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12 février 2009 - Le droit international humanitaire, un impératif - Tribune de Bernard Kouchner

Tribune parue dans le quotidien "La Croix"

Alors qu’on s’apprête à célébrer le 60ème anniversaire des quatre conventions de Genève, le Conseil de sécurité des Nations unies s’est réuni le 29 janvier à l’initiative de la France, pour rassembler les énergies et faire avancer le débat autour d’un objectif : l’application dans les faits du droit internationale humanitaire.

Cette réunion était nécessaire. Les violations du droit humanitaire vont toujours croissant, les crises actuelles sont malheureusement là pour nous le rappeler - que l’on se tourne vers le Darfour, la Somalie, Gaza, le Sri Lanka ou les Kivus. Les populations civiles, partout, sont les premières visées, alors même qu’elles ne sont pas partie prenante. Les moyens et les méthodes de guerre ne connaissent ni limitation, ni retenue : distinction des cibles, proportionnalité dans l’usage de la force, usage de la violence minimale nécessaire. Pis encore : l’accès aux victimes dans bien des cas n’est pas garanti, et ceux qui se portent à leur secours sont régulièrement attaqués, empêchés ou inquiétés.

Nous devons réagir ! Pour le Conseil de sécurité, il ne s’agit pas seulement d’un impératif humanitaire. Il ne s’agit pas seulement de donner voix à une indignation légitime. Les violations du droit humanitaire creusent dans les sociétés des traumatismes qui peinent à s’effacer et empêchent après coup la réconciliation. Elles aggravent les conséquences des conflits, et elles en rendent la solution toujours plus difficile. Elles détruisent stupidement les conditions de l’entente et de la stabilité, en dehors de toute logique politique ou militaire.

Je ne suis pas naïf : je ne crois pas en un progrès miraculeux de la bonté humaine, en un tarissement soudain des causes de l’injustice. Mais je crois aux moyens qui permettent de faire pression, de limiter le désastre ou de le prévenir. C’est un combat de tous les jours, qui ne sera jamais complètement gagné, contre le renoncement et l’indifférence. La règle en la matière sera toujours la même : plus les Etats seront nombreux, réunis dans le même effort, unis comme par une même pensée, plus ils auront de force pour faire valoir le droit.

L’injustice fait son lit des divisions de la communauté internationale ; elle ne subsiste pas longtemps quand elle est privée de soutiens extérieurs, et qu’elle réunit contre elle l’unanimité.

Les mécanismes mis en oeuvre par le Conseil de sécurité sont indispensables, du simple appel au respect du droit international humanitaire jusqu’à la création de tribunaux pénaux internationaux, et au renvoi devant la Cour pénale internationale. Et je suis convaincu que la crédibilité croissante de ces enceintes joue un rôle dissuasif très précieux. Ces moyens doivent être développés, renforcés, enrichis, toujours renouvelés - car le mal auquel on s’attaque est aussi constant que la nature humaine.

La réunion du 29 janvier était donc nécessaire, il fallait revenir à la charge. Mais elle est également prometteuse. Elle est prometteuse parce que les divisions que l’on pouvait craindre ont été dépassées ; les débats ont été constructifs et sereins, et l’unanimité dont a fait preuve le Conseil montre que les conditions sont favorables pour une offensive de grande ampleur sur la question de droit international humanitaire. Le soutien proclamé de la nouvelle administration américaine, par la voix de Susan Rice, est une excellente nouvelle. Et je veux voir un signe de bon augure dans le fait que sa première intervention devant le Conseil de sécurité ait été, précisément, à l’occasion d’un débat sur le droit humanitaire.

Cette réunion est une étape, c’est aussi un signal pour tous ceux qui commettent l’injustice et se croient à l’abri, pour tous ceux qui négligent la responsabilité de protéger et l’accès humanitaire : ne vous enfermez pas dans une impasse ! Et cela ne vaut pas seulement dans les conflits armés : cela s’applique aussi au régime de Robert Mugabe qui laisse mourir son peuple, victime impuissante d’un bras de fer politique !

Morgan Tsvangirai, président du MDC (Mouvement for Democratic Change), vient d’accepter de diriger un gouvernement d’union. C’était une décision difficile, tant les mois de cohabitation qui nous séparent de la prochaine élection présidentielle ressemblent à une gageure. Morgan Tsvangirai a pris ce risque, qui est une chance pour les Zimbabwéens et qui restera, quoi qu’il arrive, un exemple d’intelligence et de courage. C’est la responsabilité immédiate de Robert Mugabe de protéger sa population contre ce mal qui a tué déjà plus de 3 200 fois, et qui tue à un rythme toujours plus élevé chaque jour - le choléra, 63 000 cas diagnostiqués. M. Mugabe, ouvrez vos portes aux ONG locales et étrangères, aux médecins et infirmiers zimbabwéens qui exercent désormais hors de vos frontières.

Ouvrez vos portes aux agences des Nations unies afin qu’elles répondent aux besoins de votre population.

Ouvrez vos portes pour épargner des souffrances inutiles, et permettre au Zimbabwe, demain, de repartir. Ouvrez vos portes, parce que c’est la seule manière de ne pas obstruer l’avenir ! La communauté internationale ne peut pas vous laisser continuer, nous avons un devoir envers vos semblables - nous ne pouvons les laisser mourir.



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