveur de l’adoption de ce projet de résolution. Notre détermination est totale parce qu’il nous semble de la plus grande urgence aujourd’hui de tout mettre en œuvre pour faire cesser la violence et pour engager le processus de transition politique.

Nous sommes également préoccupés dans ce cadre-là par des informations faisant état de mouvements d’armes chimiques par les forces de sécurité du régime de Damas. Lorsque l’on sait ce qui s’est passé dans l’histoire de la Syrie il y a quelques dizaines d’années, il est évident que nous cherchons à vérifier la réalité de ces informations parce que cela est évidemment très préoccupant.

Q - Peut-on dire que la démarche diplomatique consiste à placer le plan Annan sous chapitre VII ?

R - C’est tout à fait cela.

Q - Les poupées russes que l’on est obligé de manier.

R - Les poupées russes, ca me parait être une référence tout à fait à l’ordre du jour. C’est ce que l’Envoyé spécial conjoint des Nations unies et de la Ligue arabe a expressément demandé. Il a demandé que l’on donne de la force à son plan pour pouvoir le mettre en œuvre. Il a également averti des conséquences que cela pourrait avoir si ce plan ne pouvait pas être mis en œuvre.

C’est tout à fait ce à quoi vise le texte de la résolution qui est actuellement en cours de discussion à New York.

Q - Est-ce que l’on considère que les manœuvres navales russes sur Tartus restent dans le domaine du raisonnable, qu’il n’y a pas là de provocation caractérisée. On ne l’a pas pris comme tel donc j’imagine que c’est quelque chose avec lequel on n’a pas de reproche majeur. Le quidam qui regarde pense qu’ils sont en train de se renforcer.

R - Je crois que la question que l’on peut se poser, c’est de savoir si ces bateaux sont de nature à apporter ou pas une solution au problème. Je crois que la réponse est assez évidente. Compte-tenu de ce qui se passe, de cette succession quotidienne de violence et de massacres en Syrie, il est important que chacun prenne ses responsabilités.

Q - Comme des pays comme la Russie et la Chine vont utiliser leur droit de veto, la situation va donc continuer comme cela.

R - C’est la raison pour laquelle je dis que les discussions qui sont en cours à New York sont délicates et que nous sommes entièrement mobilisés actuellement pour faire progresser les choses dans la direction qu’exige la dégradation dramatique de la situation sur le terrain en Syrie.

Q - S’il n’y a pas veto et si la résolution est adoptée, comment cela peut aider à cesser, à stopper la violence ? Y-a-t-il une garantie que les rebelles vont…

R - Je suis très tenté de sortir mon joker parce qu’avec les si, évidemment cela peut nous mener très loin. En tout cas, on se place sur le terrain des hypothèses. Notre réalité, c’est de tout mettre en œuvre au plan diplomatique bien sûr pour que cette résolution soit adoptée conformément à ce qu’exige la situation et conformément à ce qu’a recommandé et demandé explicitement M. Kofi Annan. Et donc, cela montre que si elle est adoptée, cela permettra d’exercer une pression renforcée, accrue sur le régime de Damas parce que là, les sanctions seraient obligatoires, s’imposeraient à tous ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

D’autre part, cela renforcerait évidemment considérablement et c’est ce que demande Kofi Annan la position de l’Envoyé spécial. Quant à son plan, on le redit inlassablement, tout est dans son plan et son plan, cela fait des mois qu’il est sur la table, qui a été avalisé par tout le monde à Genève, y compris les Russes.

Q - Les Russes viennent de parler d’une réunion prochaine du groupe d’action pour la Syrie. Est-ce que vous êtes d’accord pour assister à cela ? A quel niveau ?

R - Notre priorité aujourd’hui c’est de faire avancer les choses au Conseil de sécurité. C’est là que les choses sérieuses se passent ou peuvent se passer. En tout cas, nous nous sommes mobilisés là-dessus. Alors après on peut parler de telle réunion, de telle autre réunion. Dans combien de temps ? Dans une semaine ? Dans quinze jours ? Il y aura combien de morts encore d’ici là en Syrie ?

Pour l’instant, on prend note de cette proposition, c’est très bien mais cela ne doit pas nous faire oublier que la priorité aujourd’hui c’est la négociation qui est engagée depuis déjà plusieurs jours, qui se poursuit à New York.

Q - Est-ce que la France a conseillé aux opposants syriens de nommer quelqu’un pour négocier avec Kofi Annan ?

