Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

3 mars 2008 - Iran / Non-prolifération : Entretien avec France 24 de M. Jean-Pierre Lacroix, représentant permanent adjoint de la France auprès des Nations unies, suite à l’adoption de la résolution 1803

(Pouvez vous nous expliquer ce qu’il y a dans cette résolution et à quoi elle va servir ?)

Ce que je voudrais d’abord souligner c’est que les membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur de cette résolution à une très large majorité : 14 pour, aucune opposition.

C’est un résultat dont nous nous félicitons, c’est un résultat qui montre que les membres du Conseil de Sécurité soutiennent notre approche, l’approche de la France, du Royaume Uni et de l’Allemagne. C’est un résultat dont la France a des raisons particulières de se féliciter, car elle s’est engagée au cours de ces dernières semaines, pour rassembler les membres du Conseil de Sécurité autour d’un soutien à ce projet. Le président de la République a été en contact avec de nombreux homologues des Etats membres du Conseil de Sécurité pour les insister à soutenir cette approche.

Alors maintenant sur le contenu de la résolution. C’est une résolution qui prévoit un certain nombre de mesures additionnelles à l’égard de l’Iran, notamment à l’égard de certains aspects des relations de l’Iran avec le reste du monde, dans le domaine financier, dans le domaine du voyage et des transports s’agissant notamment des biens à double usage.

Il s’agit de mesures additionnelles et l’objectif est de marquer que la Communauté Internationale est sérieuse, que nous sommes déterminés à trouver une solution aux problèmes posés par le programme nucléaire iranien. Les sanctions ne sont pas une fin en soi. Nous avons réaffirmé par la voix des 6 ministres des affaires étrangères de la France, de l’Allemagne, de la Chine du Royaume Uni, de le Russie et des Etats Unis, notre disponibilité à réengager le dialogue si l’Iran suspend ses activités nucléaires sensibles.

Les sanctions additionnelles que le Conseil de Sécurité vient d’adopter aujourd’hui sont un moyen de donner de la crédibilité à cette approche et de montrer que nous sommes sérieux, déterminés. Mais, comme je vous l’ai dit, l’offre très ambitieuse de coopération dans les domaines politique, économique que nous avons faite, que nous avons proposée à l’Iran, reste sur la table et notre souhait et l’espoir de la France, c’est que l’Iran nous entende, réponde favorablement à notre proposition de dialogue, s’engage dans la voie d’une solution négociée plutôt que de s’engager dans la voie d’un isolement accru, ce qui sera la conséquence inévitable si l’Iran continue le comportement qu’il a eu jusqu’à présent.

(Certains pays disent que l’Iran commence à coopérer avec l’AIEA et que finalement on envoie le mauvais signal à un moment où ils font un effort pour fournir des réponses).

Le dernier rapport de l’AIEA exprime certes un certains nombres de progrès dans des domaines limités mais globalement il est plutôt de nature à renforcer notre préoccupation car ce que dit l’AIEA c’est qu’elle n’est pas en mesure d’avoir une idée claire sur la nature du programme iranien et sur sa portée.

Il y a de nombreuses zones d’incertitude que l’AIEA n’a pas réussi à clarifier. Et puis, au delà du travail que fait l’AIEA avec l’Iran, que nous comptons voir se poursuivre, il y a aussi une réalité c’est que l’Iran n’a pas respecté les obligations qui ont été assignées par le Conseil de Sécurité. Le Conseil de Sécurité avait demandé à l’Iran de suspendre l’enrichissement, il ne l’a pas fait. Le Conseil de Sécurité avait demandé à l’Iran d’appliquer le protocole additionnel de l’AIEA, c’est à dire, pour être concret, d’autoriser les inspections systématiques et détaillées de son programme. Il ne l’a pas fait.

Alors certes, il y a quelques progrès mais globalement sans ambiguïté, l’Iran n’a pas satisfait à la demande internationale. C’est le constat de l’ensemble des membres du Conseil de Sécurité. Et c’est la raison pour laquelle les membres du Conseil de sécurité ont soutenu la résolution .

(L’Iran à peine la résolution passée, a dit qu’il n’avait aucune intention de mettre à terme à l’enrichissement d’uranium, que c’était encore une résolution illégale, etc. Est ce qu’elle va avoir un effet sur le comportement iranien ?)

Je crois qu’il ne fallait pas s’attendre à ce que l’Iran dise autre chose aujourd’hui qu’une expression de rejet. C’est une première réaction, qui d’ailleurs avait été annoncée auparavant par l’Iran. Ce qui est important c’est que le président iranien entende le message qui a été envoyé aujourd’hui et réfléchisse aux conséquences du maintien de leur comportement.

La France espère que dans les jours, les semaines qui viennent il y aura une réflexion en Iran sur le message qui a été envoyé par le Conseil de Sécurité qui, au delà les mesures additionnelles adoptées par le Conseil de Sécurité, vont graduellement accroître l’isolement de l’Iran. C’est un élément important, que, nous l’espérons, les dirigeants iraniens auront à l’esprit.

(Finalement, peu de nouvelles sanctions. Pourquoi pensez vous que cela peut pousser l’Iran à changer de comportement ?)

D’abord il y a le signal politique de l’unité de la Communauté internationale et du Conseil de Sécurité ensuite ce sont certes des mesures modestes dans leur périmètre mais qui sont très significatives. Appel à la vigilance dans les relations avec l’Iran, des interdictions de voyages pour un certain nombre de personnes impliquées dans le programme, une invitation aux Etats pour qu’il fassent des inspections de cargos, de livraisons lorsqu’ils ont des raisons de penser qu’il peut s’agir d’équipement prohibés.

Il y a tout un ensemble de mesures qui ont d’abord une portée sur la capacité de l’Iran à poursuivre son programme nucléaire et qui au delà ont un impact car elles affirment de manière croissante que les relations avec l’Iran ne sont plus tout à fait normales. Je crois que cela incite beaucoup d’acteurs, notamment économiques, à réfléchir avant de s’engager en Iran, ce qui est un élément susceptible de peser sur le comportement de l’Iran./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU