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13 juin 2011 - Syrie - Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec le quotidien brésilien "O Estado de S

Traduit du portugais


Une seule résolution suffit-elle pour contenir le régime de Bashar el Assad ? Pourquoi ne prévoit-elle pas de sanctions ? Craint-on que la la Russie et la Chine aient recours à leur droit de veto ?

Au moment où je vous parle, les forces de sécurité syriennes ouvrent le feu à l’arme lourde et depuis des hélicoptères sur des civils désarmés qui manifestent pacifiquement. Il y a une urgence absolue à réagir, alors que plus 1100 personnes d’après l’ONU sont tombées sous les balles de l’armée et de la police. C’est une répression féroce, brutale, dont nous ne pouvons pas nous rendre les complices silencieux. Nous ne pouvons pas nous taire devant cette tragédie qui met en péril la stabilité d’une région déjà fragile : il y a eu des incidents à la frontière avec Israël, des milliers de réfugiés affluent en Turquie, au Liban, en Jordanie. Nous avons déjà pris des sanctions dans le cadre européen, ainsi que d’autres partenaires. L’action multilatérale est toujours plus efficace, c’est pourquoi il est crucial que le Conseil s’exprime alors que les contacts bilatéraux n’ont pas suffit à influencer Damas.


Comment percevez-vous la position du Brésil, qui condamne publiquement la violence en Syrie mais qui, dans le même temps refuse de soutenir une résolution dont c’est précisément le message ?

Le Brésil est une des plus grandes démocraties au monde, fondée sur des idéaux humanistes et universalistes. Nous avons entendu les expressions de solidarité des autorités brésiliennes à l’endroit du peuple syrien. Le gouvernement brésilien a dénoncé le recours à la force en Syrie et demandé qu’un processus politique réponde aux voeux du peuple syrien. Le Sénat a soutenu ce message. Nous espérons sincèrement que le vote du Brésil reflètera ce soutien apporté aux aspirations démocratiques des peuples arabes. Notre projet de résolution n’a pour autre objectif que d’encourager les autorités syriennes à entendre les aspirations de leur peuple et à ouvrir un dialogue politique national, sans ingérence de l’étranger. Pour cela, la violence doit cesser. Ce sont les messages que porte cette résolution. Je vois mal comment on pourrait s’y opposer.


Le Conseil de sécurité est-il divisé entre les occidentaux (Etats-Unis, France, Royaume-Uni, Allemagne) et les " BRICS " (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud) ?

Dans l’immense majorité des résolutions adoptées au Conseil, cette division n’est qu’une vue de l’esprit. Et dans le cas présent, la majorité que recueille notre texte dépasse d’ores et déjà ce cadre, que nous cherchons à élargir. Les réticences du Brésil tiennent aux suites de l’affaire libyenne. Ce n’est pas parce que nous avons des divergences sur ce dossier que nous devons ignorer les massacres qui se déroulent en Syrie. Il en va de la crédibilité du Conseil de sécurité et de ses membres, dont le mandat est de protéger la paix et la sécurité internationales. Cela fait deux semaines que nous discutons de ce texte. Depuis lors, 400 personnes dont des femmes et des enfants, ont trouvé la mort, parfois sous la torture. Des milliers de réfugiés ont fuit la Syrie. Soyons clairs : l’inaction du Conseil de sécurité n’est pas une option. Il faut que nous nous mobilisions tous ensemble et nous comptons sur le Brésil. Le peuple syrien a besoin du Conseil de sécurité, maintenant.


Ces dernières années, le président Nicolas Sarkozy s’est rapproché d’Assad. La France regrette-t-elle ce mouvement vers une normalisation de ses relations avec la Syrie ?

On ne peut pas reprocher à la France d’avoir tenté l’option du dialogue avant de tenir un discours de fermeté. Nous croyons comme le Brésil qu’il faut donner une chance à des relations pacifiées, apaisées, avec tous les acteurs de la région. Il est un moment néanmoins où, face à l’évidence des faits, les principes doivent l’emporter. La seule voie possible vers la stabilité de la Syrie, c’est la réforme politique, par les Syriens eux-mêmes, comme l’a souligné le gouvernement brésilien fin avril, rappelant avec raison qu’il "revient au Conseil de sécurité des Nations unies de traiter les impacts des crises dans le monde arabe sur la paix et la sécurité internationales". Le vent du changement souffle sur le monde arabe. Aucun d’entre nous ne peut rater ce rendez-vous avec l’Histoire et la liberté des peuples.


Pour en savoir plus, consultez notre fiche Syrie



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