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19 mai 2010 - Mission du Conseil de sécurité en RDC : Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec la Radio des Nations unies

Q : Monsieur l’Ambassadeur Araud, bonjour. Vous êtes l’ambassadeur de France et vous venez de diriger une délégation du Conseil de sécurité en RDC, quel est le message que vous avez apporté aux Congolais et qu’est-ce qui ressort de votre voyage ?

Bonjour. Le Conseil de sécurité voulait aller en République démocratique du Congo parce que c’est la mission des Nations unies la plus importante avec près de 20 000 hommes. C’est un pays où une crise majeure a eu lieu au cours des dix dernières années. Des millions d’êtres humains sont morts, des dizaines de milliers de femmes ont été violées. C’est une situation tragique mais qui s’améliore. Elle reste fragile mais elle s’est améliorée. Il fallait aller sur le terrain pour discuter avec le gouvernement congolais de l’avenir de cette mission. C’était donc une mission pour écouter les autorités congolaises, écouter également les organisations non gouvernementales, la société civile pour leur demander comment ils voyaient l’avenir de la MONUC.

Q : Vous êtes aussi partis pour négocier avec le gouvernement congolais pour que la MONUC reste dans le pays pendant encore combien de temps ?

Ce n’était pas une mission de négociation, le Conseil de sécurité ne négocie pas. C’était une mission d’écoute, pour demander à tous nos interlocuteurs comment ils voyaient l’avenir de la MONUC. Du côté des autorités congolaises, le message que nous avons transmis est clair : la MONUC ne restera pas indéfiniment en République démocratique du Congo. Nous avons le même objectif qui est le rétablissement de la souveraineté pleine et entière des autorités congolaises sur l’ensemble de leur territoire. Mais il faut que la transition entre la MONUC et les autorités congolaises se fasse au mieux c’est-à-dire que lorsque la MONUC se retirera, il faudra être assuré que les autorités congolaises sont capables d’assurer la sécurité sur leur propre territoire. Nous devons faire cela en parfaite coordination avec les autorités congolaises.

Q : Percevez-vous un progrès dans le sens de la paix ?

Sur le terrain, la situation s’est améliorée, c’est indéniable. Goma était assiégée il y a deux ans. Maintenant ce n’est plus le cas. Il faut en tirer les conséquences. En même temps la situation reste fragile. Les Congolais eux-mêmes disent qu’il y a des groupes armés, que ce soit le FDLR mais surtout la LRA qui se livrent à des atrocités sans nom dans le Nord du pays. La transition doit donc se faire en douceur, elle doit être prudente afin que nous ne soyons pas confrontés à la même situation que nous avons eu par exemple en Haïti ou au Timor où les forces des Nations unies se sont retirées, la situation s’est aggravée et nous avons dû revenir. Nous avons ces précédents à l’esprit, nous devons les éviter.

Q : Pourquoi la MONUC devrait reconfigurer ses actions, des miliaires au développement économique et social alors que le feu est encore là, notamment avec la LRA, le FDLR et d’autres groupes armés à l’est du pays ?

Il est évident que nous n’allons pas passer du tout militaire au tout civil. Comme je l’ai dit, nous devons essayer d’avoir une transition en douceur. Nous allons donc conserver des effectifs militaires considérables en RDC mais nous devons également commencer à accroître notre effort dans le domaine de la construction de l’Etat. Nous devons aider l’Etat congolais à se reconstruire, à reconstruire ses structures dans l’est du pays. Mais la MONUC reste au Congo et restera au Congo encore pour un certain temps.

Q : Monsieur l’Ambassadeur, la MONUC est présente avec ses 17 000 hommes sur place, il n’y a pas de mesures douloureuses qui sont prévues actuellement pour combattre les rebelles, les groupes armés qui écument à l’Est de la RDC ?

La mission essentielle de la MONUC est la protection des civils. En ce qui concerne les missions de combat contre le FDLR et la LRA, c’est l’armée congolaise qui doit y procéder. Elle le fait avec l’appui de la MONUC. La MONUC fournit notamment un appui très important à l’armée congolaise. Vous avez raison de souligner le défi que représente la LRA. Elle écume par exemple une zone de la République démocratique du Congo qui est égale en surface à la surface de l’Espagne dans une zone d’accès très difficile. Nous devons aider l’armée congolaise qui doit travailler avec, par exemple, les forces ougandaises pour parvenir à l’éradication de ce phénomène. A nouveau, la mission essentielle de la MONUC est la protection des civils. Comme toutes les missions des Nations unies, ce n’est pas une mission de combat. Nous ne ferons pas le travail à la place des Congolais.

Q : Le Président Kabila et son cabinet acceptent que la MONUC continue à opérer pour combien de temps ?

Les autorités congolaises acceptent le maintien de la MONUC. De manière logique, elles ouvrent la perspective d’un retrait de la MONUC. Elles disent qu’elles veulent exercer leur souveraineté sur l’ensemble de leur territoire. Nous devons mener le dialogue. Comme je l’ai dit au Président Kabila et à la conférence de presse qui a conclu la mission, nous ne devons pas travailler sur la base d’un calendrier artificiel, nous devons travailler sur la base des faits sur le terrain. La MONUC doit se retirer lorsqu’elle est assurée que derrière elle les autorités congolaises vont assurer la sécurité des populations civiles. Cela, nous devons le faire par un dialogue constant avec les autorités congolaises.

Q : Vous venez de rentrer à New-York, qu’est-ce qui va suivre après votre retour en ce qui concerne le dossier MONUC ?

Nous sommes allés en RDC à ce moment parce que nous allons renouveler le mandat de la MONUC à la fin du mois de mai. Sur la base de nos discussions avec les autorités congolaises, la France va proposer aux membres du Conseil de sécurité un projet de résolution qui va amorcer une transition, notamment en augmentant les aspects civils des activités de la MONUC mais dans la continuité. La MONUC ne quitte pas le Congo.



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