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11 octobre 2013 - Séminaire « L’avenir des opérations de maintien de la paix dans l’espace francophone » - Intervention de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Parrainé par :
la Délégation aux Affaires Stratégiques du Ministère français de la défense,
l’Organisation Internationale de la Francophonie,
l’International Peace Institute (IPI) et le Réseau francophone sur les Opérations de Paix (ROP)


(Seul le prononcé fait foi)

M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, intervient lors du séminaire sur « L’avenir des opérations de maintien de la paix dans l’espace francophone »
New York - 11 octobre 2013 - Franceonu photo


Mesdames et Messieurs,

Je suis heureux de clôturer ce séminaire, qui s’inscrit dans une série d’autres séminaires qui ont eu lieu à Addis-Abeba, à Dakar, à Genève et à New York, sur la question des pays francophones et du maintien de la paix, et qui a été organisé en partenariat entre l’OIF, le réseau francophone sur les opérations de maintien de la paix, et, naturellement, notre hôte ce soir, l’IPI.

L’espace francophone est, hélas, d’une certaine manière aujourd’hui, au cœur des enjeux du maintien de la paix. Six OMP sur les quinze opérations en cours se déroulent dans les pays francophones, mais en plus, elles réunissent plus de 55% des effectifs du maintien de la paix, et ces effectifs sont appelés à s’accroitre, avec la montée en puissance de la MINUSMA au Mali, même si nous en sommes loin, simplement à cinq-six mille hommes. Les effectifs devraient monter à hui-neuf milles. Et demain, il est tout à fait probable que nous allions vers un OMP en République centrafricaine. Cela commencera sans doute par une opération menée par l’Union africaine, la MISCA, mais il semble logique de passer à une OMP dans quelques mois.

Cela a sans doute été également dit : cela étant, la contribution francophone au maintien de la paix ne suit pas. Il n’y a seulement que deux pays francophones parmi les dix plus gros contributeurs de troupe : le Rwanda et le Sénégal. Deux pays francophones sont parmi les dix premiers contributeurs au budget des opérations de maintien de la paix : la France et le Canada.

Donc, la première constatation que vous avez déjà tous tirée, c’est que nous devons aider les pays francophones en amont, à fournir plus de troupes dans les opérations de maintien de la paix. Côté français, nous essayons de le faire par des actions de long terme, qui sont engagées par la Direction de la Coopération de Sécurité et de Défense du Ministère des Affaires étrangères, dont le directeur était ici, et qui est entré en contact avec le Département des Opérations de Maintien de la Paix, mais également par des coopérations bilatérales plus ciblées.

Mais il faut aller au-delà, et c’est la raison pour laquelle la France va organiser le 6 et 7 décembre un Sommet à Paris, sur la question de la sécurité en Afrique. Il n’est pas opportun de résoudre les problèmes de sécurité africains au cas par cas, de courir un peu comme des pompiers en créant OMP après OMP. Ca n’est pas la bonne solution. Et inversement, du côté des pays africains, poser la question simplement en termes financiers ne suffit pas non plus. Il faut avoir une vision stratégique de la sécurité en Afrique. C’est la raison pour laquelle va se tenir ce sommet, pour sortir de cette logique et essayer de répondre, dans un esprit de partenariat avec les autres pays susceptibles de fournir un appui, et naturellement les principales organisations concernées, les Nations Unies, mais aussi l’UA et l’UE, dans un esprit de contractualisation avec les pays bénéficiaires.

Cela nous amène à la question de la politique des Nation Unies en matière de ressources humaines. Vous en avez sans doute entendu beaucoup sur ce sujet. Chaque année, je me permets de faire un éclat au Conseil de sécurité sur cette question. Mais les Nations Unies étant une bureaucratie, elle résiste à toutes les tentatives de la bousculer.

Nous le savons, la langue, et je dirais la même chose s’il d’opérations de maintien de la paix en pays hispanophones ou en pays arabophones, la langue n’est pas un critère majeur de recrutement pour les OMP. Pour diriger le bureau de la police à Abdijan par exemple, les Nations Unies ont préféré un anglophone qui ne parlait pas français à un francophone dont l’anglais n’était pas bon. Alors, il y a une logique derrière. Si vous avez un poste aux Nations Unies, dans une OMP, vous devez pouvoir d’abord discuter, travailler avec les autres acteurs de la mission, et il y a de nombreux anglophones dans ces opérations, puisque, justement, les francophones n’ont pas les moyens suffisants de répondre aux besoins. Mais ensuite, vous devez aussi être en mesure d’être en contact avec New York. Il est évident qu’il faut parler anglais.

