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4 février 2012 - Syrie - Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations Unies, avec Itélé

Q : Nous sommes avec l’ambassadeur de France auprès des Nations Unies, M. Gérard Araud. Première question, quel a été le point de blocage ? On nous a dit, vous nous avez dit, que jusqu’au dernier moment on espérait que ce véto ne serait pas opposé ?

Je dois vous avouer que ce double véto est un peu incompréhensible. Nous avions un texte qui était très simple, c’était un texte qui soutenait l’initiative de la Ligue arabe, c’est-à-dire une proposition de dialogue politique entre les Syriens. Nous avions l’impression d’avoir répondu à toutes les objections russes et chinoises : il n’y avait pas d’embargo sur les armes, il n’y avait pas de sanction, le langage était vraiment celui de la Ligue arabe. Nous avons été surpris pas ce véto qui est un peu un véto de dernière minute. Notre impression est que la Russie, puisque c’est surtout la Russie qui a dirigé cet effort, a décidé de soutenir jusqu’au bout le régime d’Assad.

Q : La Russie proposait aussi de dissocier l’opposition en Syrie des groupes armés, ce qui n’a pas pu être enlever du texte. Est-ce que ça veut dire par exemple que la France considère que ces groupes armés et l’opposition sont la même chose ? Vous les soutenez de la même manière ?

Absolument pas, nous n’avons pas refusé ce petit amendement qui est un amendement de langage. Nous avions proposé de mettre une phrase pour appeler en effet l’opposition à se dissocier de l’extrémisme. Le problème n’était pas là. Ce sont d’abord des amendements de dernières minutes qui sont arrivés après des semaines de négociations. Mais ce sont surtout les autres amendements qui nous posaient problème, soit parce qu’ils établissaient une équivalence entre la répression du régime et l’opposition, soit parce qu’ils essayaient d’affaiblir le plus possible l’initiative de la Ligue arabe. Le problème essentiel était là : c’était la volonté ostensible de protéger le régime d’Assad des pressions extérieures.

Q : Ban Ki-moon, le Secrétaire général des Nations Unies, a dit que ce double véto amoindrissait le rôle de l’ONU. Cela discrédite-il le Conseil de sécurité ?

Je ne sais pas si cela discrédite le Conseil de sécurité, ce n’est pas le premier échec du Conseil de sécurité. Le plus grave n’est pas là. Le plus grave est qu’il n’y a plus d’option politique apparente. Cela va donner une sorte de feu vert au régime de Damas d’appesantir sa répression, avec des centaines de morts hier, et cela trente ans après la répression du soulèvement de Hama qui avait fait entre dix et vingt mille morts. Comme je l’ai dit au Conseil, le père était un assassin, le fils en est un aussi.

Q : Le Conseil de sécurité sert-il encore à quelque chose aujourd’hui ?

Le Conseil de sécurité sert à beaucoup de choses, nous dirigeons dix neuf opérations de maintien de la paix, dont un grand nombre à travers toute l’Afrique. Hélas, l’affaire syrienne n’est pas le seul conflit sur lequel le Conseil de sécurité est impuissant. Sur le conflit israélo-palestinien c’est la même chose. Maintenant, il faut réfléchir à ce que l’on peut faire, il faut agir en dehors du Conseil de sécurité. Le président de la République l’a dit, nous devons créer un groupe des Amis de la Syrie, nous devons travailler avec la ligue Arabe pour essayer de trouver au fond notre véritable objectif c’est-à-dire une solution politique pour faire pression sur le régime d’Assad, pour qu’il accepte de négocier.



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