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19 juin 2008 : Stake out de Mme Rama Yade au Conseil de sécurité, Secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères et aux Droits de l’homme

Je suis très heureuse aujourd’hui de participer à ce débat du Conseil de sécurité sur les violences faites aux femmes notamment et surtout dans les conflits armés. Cela tombe à point que Condoleezza Rice ait eu cette excellente initiative, dans la mesure où je reviens de la République Démocratique du Congo, où j’ai pu saisir très crûment la réalité douloureuse et révoltante des violences sexuelles faites aux femmes dans ce pays qui est en conflit depuis dix ans.
J’ai pu entendre des témoignages assez bouleversants de ces femmes qui ont subi des viols collectifs de la part de groupes armés dans la région des Kivu.
Je ne sais pas ce que chacun va dire précisément, mais en tout cas ce que je sais, c’est qu’il est vrai que la mobilisation de la communauté internationale est réelle, avec une présence importante de la MONUC de plus de vingt mille hommes.
Mais je crois que, conformément aux engagements de la communauté internationale, qui étaient d’intégrer la problématique des femmes dans les conflits armés, je crois qu’il y a des pistes à suivre. Alors, évidemment, on connaît la piste traditionnelle qui est la lutte contre l’impunité, par exemple en développant les procédures judiciaires pour punir les coupables. Néanmoins je crois, après ce que j’ai entendu de la part des femmes congolaises - deux cent mille ces dernières années ont été victimes de viols - qu’il y a quatre choses à faire.


La première, et ce sont elles qui le disent, et je crois que de par leur expérience elles savent de quoi elles parlent, c’est de désarmer les groupes rebelles qui sont dans les forêts et qui attaquent les villages alentours en enlevant des femmes. Donc, il faut les désarmer, parce que pour créer des hôpitaux, pour les soigner, si les groupes armés restent encore dans les forêts et ré-attaquent les villages ça ne sert à rien.


La deuxième chose c’est qu’il faut les éloigner des Kivus. Alors on peut discuter de l’endroit, mais en tout cas il faut les éloigner des Kivus. Si c’est pour les laisser à proximité des villages qu’ils ont déjà attaqués, et qu’ils ré-attaquent fréquemment, ça ne servirait pas à grand chose.


Ensuite, quel que soit le lieu où on les emmène il faut les occuper, parce que c’est le désœuvrement qui conduit ces groupes de jeunes à être récupérés par des chefs de guerre.


Et puis enfin il faut effectivement lutter contre l’impunité en sanctionnant ces chefs de guerre.


Donc, je crois que ces quatre points qui ont été développés par toutes ces femmes qui vivent encore la peur au ventre et qui ont souvent des enfants nés de viols collectifs, et dont elles ne connaissent même pas les pères, qui ont le sida, qui sont marginalisées dans les communautés, sont essentiels. Cette situation a amené certaines femmes comme Eve Ensler, qui est l’auteur des Monologues du Vagin, à dire qu’il s’agissait d’un fémicide, un fémicide qui rappelle le mot que vous savez. Un fémicide parce que les femmes sont mises au ban des communautés : le lien social est complètement détruit et on se retrouve avec un Kivu complètement déstabilisé.


Donc, voilà, je crois que c’est cela qu’au nom de la France je vais essayer de dire et de défendre mais je pense que l’initiative de Condoleezza Rice est excellente parce qu’elle nous permettra de faire le point et un point très utile sur les violences faites aux femmes. Merci./.



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