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31 juillet 2012 - Interview de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, accordée à UN radio

A l’occasion de la Présidence française du Conseil de sécurité qui débutera le 1er août, M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, revient sur les enjeux de cette présidence.


M. l’Ambassadeur, bonjour, vous êtes le représentant permanent de la France auprès des Nations unies. La France va présider au mois d’août le Conseil de sécurité, un conseil qui fait durant les 31 jours de ce mois va connaitre des temps forts. Le premier temps fort qui vient à l’esprit c’est la Syrie. Comment la France, comment vous allez présider par rapport à cette question cruciale ?

Comme vous le savez le programme du Conseil de sécurité des Nations unies dépend beaucoup plus des autres membres que du président, il y a des échéances qui nous sont imposées. Sur la Syrie quelle est la première échéance. Et bien dès le 2 août la résolution 2059 a prévu que le Secrétaire général présenterait un rapport sur les activités de la mission des Nations unies en Syrie. Donc le 2 août nous aurons un rapport sur la situation en Syrie. Et ensuite, le mandat de la mission des Nations unies en Syrie expire le 19 août donc nous avons prévu le 16 une discussion sur l’avenir de cette mission, et derrière l’avenir de cette mission c’est la division politique du Conseil. Le Conseil de sécurité est profondément divisé, nous avons eu trois vétos russo-chinois en quinze mois, et je dirais que ces divisions vont s’exprimer de nouveau à l’occasion du renouvellement de ce mandat puisque certains pays disent déjà que la mission doit disparaitre puisque rien ne se passe, elle ne sert à rien et que d’autres pays, au contraire, voudraient la maintenir sur place.

Justement Hervé Ladsous, le Secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de maintien de la paix, est allé à Damas, il a déjà annoncé le retrait temporaire de 150 observateurs sur les 300 que compte cette mission. Est-ce que c’était un signe dans un sens ou dans un autre, comment faut-il interpréter cette réorganisation des effectifs sur le terrain ?

D’abord le Secrétaire général, et Hervé Ladsous en tant que son principal adjoint dans ce domaine, a fait ce qu’était prévu dans la résolution 2059. La résolution disait : « nous maintenons la mission pendant un mois mais nous la maintenons avec des effectifs réduits ». Pourquoi des affectifs réduits ? Tout simplement parce que le niveau de la violence est tel que la sécurité même des observateurs est en jeu. Vous savez, il est tout à fait inhabituel que les Nation unies exposent la vie des observateurs dans de telles situations. D’habitude les Nations unies viennent consolider un accord de paix avec l’accord des parties. Là ce n’était pas le cas donc nos observateurs courent un risque et nous avons considéré, le chef de la mission a considéré que le risque devenait insupportable. C’est la raison pour laquelle nous redéployons une partie de la mission. Cela étant si la situation s’améliore, si un règlement politique voit le jour, ces observateurs pourraient immédiatement revenir en Syrie.

Certains notent une sorte de contradiction : les observateurs sont là pour essayer d’observer un processus de cessation des hostilités et en même temps la condition de leur retour est basée sur cette cessation des hostilités.

C’est-à-dire que théoriquement la mission avait deux fonctions. Une était de contribuer à la mise en œuvre d’un processus de paix, d’un processus politique. Deux c’était d’essayer de contribuer à la diminution des violences, notamment en suivant la mise en œuvre de ses engagements par le gouvernement syrien. Hors il n’y a pas de processus politique. Mr Annan, avec tout son talent et son zèle, n’a pas réussi à lancer un processus politique et de l’autre côté, la violence ne cesse d’augmenter. Donc je dirais que la mission ne sert plus à rien et je comprends les pays qui, comme le Royaume-Uni et les Etats-Unis, disent : « nous exposons inutilement la vie de nos observateurs et nous devons les retirer ».