C’est un des problèmes que nous rencontrons s’agissant des candidats d’Afrique francophone. Nous avons besoin de représentants d’Afrique francophone, qui est une région sous-représentée au Secrétariat. Mais là, il y a la nécessité, paradoxalement, pour faire progresser la francophonie, dans un certain nombre de pays africains, en formant les élites à la langue anglaise. On n’y échappera pas. Il faut parler anglais, c’est un absolu.

En revanche, ce que l’on peut demander en échange, dans notre dialogue avec les Nations Unies, tout en reconnaissant que la pratique de l’anglais est indispensable, et c’est ce que j’essaye de faire, c’est de souligner que la capacité à interagir avec les autorités locales, telles que la police, les forces armées, la justice, le système pénitentiaire, cette capacité est une compétence technique capitale, que l’on ne peut pas négliger. Et, là aussi, on se heurte au fait que le recrutement soit fait par des « boards », qui sont composés de non-francophones, qui, évidemment, ne peuvent pas considérer que le français soit important, puisqu’eux-mêmes, ils ne le parlent pas. Donc, on se heurte à cela s’agissant de la hiérarchie intermédiaire des Nations Unies. Vous pouvez intervenir pour ce qui est des échelons les plus élevés, mais la masse de la bureaucratie résistera toujours, puisque indirectement, vous nier la légitimité de cette bureaucratie, ce qui crée des résistances. Pourtant, cette question n’est pas une question de gloire, ou de théologie francophone, mais de bon sens. Il y a néanmoins beaucoup de difficultés à diffuser ce bon sens dans l’Organisation.

C’est vrai que l’on pourrait essayer dans les mandats des opérations de maintien de la paix de refléter les exigences, exigences d’une compétence linguistique minimale, qui est une condition de succès d’une opération. Essayez de vous imaginer dans les Kivus, dans cette situation tragique des Kivus, dans des villages, imaginez une patrouille non-francophone qui traverse le village. Comment voulez-vous que les villageois puissent dire qu’ils sont menacés ? Rien ne se passe. Les contingents non-francophones passent, ne comprennent rien, ne voient rien, repartent, et le village est attaqué. C’est déjà arrivé. Alors, ensuite, on dit que les Nations Unies ne font pas leur travail, et on est rendu à essayer d’avoir des traducteurs, des interprètes dans les compagnies. Est-ce que cela est possible de modifier les mandats ? Je pense que ça peut être une des solutions, mais nous nous heurterions sans doute à beaucoup de résistances.

Essayons de transformer les enseignements qui ont été tirés de cette série de séminaire pour faire bouger le statu quo. Ce n’est pas facile, puisqu’à chaque fois que j’interviens, on me répond, qu’évidemment, sur le fond, j’ai raison. Mais ensuite rien ne se passe.

Essayons de continuer à avoir un partenariat avec l’ensemble de la communauté onusienne. Ne soyons pas uniquement des demandeurs, fournissons aussi des agents de qualité qui soient au moins bilingues. Se pose aussi la question de l’entraînement des unités francophones, et cela, je crois que le sommet qui se tiendra à Paris, pourrait être une occasion d’étendre ce que nous essayons déjà de faire par les écoles nationales à vocation régionale.

Ne soyons pas défaitistes, des choses se passent. Nous allons avoir une escadre d’hélicoptères au Mali, grâce à la mutualisation des moyens du Burkina Faso, du Niger et du Sénégal, et cela peut être une source d’inspiration. Le réseau des institutions francophones de formation au maintien de la paix s’inscrit également dans cette dynamique, ainsi que le développement de méthodes de langue française spécifique aux OMP. Là aussi, ce dont des réponses pragmatiques aux problèmes qui se posent à nous.

Je pense que nous devons poursuivre nos efforts, et surtout en le faisant, non pas dans un esprit de défense de la langue française mais dans un esprit de pragmatisme. Nous devons être pragmatiques. Et dans un pays hispanophone, nous devrions avoir la même exigence de multilinguisme. Nous ne sommes pas des théologiens. En réalité, c’est nous qui portons le bon sens, le pragmatisme. Donc, ensemble, essayons de faire bouger cette belle maison.

Merci, et bon week-end.

En savoir plus sur les Opérations de maintien de la paix.



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