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5 décembre 2013 – RCA/Adoption de la résolution 2127 – Entretiens de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec Itélé et RTL

Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec Itélé


Q : Bonsoir, la résolution autorisant le recours à la force en Centrafrique vient juste d’être votée à l’unanimité par les quinze membres du Conseil de sécurité. Quelle sera la mission exacte de la France, s’agit-il d’arrêter les massacres en cours ou y a-t-il un objectif de stabilisation politique ?

Le premier objectif qui est le nôtre est d’essayer de rétablir un minimum d’ordre dans ce pays où il n’y a plus d’Etat, et où les populations sont livrées à des bandes armées de voyous et de bandits qui pillent, qui tuent, qui rançonnent. Nous devons donc d’abord rétablir l’ordre.

Ce sera le travail de la force africaine : 4000 soldats africains arrivent. Ils seront soutenus par les 1200 soldats français. Ca commencera évidemment par Bangui. Ensuite, à partir de Bangui, il faudra sécuriser les grands axes pour aller vers les villes où nous savons, par les ONG, que les populations terrorisées se sont réfugiées, autour des églises, autour des mosquées afin de leur faire parvenir de l’aide humanitaire. Ensuite, il y aura un processus politique. L’objectif est d’avoir des élections avant février 2015. Il est bien prévu que les autorités de transition ne pourront pas se présenter aux élections. Mais la priorité est le rétablissement de la sécurité dans le pays.

Q : Quel est le mandat exact de la France, combien de temps vont rester nos soldats sur place ?

La Force française soutiendra la Force africaine. Nous sommes déjà sur place, nos soldats arrivent, le nombre de patrouilles dans Bangui a déjà augmenté. Nos forces seront sans doute plus rapides que la Force africaine à être opérationnelles. Donc elles pourront rétablir l’ordre à Bangui, puis les grands axes. Et les Africains, lorsqu’ils seront prêts, prendront notre place. La France n’a pas vocation à rester indéfiniment en République centrafricaine. Dès que l’ordre sera rétabli, nous réduirons notre présence sur le terrain.

Q : Monsieur l’Ambassadeur, l’opération au Mali n’est pas encore terminée, on voit que la France intervient assez rapidement en Centrafrique, est-ce que l’ombre du Rwanda et ses génocides pèse sur la Centrafrique selon vous ?

Nous avons tous entendu les rapports du Secrétaire général des Nations unies et des ONG qui nous ont dit qu’il y avait des risques d’atrocités de masse dans ce pays. Les rebelles qui étaient plutôt des Musulmans ont choisi des Chrétiens comme cibles, donc les Chrétiens ont créé des milices d’auto-défense qui ont tué des Musulmans parce qu’ils étaient Musulmans. On a là un mécanisme infernal dont nous sentons très bien qu’il peut conduire à une guerre civile et donc à une situation de type génocidaire.

***
Entretien de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, avec RTL


Q : Ca y est, la France a obtenu le feu vert de l’ONU, elle va pouvoir renforcer ses troupes en Centrafrique. Vous disiez, pendant l’été, en pleines négociations avec vos partenaires de l’ONU : » Nous sommes bien seuls sur le dossier centrafricain ». Ce soir, que dites-vous, monsieur l’ambassadeur ?

Je crois que nous avons réussi à mobiliser la communauté internationale. Le Président de la République avait soulevé cette question, ce qui avait surpris, dans son discours à l’Assemblée générale en septembre. Laurent Fabius, dans tous ses entretiens, avait parlé de la République centrafricaine. Nous avons réussi à mobiliser le Conseil de sécurité derrière l’Union africaine et derrière nous.

Q : Vous êtes soulagé ce soir ?

Oui, naturellement, soulagé. C’est quand même pas mal de travail, il a fallu se battre contre pas mal d’indifférence. Maintenant, je crois que c’est fait, je crois que nos partenaires ont compris la gravité de la situation.