Autre temps fort de cette présidence le Mali, qui connait les affres et les soubresauts depuis le début de l’année avec des forts mouvements et les tentatives de coup d’Etat qui ont eut lieu. Est-ce que le Conseil de sécurité entend aller de l’avant et entend coopérer avec les organisations régionales ?

Le Mali est évidement une préoccupation toute particulière pour la France. Parce que nous sommes un pays voisin, parce que nous sommes l’ancienne puissance coloniale et nous avons un grand nombre de Maliens vivant en France, mais en même temps nous ne sommes plus au temps de la Françafrique. En d’autres termes, c’est l’Afrique aux Africains. Donc ce sont les Africains qui doivent ensemble aider le Mali à résoudre la crise, et notamment l’organisation sous-régionale compétente la CEDEAO. La France a présenté un projet de résolution, la 2056, qui affirme la volonté du Conseil de sécurité d’apporter son soutien à la CEDEAO, et maintenant nous attendons que la CEDEAO revienne vers nous et nous demande l’autorisation d’envoyer une force à Bamako. Donc cela peut être au mois d’août. Tous les échos que nous recevons de la présidence de la CEDEAO est que ce sera à court terme. Donc quand nos amis africains présenteront leur demande, nous examinerons cette demande et le Conseil de sécurité prendra alors ses responsabilités.

Est-ce qu’il y a en termes d’interlocuteurs aujourd’hui un problème entre le président et le premier ministre maliens ?

Le Mali traverse une crise politique majeure. Il y a eu un coup d’Etat le 22 mars et depuis lors nos amis africains, le Burkina Faso, essaient de mettre en place une transition politique pour permettre le rétablissement de l’autorité civile. Il y avait un président de transition, qui a été la victime d’une agression violente et a du être évacué pour des raisons de santé. Il est de retour et il doit essayer de constituer un gouvernement d’union nationale. Ce n’est pas simple, parce que c’est un peu à l’ombre de la junte qui a pris le pouvoir. Donc la situation est très compliquée à Bamako, et devient de plus en plus complexe car, du fait du coup d’Etat à Bamako, la moitié du pays est tombée entre les mains de groupes rebelles, voire d’Al Qaïda. L’objectif est évidemment la reconquête du nord, mais la reconquête du nord passe par Bamako. Il faut donc d’abord stabiliser la situation à Bamako, il faut entraîner et reconstituer l’armée malienne avant de permettre la restauration de l’unité nationale du Mali.

Qui dit présidence au mois d’août, dit également renouvellement des mandats des missions qui arrivent à échéance ?

En réalité il n’y en a qu’une, c’est la FINUL, la force intérimaire des Nations unies au Liban, dont le mandat vient à échéance à la fin du mois d’août. Je pense que le renouvellement ne posera pas de problème particulier parce qu’il y a une sorte d’accord général pour faire une distinction entre la FINUL et la crise syrienne. L’intérêt de tout le monde est de préserver la paix du Liban et d’essayer justement d’éviter que la crise syrienne ne débouche sur une crise libanaise. Je pense que le renouvellement ne devrait pas poser de problème particulier.

Quelle empreinte la présidence française du Conseil de sécurité entend-elle laisser ?

Nous n’avons pas de questions particulières tout d’abord parce que le mois d’août est un mois un peu particulier, j’ai l’impression que je serai l’un des rares ambassadeurs autour de la table et c’est inévitable, mais nous devons être très réactifs. Je ne peux pas vous dire de quoi est fait demain en ce qui concerne la crise syrienne avec les atrocités qui menacent sur la ville d’Alep. Donc nous pourrions à tout moment essayer de réagir. Cela étant nous avons eu trois vétos russo-chinois, c’est donc très difficile de voir ce que nous pourrions faire, mais il y a un moment où l’horreur devient insupportable et alors nous nous réservons le droit, la France et ses partenaires, de revenir, d’essayer de nouveau de mobiliser le Conseil de sécurité.

Retrouver l’interview sur le site Radio des Nations Unies.



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