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13 décembre 2011 - Situation des droits de l’Homme en Syrie - Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec I télé

L’Ambassadeur de France auprès des Nations unies, Gérard Araud, a accusé le Conseil de sécurité d’être « moralement responsable des souffrances du peuple syrien ». La répression, je vous le rappelle, a fait plus de 5 000 morts.

Nous allons tout de suite rejoindre au siège des Nations unies, Gérard Araud. Bonjour, merci beaucoup de réagir en direct sur I télé. Tout d’abord, première question, la France fait partie du Conseil de sécurité, à qui pensiez-vous quand vous avez cette déclaration ?

Bonjour. Nous avons déjà essayé depuis le mois de mars, la France et le Royaume-Uni, de faire passer une résolution au Conseil de sécurité pour condamner le régime syrien et imposer des sanctions. Nous nous sommes heurtés au veto de la Russie et de la Chine. Je parlais donc de ces deux pays qui continuent de s’opposer à l’intervention du Conseil de sécurité mais j’ai parlé aussi de l’indifférence d’un certain nombre de pays qui, quoi qu’ils soient des démocraties, s’abstiennent ou restent extrêmement discrets, comme le Brésil, l’Afrique du Sud ou l’Inde.

Q : Faites-vous pression de manière explicite sur ces pays pour qu’ils changent d’avis ?

Faire pression est peut-être un peu fort. C’est simplement que nous leur demandons de changer d’avis : hier nous avons eu le rapport de la Haut Commissaire aux droits de l’Homme qui est venue au Conseil à la demande de la France et elle nous a décrit la situation vraiment épouvantable de ce qui se passe en Syrie. Il y a vraiment des tortures systématiques, des viols, des centaines d’enfants ont été tués, des snipers syriens ont reçu comme instruction de tirer pour tuer des manifestants innocents. Ce n’est pas simplement une crise humanitaire. Au-delà de la souffrance des Syriens, il y a le risque de la guerre civile, le risque que le pays s’enfonce dans la guerre civile et que toute la région s’embrase. Il faut une solution politique et il faut faire pression sur le régime d’Assad.

Q : Si la solution politique ne fonctionne pas, faut-il aider l’armée syrienne libre, faut-il par exemple, sans que ce soit trop visible mais quand même efficacement, donner des armes à cette armée pour qu’elle renverse le régime de Bachar Al-Assad ?

Non, nous devons tout faire pour éviter l’embrasement de ce pays. Nous savons que du fait des divisions religieuses, divisions religieuses que le régime a d’ailleurs utilisées délibérément, il y a un potentiel de violence qui est très dangereux. Nous devons trouver une solution politique et nous devons donc soutenir les efforts de la Ligue arabe. Vous savez que la Ligue arabe a demandé au régime d’accepter des observateurs, a demandé au régime de retirer l’armée des villes. C’est là notre effort principal.


Q : Vous avez comme nous entendu l’interview de Bachar Al-Assad donnée à un média américain, est-ce que vous le croyez quand il dit qu’il n’est pas directement responsable des ordres qui sont donnés pour tirer sur la population ?

Non, je ne le crois pas. La Syrie est une dictature, il est évident que les ordres viennent d’en haut. D’ailleurs, la Haut Commissaire aux droits de l’Homme l’a bien dit, la manière dont les violations des droits de l’Homme sont systématiques, les tortures, les viols sont systématiques, tout cela prouve que les ordres viennent d’en haut.

Q : Est-ce que lorsque la solution diplomatique ne fonctionne pas, il n’est pas aussi de l’honneur de certaines puissances, qui défendent la démocratie, d’agir de leur propre chef et donc d’aider directement une population qui essaye de se libérer d’une dictature, en dehors donc du cadre de l’ONU ?

Vous savez, nous avons déjà commencé à le faire, l’Union européenne a imposé des sanctions sur la Syrie, des sanctions extrêmement fortes. Par exemple au sein de l’Union européenne, nous n’achetons plus le pétrole syrien, et cela a des conséquences très dures sur l’économie syrienne. De même nous avons imposé des sanctions sur un certain nombre de responsables du régime. Avec nos collègues, nos amis de l’Union européenne, nous avons déjà commencé à le faire.

Q : Mais, pour aller plus loin, ni vous, ni les Américains, ne réfléchissez à une action plus unilatérale ?

Pour le moment ce qui est en jeu c’est l’action de la Ligue arabe. La Ligue arabe a vraiment eu une action très énergique en imposant des sanctions elle aussi, en faisant des propositions pratiques, et je crois que c’est ça qu’il faut que nous fassions, soutenir la Ligue arabe. Vous savez, chaque pays correspond à une situation particulière. Il y avait la Libye, puisque je sais que vous pensez à la Libye, ici la Syrie c’est tout à fait différent. Personne ne pense à une solution militaire, dont les dangers seraient immenses pour l’ensemble de la région.

Q : Alors pas de solution militaires, mais est ce que vous envisageriez des sanctions économiques vis-à-vis de la Syrie ?

Elles sont déjà là, comme je viens de le dire, l’Union européenne a déjà imposé des sanctions unilatérales sur la Syrie, la Ligue arabe en a fait de même, et si la Ligue arabe nous le demande, je pense que nous devrions revenir au Conseil de sécurité pour universaliser ces sanctions d’une certaine manière. Mais encore faut-il que la Ligue arabe nous le demande, et encore faut-il que nous réussissions à convaincre nos autres partenaires du Conseil de sécurité, de sortir de leur inaction.




Pour en savoir plus sur la Syrie.



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