Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

3 janvier 2012 - Entretien de M. Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères et européennes avec la chaîne d’information I-Télé



Syrie / Ligue arabe

Le travail effectué en Syrie par les observateurs de la Ligue arabe est-il autre chose qu’une mystification ?

Je suis préoccupé par ce qui se passe en Syrie, et vous le savez, depuis le début, je ne cesse de dénoncer un véritable scandale, on est à plus de 5.000 morts. Et la communauté internationale reste inactive, en tout cas, au niveau du conseil de sécurité des Nations Unies, pour les raisons que vous savez. Alors, nous nous sommes réjouis de l’initiative de la Ligue arabe, parce que c’était aux pays arabes, notamment à ceux de la région – qui entoure la Syrie – de prendre cette responsabilité. Les conditions dans lesquelles se déroule aujourd’hui cette mission d’observateurs méritent d’être clarifiées, est-ce qu’ils peuvent vraiment avoir accès à l’information en toute liberté, nous attendons le rapport qu’ils feront dans les prochains jours pour voir clair.

La partie n’est pas déjà perdue ?

Je suis dubitatif, mais je ne peux pas considérer que la partie est déjà perdue. Le secrétaire général de la Ligue arabe a manifesté la volonté d’aller jusqu’au bout dans ses investigations. Il faut vraiment que la vérité soit établie et que le régime n’arrive pas à intoxiquer finalement les observateurs qui sont sur le terrain.

Après cet épisode, vous remettrez la pression sur le conseil de sécurité ?

Le conseil de sécurité ne peut pas rester silencieux. On voit bien qu’il y a une répression absolument sauvage, que ce régime n’a plus réellement d’avenir, et donc il appartient à la communauté internationale de se prononcer, vous savez que la France est à la manoeuvre régulièrement depuis des semaines, la Russie continue à bloquer, il y a bien un moment où le régime sera totalement isolé, en tout cas, nous continuons à avoir des contacts réguliers avec le conseil national syrien, avec l’opposition, pour les accompagner dans leur insurrection très courageuse.

(...)

Transitions dans le monde arabe :

Alors, vous partez en Afrique, en Afrique du Nord, en fin de semaine, vous serez en Tunisie jeudi, les élections se terminent en Egypte. Vous êtes inquiet de la dérive islamiste de toute cette Afrique du Nord ?

J’ai toujours dit qu’on ne pouvait pas vouloir tout et son contraire. Nous avons souhaité que cette immense aspiration des peuples à la liberté puisse se manifester, et se manifeste dans des élections, ces élections ont eu lieu, au Maroc, en Tunisie, elles sont en cours encore en Egypte, dans des conditions qui sont des conditions satisfaisantes. Et donc nous n’avons pas à critiquer le résultat de ces élections, qui sont le choix des peuples concernés. Ce que nous disons simplement, c’est que nous serons vigilants sur le respect d’un certain nombre de principes : l’état de droit, le respect des minorités, de toutes les minorités, les minorités religieuses en particulier, le respect du statut de la femme, et c’est le message que j’adresserai à nos amis tunisiens.

Nous vivons juste, là, un épisode islamiste, parce que le peuple peut se prononcer, ou bien, on est parti pour une longue période ?

Ça n’est pas un épisode islamiste, c’est une révolution très profonde qui secoue l’ensemble du monde arabe, et même au-delà, et donc cette révolution n’aboutira pas à une solution apaisée très rapidement, je pense qu’il faut se préparer à une période de transition qui sera longue, qui sera difficile.

Et aussi sur l’aspect économique de cette transition, la situation de l’économie égyptienne est désastreuse aujourd’hui, et c’est là aussi que nous devons agir dans le cadre notamment de ce que nous avons annoncé à Deauville.



Iran :

Alors, l’Iran, pendant ce temps, affirme avoir testé des barres d’uranium enrichi, est-ce que l’arrivée de la bombe iranienne n’est pas beaucoup plus proche que ce qu’on croit ?

Les experts en discutent, mais en tout cas, l’Iran poursuit la mise au point de son arme nucléaire, je crois que là-dessus, il n’y a pas de doutes, le dernier rapport de l’Agence internationale de l’énergie atomique est assez explicite sur ce point, et c’est la raison pour laquelle, la France, sans fermer la voie de la négociation et du dialogue avec l’Iran, bien entendu, souhaite que nous durcissions les sanctions. Et le président de la République a fait deux propositions concrètes, la première, c’est le gel des avoirs de la Banque centrale iranienne, qui serait une mesure très rude, et deuxièmement, l’embargo sur les exportations de pétrole iranien. Le congrès américain a voté en ce sens, et le président des Etats-Unis vient de valider la loi. Et nous souhaitons que les Européens, d’ici le 30 janvier, prennent une mesure équivalente pour bien montrer notre détermination.

Là encore, c’est au niveau des Nations unies que ça va bloquer ?

Je ne pense pas, ce seront des sanctions qui seront des sanctions européennes, des sanctions américaines, nous avons la capacité d’agir dans ce domaine.

(...)



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU