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1er juillet 2008 - Conférence de presse de M. Jean Maurice Ripert, Représentant permanent de la France auprès des Nations Unies

Présentation de la Présidence française de l’Union européenne 1er Juillet 2008

D’abord, merci à nos amis interprètes qui nous permettent de commencer la présidence française en français, comme j’en ai d’ailleurs reçu instruction, donc grâce à vous je peux respecter mes instructions. Merci.


Avant de commencer ce point de presse, et je vous remercie d’être venus aujourd’hui. Je voudrais au nom de toute la présidence française, remercier la présidence slovène, qui a été une présidence de l’Union européenne d’une grande rigueur et d’une grande qualité. Je pense que ma collègue et amie Sania Stiglitz a représenté l’Europe dans ce qu’elle a de meilleur. Nous avons été grâce à elle fiers d’être européens et j’espère que nous allons continuer sur cette tendance. Je crois aussi, et c’est important, que la présidence slovène a marqué la fin de la distinction entre les nouveaux membres et les anciens membres et qu’il n’ y a maintenant qu’une seule famille, puisque c’était la première fois qu’un des nouveaux adhérents présidait l’Union européenne. Je crois que maintenant c’est une affaire entendue. Je voudrais insister aussi en disant cela sur le fait qu’une présidence c’est un passage. Un passage entre une Présidence sortante et une Présidence future. Et la France, entre la Présidence slovène et la Présidence de la République Tchèque, assumera aussi sa fonction au titre de ce passage du témoin. Vous avez derrière moi le logo de la présidence, un logo simple a dit Bernard Kouchner, qui veut montrer que la France ne se dilue pas dans l’Europe mais qu’ensemble ils expriment le meilleur. Et je ne peux pas résister à vous lire la phrase de Victor Hugo, que vous avez probablement dans vos mallettes et qui dit - je le cite, dans son discours d’inauguration du Congrès des amis de la paix universelle réuni à Paris en 1849 : " Un jour viendra où vous, (…), toutes nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous joindrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne. " .


Trois parties, trois éléments que je voudrais présenter devant vous. D’abord, l’Union européenne aux Nations Unies, ensuite nos priorités pour la Présidence française en général, et enfin nos priorités pour l’action de l’Union européenne à New York.


Le message essentiel de la présidence française sera ici : l’ONU est essentielle pour le monde et l’Union Européenne est essentielle pour les Nations Unies. Parce que pour un grand nombre d’entre vous probablement, comme pour certains de mes collègues aussi hélas, j’ai envie de dire, : l’Europe est invisible, l’Europe est inexistante, au mieux. Au pire elle est inefficace. L’Union Européenne n’est pas membre des Nations Unies en tant que telle ; puisque les Nations Unies sont une organisation d’Etats. L’Europe n’est pas membre du Conseil de Sécurité, l’Europe est parfois divisée, et on passe souvent plus de temps à dénoncer ses divisions qu’à relever ce qu’elle a réussi à faire. Et pourtant, notre conviction c’est que l’Europe est beaucoup plus que la juxtaposition de ses membres, et que l’Europe est un membre actif, à travers ses membres, des Nations Unies. L’Europe assume ses responsabilités, j’espère que nous aurons l’occasion de le découvrir ensemble pendant les six mois qui viennent. L’Europe est un partenaire global pour les Nations Unies. L’Europe c’est une union politique, c’est aussi une grande puissance financière et économique. L’Europe c’est le premier bailleur de fonds en matière de développement. L’Europe c’est un ensemble de pays qui entretiennent un dialogue politique privilégié, à travers les conventions notamment de Cotonou, avec près de la moitie des Etats membres des Nations Unies, et l’Union européenne est l’un des principaux piliers sur lequel s’appuie de plus en plus le maintien de la paix aux Nations Unies.


Quelques vérités d’évidence, qu’il nous faut rappeler de temps en temps. L’Union européenne, globalement c’est le premier contributeur au budget général des Nations Unies, environ 39% du budget. Quatre des membres de l’Union européenne sont parmi les six premiers financeurs du budget des Nations Unies : l’Allemagne, le Royaume Uni, la France et l’Italie, dans cet ordre. L’Union européenne, c’est le premier contributeur au budget des Opérations de maintien de la paix, près de 40,5% du budget des Opérations du maintien de la paix. L’Union européenne, et cela est moins connu, c’est aussi le premier contributeur en effectifs de Casques bleus et de policiers des OMP, environ 11.000 agents, sur 88.000 pour l’ensemble du système des Nations Unies, devant donc le Pakistan. Ce sont les chiffres au 31 mai 2008. Et je n’inclus pas dans ces chiffres les OMP qui sont sous mandat des Nations Unies en soutien à des OMP, comme l’opération Licorne en Côte d’Ivoire, ou les opérations au Kosovo ou en Afghanistan. Je pourrais mentionner aussi évidemment les opérations propres a l’Union européenne sous mandat des Nations Unies. Avant les déploiement des Casques bleus ou à leurs côtés, comme Artémis en RDC ou EUFOR au Tchad. Pour la France, il faut savoir qu’en plus des 2.000 Casques bleus répertoriés, qui sont essentiellement au Liban, nous avons selon les années, selon les mois, entre 6.000 et 9.000 hommes qui interviennent sur le terrain pour le compte des Nations Unies hors Casques bleus.


En matière d’aide au développement, je le mentionnais toute à l’heure : que ce soit en prenant les chiffres d’APD ou les chiffres globaux d’aide, l’Union européenne est le premier contributeur, loin devant les Etats-Unis ou le Japon. L’Europe, l’Union européenne, en comptant à la fois les flux qui viennent de la Commission et des Etats membres, c’est 60% de l’Aide Publique au Développement à travers le monde. Et sur certains sujets, l’Europe est le négociateur, le partenaire fondamental pour les discussions qui ont cours, notamment aux Nations Unies. Je pense évidemment aux Objectifs du Millénaire pour le Développement, je pense à tout ce qui touche au financement du développement. Je pense à tout ce qui touche au climat, vous savez, à la mise en œuvre du protocole de Kyoto et à ses suites. Je pense bien sûr à l’humanitaire, à l’Etat de droit et la promotion des droits de l’homme. Je pense aussi à la sécurité alimentaire. En plus, ou à cote, de ces 60% de l’APD mondiale fournie par l’Union européenne, l’Union européenne c’est 50% des flux privés, investissements, commerce, aide des migrants. Donc vous voyez que globalement, aux Nations Unies, sur le plan financier, l’Union européenne c’est la principale puissance, c’est le premier partenaire.


Un chiffre aussi pour vous rappeler que quand l’Union européenne s’exprime à l’Assemblée générale, c’est plus que les 27 Etats membres qui la composent, qui parlent par sa voix, puisque vous le savez, les pays candidats, la Croatie, la Turquie, l’ARYM, les pays qui ont signé des Accords d’association et de stabilisation, les pays qui s’alignent, comme on le dit dans le vocabulaire européen, sur les positions de l’Union européenne. Au total, c’est 42 pays, qui s’expriment par la voix de la présidence de l’Union européenne, et qui le plus souvent, votent ensemble aux Nations Unies. 42 pays sur 192, vous mesurez là encore, l’influence de l’Union européenne.


Et enfin, je terminerai par le Conseil de sécurité. Vous savez que selon les années, en fonction des élections, le Conseil de sécurité compte entre deux et cinq membres de l’Union européenne , et je voudrais juste vous donner un autre chiffre que les familiers du Conseil de sécurité connaissent bien : les deux tiers environ des textes qui sont adoptés par le Conseil de sécurité sont soit d’origine française, soit d’origine britannique. Et, en ce qui concerne l’Afrique, qui est le principal sujet de préoccupation du Conseil de sécurité, c’est 70 à 80% des textes environ, qui sont d’origine européenne.




Les priorités de la présidence française de l’UE maintenant. D’une manière générale, selon les mots utilisés par le Président Sarkozy, nous voulons une Présidence au service de l’intérêt général, une présidence utile.


Première priorité, répondre au défi climatique, et énergétique. L’Europe veut montrer la voie, convaincre l’ensemble des partenaires, et notamment les grands pays émergents, qui sont encore un peu réticents à participer à l’effort international, de se joindre à ces efforts internationaux, notamment pour les suites de la mise en œuvre du protocole de Kyoto.

Avant la fin de l’année, L’Europe espère se doter d’un plan précis, ambitieux, de réductions des émissions de gaz à effets de serre et d’un plan ambitieux de développement des énergies renouvelables. Nous voulons préparer ensemble, concrètement, le prochain rendez-vous, qui est la conférence de Poznan, en Pologne, en décembre 2008, et évidemment, le rendez-vous fondamental : la conférence de Copenhague en 2009n et conforter le rôle moteur de l’Union européenne. J’attire votre attention sur le fait que les deux prochains sommets mondiaux importants se dérouleront dans des pays de l’Union Européenne. Nous voulons aussi, mais c’est plus propre à l’Europe, évidemment renforcer l’indépendance énergétique du continent européen.


Deuxième priorité : répondre au défi alimentaire. On l’ignore souvent, on le dit encore moins, l’Europe a déjà profondément réformé sa Politique Agricole Commune, il faut aller plus loin. Vous savez que le rendez-vous est en 2013. Il faut répondre aux besoins en alimentation, protéger l’environnement, refuser la désertification des terroirs, corriger les déséquilibres mondiaux, assurer les conditions du développement durable.

Pendant longtemps, en tous cas pendant mes vingt premières années aux Nations Unies j’entendais toujours, ici et là, brocarder, critiquer, mettre en cause, la Politique Agricole Commune de l’Union européenne, et la production de surplus et d’aide alimentaire qui, disait-ton, déstabilisaient les marchés locaux. Je crois que la crise alimentaire mondiale que nous connaissons aujourd’hui doit nous inciter à plus de modestie sur la réalité des phénomènes alimentaires et nous rappeler en tout cas une triste réalité qui est celle qui a toujours motivé la France dans sa promotion de l’indépendance et de la sécurité alimentaire européenne : il n’y a pas de prospérité pour aucun pays dans le monde sans que soit assuré le droit à l’alimentation des habitants, et il n’y a pas d’indépendance réelle sans sécurité alimentaire. L’Europe sera un partenaire important des grands rendez-vous mondiaux qui évoqueront, à la suite de la conférence de la FAO à Rome, le sujet de la sécurité alimentaire.


Troisième priorité, les migrations et l’asile. L’Europe est soumise à des pressions démographique et économique fortes. Coordonner les Etats membres et les politiques des Etats membres dans ce domaine est une nécessité. Nous voulons agir ensemble, dans un esprit de solidarité, en faveur d’une immigration choisie. C’est la seule manière, selon nous, et elle a été acceptée par nos partenaires, d’assurer le droit d’asile, de garantir un meilleur accueil et le respect des droits des migrants, de lutter efficacement contre l’immigration clandestine et d’œuvrer à un véritable partenariat, à un véritable co-développement pour les pays du Sud et pour l’Europe.

Quatrième priorité : la défense et la sécurité européennes. Aujourd’hui, les Etats membres de l’Union dépensent encore trop peu pour assurer leur défense et leur sécurité : moins de la moitié de ce que dépensent les Etats-Unis, avec un résultat global opérationnel qui n’est pas à la hauteur des ambitions de l’Union européenne. L’Europe n’est pas en mesure de répondre aux besoins comme elle le souhaiterait, ou comme ses partenaires le lui demandent. Et je rappelle à cet égard, qu’en matière d’intervention extérieure, l’objectif de l’Union européenne c’est d’assurer une capacité de déploiement, permettant de maintenir sur des théâtres extérieurs environ 60.000 hommes, avec tout les équipements et toutes les forces de soutien pendant une durée d’un an. C’est un objectif que nous nous sommes fixés et que nous espérons tenir. Et je pense que, spécialistes des Nations Unies, vous avez tous ici à l’esprit telle ou telle critique que l’on peut faire à la participation de l’Union européenne aux Opérations de maintien de la paix.


