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28 janvier 2014 - RCA / Adoption de la résolution 2134 - Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec BFM TV

Q : Gérard Araud, l’ONU a autorisé aujourd’hui une opération militaire de l’Union européenne pour appuyer les forces africaines et françaises. Quelle va être leur mission, est-ce qu’il ne va pas y avoir de la confusion et est-ce que cette nouvelle mission sera suffisante ?

Comme vous l’avez dit, dans un premier temps les Nations unies avaient autorisé les forces françaises et les forces africaines à restaurer l’ordre à Bangui, à protéger les populations civiles, à apporter l’aide humanitaire. Nous avons commencé à stabiliser la situation. C’est une situation difficile car il y a une incroyable haine entre les communautés chrétienne et musulmane. L’ensemble de la communauté internationale, qui a entendu les appels du président de la République et de Laurent Fabius, se mobilise autour de la France. Les Européens vont arriver et leur première mission sera la protection de l’aéroport sur lequel nous avons près de 100 000 réfugiés, à l’heure actuelle protégés par les Français. Cela nous permettra de nous déplacer et de continuer à rétablir l’ordre à Bangui et, au-delà, de nous déployer dans l’ensemble du pays avec les 6 000 Africains qui sont à nos côtés.

Q : Vous l’avez évoqué, ces dernières semaines, des hauts responsables de l’ONU s’inquiètent du risque élevé de crimes contre l’humanité et de génocide. Cela veut dire que malgré les missions française et africaine, la situation reste extrêmement grave ?

Il faut vous rappeler que lorsque nous sommes arrivés le 5 décembre 2013, près de 1 000 civils avaient été massacrés par les rebelles de la Séléka dans les nuits qui précédaient. Il y a une haine interconfessionnelle qui est intense. Nous avons stabilisé la situation à Bangui, encore qu’il y ait encore des violences, en particulier la nuit, mais dans le reste du pays nous ne sommes pas encore déployés. C’est là où il y a des incidents, voire des massacres. Il y a un véritable risque de violences extrêmes. Il est donc important que les Européens arrivent et qu’avec les Africains nous puissions nous déployer dans l’ensemble du pays.

Q : Mais vous connaissez bien la situation, on a le sentiment que 1 600 français, 500 européens, un certain nombre d’Africains, ce n’est pas suffisant. Certains parlent déjà d’échec.

Il faut d’abord voir d’où nous venons. Nous venons d’une crise épouvantable dans un pays totalement oublié. La France, je le répète, c’est le Président de la République à la tribune des Nations unies, ça a été Laurent Fabius dans tous ses entretiens, a d’abord dû convaincre ses partenaires, partenaires africains, maintenant partenaires européens, de s’intéresser à cette crise oubliée dans un pays négligé. Je crois que nous avons réussi. Au début nous y sommes allés un peu seuls, les Africains sont venus avec nous, ils sont 6 000. Maintenant les Européens arrivent. Tôt ou tard, nous sommes convaincus, il faudra avoir une opération de maintien de la paix. Il faudra encore augmenter les effectifs.

Rétablir l’ordre est une chose mais il faut aussi créer un processus politique. C’est ce que nous avons fait. Nous avons maintenant une présidente de l’autorité de transition. Il faudra reconstruire l’Etat car il n’y a plus rien, il n’y a plus d’Etat centrafricain. Il faudra donc reconstruire l’Etat. C’est le travail habituel des Nations unies. Les Nations unies s’engagent aussi à nos côtés et devront s’engager encore plus. C’est un travail de longue haleine, c’est un travail difficile. Je crois que c’est à l’honneur de la France de l’avoir lancé.

Q : La présidente justement qui demande à l’ONU une opération de maintien de la paix ce soir. Elle va s’engager cette mission ?

L’opération de maintien de la paix pourquoi ? Ce n’est parce que les Nations unies font mieux le travail que l’Union africaine. Ce n’est pas une question de rivalité. Nous avons besoin d’un engagement de long terme. Nous avons besoin d’effectifs sans doute plus importants qu’aujourd’hui. Aujourd’hui nous avons 6 000 soldats africains, les Nations unies pensent qu’il faudrait en avoir au moins 10 000. Les Nations unies ont des moyens que l’Union africaine n’a pas. Nous devrons donc discuter avec nos amis africains afin d’assurer une transition entre l’Union africaine et les Nations unies. La France en est convaincue depuis un certain temps.
Du côté de l’Union africaine, il n’y a pas de refus de cette perspective. Maintenant il faut définir ensemble les modalités de ce transfert vers une opération de maintien de la paix.


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