Q : Ce vote intervient alors que des violences meurtrières ont éclaté à Bangui sous couvre-feu, et que 250 soldats français se sont déployés dans la capitale. Vous dites aussi ce soir : « il était temps » ?

Oui, il fallait agir très rapidement. Non seulement, vous avez un pays où il n’y a plus d’Etat, où il y a des bandes armées de voyous qui tuent, qui pillent, qui violent et qui rançonnent. Mais en plus, nous avions la crainte d’un affrontement généralisé entre chrétiens et musulmans. Nous savons ce à quoi ça peut conduire. Donc, il faut intervenir très rapidement, pour rétablir l’ordre dans ce pays. Afin que l’aide humanitaire arrive d’abord, et ensuite pour éviter une véritable guerre civile sur une base religieuse

Q : Quand vous dites très rapidement, pour vous, c’est immédiatement ?

C’est dans les jours qui viennent. La Force africaine sera pleinement opérationnelle le 19 décembre. Les Français arrivent, il ne reste plus qu’au Président de la République à donner l’ordre d’intervention, et ce sera fait dans les jours qui viennent.

Q : Le contenu de la résolution, notre mandat, clairement, c’est quoi exactement, monsieur l’Ambassadeur ?

Notre mandat c’est soutenir la Force africaine. C’est 4 000 hommes qui doivent restaurer l’ordre dans les pays. Vous avez une population qui est terrifiée, une population qui s’est enfuie soit dans la brousse, soit dans les villes autour des églises, autour des mosquées. Il faut restaurer la sécurité des grands axes afin que l’aide humanitaire parvienne à ces populations. C’est ça la première urgence. La seconde, c’est évidemment, ensuite, d’avoir un processus politique de réconciliation nationale, et des élections avant février 2015.

Q : Sauf que déjà des voix s’élèvent pour parler de la France « gendarme de l’Afrique ». Vous leur répondez quoi ?

Je leur réponds, je suis peut-être de l’ancienne génération, que je suis fier de la France. Vraiment, en République centrafricaine, on ne peut trouver que des raisons humanitaires à notre intervention. C’est une population qui vit dans la terreur, c’est une population qui était l’otage de groupes armés, de groupes de bandits. Nul ne peut penser que nous avions le moindre intérêt économique dans cette affaire. Nous y allons pour protéger une population. Je crois qu’aujourd’hui, tous les Français doivent être fiers de ce que nous faisons.

Q : Le temps que ce soit réglé, on parle après d’élections, c’est ce que promet le Premier Ministre d’ici 2015. Pour vous, les choses seront réglées une fois que les élections auront pu avoir lieu ?

Non, parce que, comme vous le savez, tous les 5 ans, tous les 10 ans, il y a une crise en République centrafricaine. Comme dans beaucoup de lieux où interviennent les Nations unies, il y a un problème de gouvernance. En plus, les bandes armées ont détruit tout ce qu’il y avait d’un Etat déjà fragile. Elles ont brûlé les archives, brûlé l’état civil. Il faut reconstruire un Etat centrafricain. C’est un travail de long terme. C’est un travail de long terme pour l’Union européenne, pour l’Union africaine, pour toutes les agences des Nations unies, pour tous les donateurs bilatéraux. La communauté internationale, les Nations unies, l’Union africaine, sont en en République centrafricaine pour longtemps.

Q : En attendant, les soldats français vont arriver en Centrafrique. Est-ce que vous auriez souhaité qu’ils soient accompagnés d’autres soldats d’autres Etats européens ?

Nous sommes en discussion avec les Etats européens pour avoir des contributions à cette opération.

Q : Lesquelles, par exemple ?

Nous avons des contacts. Un certain nombre de pays européens n’ont pas encore annoncé publiquement leur contribution, donc je ne peux pas le faire. Notre ministère de la Défense sera mieux à-même de vous renseigner.

Q : Mais vous avez bon espoir ?

Oui, il y aura des contributions européennes.

En savoir plus sur la République centrafricaine.



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