Tout ne sera évidemment pas réglé au cours de la PFUE, et tout n’est pas dramatique. J’ai participé personnellement, il y a moins de dix ans, à la négociation du premier communiqué au sommet franco-britannique de Saint-Malo en décembre 1998, que de chemin parcouru, en moins de dix ans ! Par un ensemble d’Etats que l’on disait hétéroclite, et après des précédents en matière de défense européenne qui avaient été pour le moins malheureux. Je crois que le chemin accompli est formidable, mais celui qui reste à faire est encore plus grand. Il faut trouver des solutions pragmatiques pour augmenter les capacités militaires et civiles des Etats Européens. Et nous avons pour objectif d’augmenter, d’accroître les capacités dans trois domaines . Les capacités industrielles, le partenariat entre grands groupes industriels européens pour pouvoir offrir des programmes en matière d’équipements, pour la défense qui soient performants et compétitifs. Pour pouvoir renouveler les équipements de l’Union européenne. Vous savez, on en a discuté beaucoup à propos des opérations des Nations Unies au Darfour, par exemple, les difficultés qui existent dans les équipements actuellement disponibles à travers le monde en matière de capacités de soutien et de projection et de transport notamment.

Nous voulons accroître les capacités opérationnelles de l’Union européenne, cela veut dire aussi la définition de structures de commandement, qui permettent aux forces européennes d’être plus réactives.

Cela passera par l’adoption d’une nouvelle stratégie européenne de sécurité, qui est en discussion - la précédente date de 2003. Il faut l’adapter, ne serait-ce que pour tenir compte des nouveaux défis importants en matière de sécurité que sont le terrorisme, la prolifération, le trafic d’armes, la cyber-terrorisme, etc.

En faisant tout cela, bien entendu, les Européens resteront fidèles à leur alliance, et vous savez que l’immense majorité des Etats de l’Union européenne sont membres de l’OTAN.


Au-delà de ces quatre grandes priorités, je voudrais juste insister sur un élément fondamental, qui est la définition de ce que l’on appelle maintenant le processus de Barcelone : Union pour la Méditerranée. L’événement phare du début de la Présidence française se situera le 13 juillet à Paris, avec la tenue du premier sommet pour la Méditerranée, qui sera suivi de différentes réunions thématiques ministérielles jusqu’à la fin de l’année. Nous voulons donner un nouveau souffle au partenariat euro-méditerranéen, car nous sommes convaincus que l’espace euro-méditerranéen est une zone de solidarité vitale, stratégique pour l’Union européenne et pour les pays de la rive Sud de la Méditerranée, et pour la Méditerranée orientale.

Concrètement - parce que nous voulons que ce soient des projets concrets qui marquent cette Union pour la Méditerranée - nous mêlerons les projets politiques et les projets de coopération à dimension régionale, ouverts à tous, sur une base volontaire, en matière de dépollution de la mer, d’énergie, de protection civile, de transports, de coopération universitaire, d’échanges scientifiques, etc.


Dernier point fort, je voudrais signaler en termes d’événement le 14 Juillet pour la Fête Nationale française : ce seront les Nations Unies qui seront à l’honneur. M. Ban-Ki Moon sera l’invité d’honneur du défilé, et environ 150 Casques Bleus provenant de trois opérations autour de la Méditerranée, la FINUL, la FNUOP et la FNUCHYP - je traduis : le Liban, le Golan et Chypre - participeront au défilé du 14 Juillet.