R - Le langage que nous avons et que nous ne cessons de tenir aux opposants syriens, et cela a été encore illustré à la conférence de Paris il y a 15 jours, c’était surtout un langage consistant à dire « poursuivez activement, plus activement que jamais, votre travail d’unification autour d’une plate-forme politique sur laquelle chacun, indépendamment de ses sensibilités, indépendamment du fait qu’il soit de l’intérieur, de l’extérieur, puisse se retrouver ». C’est cela qui est important actuellement.

Dans la conférence de presse que notre ministre a faite hier à Alger, je le cite : « outre le nombre de morts dramatique, 17 000 déjà, il y a un risque extrêmement grave à savoir que de plus en plus ces conflits - il parle des affrontements en Syrie - deviennent une guerre confessionnelle ».

Et cela, c’est extrêmement grave parce que partir du moment où l’affrontement devient une guerre, il est très difficile d’arrêter ce type de conflit d’autant plus que comme vous savez ce conflit a des conséquences sur le pays voisin.

Donc premier aspect sur lequel je voudrais insister c’est le risque de guerre confessionnelle que l’on aura du mal à arrêter.

Deuxième élément que je voudrais souligner, dans tous nos efforts nous cherchons une transition politique, nous cherchons à préserver l’intégrité de la Syrie est un grand pays.

Si le régime de Bachar Al Assad est appelé à être remplacé, il faudra que toutes les communautés soient respectées.

Q - Inaudible

R - Bien sûr. Et il faudrait peut-être aussi que tout le monde y réponde dans la région. Et les intéressés eux-mêmes. Les Syriens eux-mêmes. Les acteurs actuellement, ce sont souvent les victimes, ce sont les survivants eux-mêmes, et je crois qu’il faudrait qu’ils prennent conscience de leurs responsabilités à chacun, responsabilités individuelles, responsabilités collectives par rapport à ce moment de l’histoire de leur pays, dans lequel ils se trouvent et dans lequel ils ont à agir. Donc c’est pour ça que notre message, c’est précisément de dire aux uns, aux autres, unissez-vous sur une plateforme sur laquelle vous vous retrouvez et à partir de laquelle vous pourrez contribuer à ce processus de transition politique qui est prévu par le plan de Kofi Annan, par Genève, et réaffirmé à la conférence de Paris.

Q - On a évoqué des armes chimiques, alors là, on est clairement dans un cas de crime contre l’humanité ?

R - J’ai bien dit « information faisant état de mouvements d’armes chimiques » que nous cherchons à vérifier parce que c’est un sujet évidemment d’une extrême importance. Nous sommes préoccupés par ces informations que nous cherchons à vérifier.

Q - Concernant les armes chimiques en Syrie, pouvez-vous en dire un peu plus par rapport à vos préoccupations ?

R - Nous recevons avec préoccupations des informations faisant état de mouvements d’armes chimiques. A ma connaissance, le dernier élément en date est les déclarations de l’ancien ambassadeur de Syrie en Irak qui a fait défection. Il y a des informations ou des rumeurs qui circulent sur le sujet et il est évident que cela est préoccupant. C’est la raison pour laquelle nous suivons cela avec beaucoup d’intérêt et nous cherchons à vérifier la réalité de ces informations.

Q - Il y a la voie de la CPI et il y a la voie du chapitre VII. Ce sont deux choses différentes mais les deux devront passer par le Conseil de sécurité. Donc ce sont les mêmes personnes qui vont voir arriver les deux dossiers puisque le gouvernement syrien ne pas s’autosaisir. Est-ce que ça avance ou cela reste sur une autre temporalité ?

R - Non, je crois que la lutte contre l’impunité et en particulier contre l’impunité de ceux qui sont actuellement en train de commettre crime sur crime, jour après jour en Syrie, reste évidemment dramatiquement et toujours d’actualité, cela fera évidemment partie des conséquences qu’il faudra tirer le moment venu de tous ce qui s’est passé depuis 17 mois en Syrie. Mais je le redis, pour nous, la priorité aujourd’hui c’est de faire avancer les choses New York sur le projet de résolution sur lequel nous travaillons.

Q - Est-ce que la France a des contacts directs avec ce qu’on appelle l’armée libre syrienne ou seulement des contacts avec les politiciens qui sont à l’extérieur ?

R - Je l’ai toujours dit ici, nous avons des contacts avec tout le monde, partout et tout le temps.

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