Dernier point que je voudrais évoquer : l’Union européenne à l’ONU et la Présidence française à l’ONU : comment allons-nous exercer cette Présidence ? Elle sera marquée évidemment par la tenue de l’Assemblée générale, et donc une grande partie de notre agenda est évidemment contraint par les débats dans les commissions et en plénières, et donc je ne vais évidemment pas entrer dans le détail, et nous aurons l’occasion d’en reparler. Nous adapterons évidemment nos interventions en fonction de l’actualité.


Notre Présidence nous la voulons, ici à New York, modeste, ambitieuse et volontaire.

Modeste parce que nous ne voulons pas être une présidence arrogante ; Nous voulons être une Présidence en écoute. Ce qui compte, quand on est en Présidence, c’est d’exprimer au mieux ce que les 27 attendent, et c’est d’impulser en même temps le mouvement en avant de l’Europe à partir de ce qu’attendent les 27.

La Présidence est un exercice politique, c’est une continuité, je l’ai dit tout à l’heure, et nous travaillerons évidemment en priorité avec les deux Présidences successibles, la Présidence tchèque puis la Présidence suédoise. Nous sommes en train de mettre la dernière main à un programme glissant sur trois Présidences, les quatre priorités que je vous ai mentionnées ont déjà été validée bien entendu par les responsables tchèques et suédois.

Il ne faut pas se cacher non plus bien sûr que le " non " apporté par le peuple Irlandais - pour l’instant - à la ratification du projet de traité simplifié ne va pas faciliter la tâche. Là, vous le savez, il y a une clause de rendez-vous entre chefs d’Etat européens et chefs de gouvernements européens au mois d’octobre, nous aurons l’occasion, j’imagine, d’en reparler.


Nous voulons en même temps être ambitieux dans les objectifs que nous poursuivons. L’Union européenne a des choses à dire, l’Union européenne a des moyens, et je l’ai dit tout à l’heure, l’Union européenne s’investit beaucoup plus qu’on ne le croit, beaucoup plus qu’on ne le voit au sein des Nations Unies. Nous aurons notamment pendant notre Présidence un certain nombre de rendez-vous internationaux importants : en septembre, le forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide, qui se tiendra à Accra ; en novembre, début décembre, la conférence de Doha, sur le financement du développement. Plus près de nous , ici, en marge de l’Assemblée générale, la réunion de haut niveau sur les besoin de l’Afrique pour le développement, le 22 septembre ; puis le 25 septembre la réunion de haut niveau sur les objectifs du millénaire du développement, auquel s’ajoutera probablement, puisque c’est un souhait du Secrétaire Général et des Etats membres, un événement, mais qui n’est pas encore défini, sur la sécurité alimentaire. Et je voudrais bien sur ici évoquer ce qui marquera la fin de la présidence française, c’est-à-dire, la célébration le 10 décembre du 60e anniversaire de l’adoption de la Déclaration universelle des Droits de l’homme, dont il nous faut absolument réaffirmer l’actualité. L’actualité des droits de l’homme, l’universalité et l’intégralité du respect des droits de l’homme.


Enfin, la Présidence française, sera une présidence volontaire dans sa démarche. Ca peut se résumer d’un mot. Au fond il y a deux façons de voir les choses quand on travaille aux Nations Unies. Il y a les gens qui passent leurs journées à dire, " consensus, consensus ! ", comme disait le Général de Gaulle, en sautant sur leurs chaises comme des cabris en disant " consensus, consensus ". Nous, nous sommes partisans du compromis. Le consensus ça se constate. Le consensus, c’est le résultat d’un compromis. Un compromis c’est ce qui permet d’aller en avant. Le consensus, si c’est la méthode de négociation, cela veut dire qu’on fait du sur-place. Ca ne veut pas dire qu’il ne faut pas respecter les partenaires, bien sûr. Mais le consensus, à 192 membres des Etats-Unis, cela veut dire qu’on n’avancera jamais. Ce qui permet d’avancer, c’est la négociation, et dans la négociation, trouver les compromis. Chacun fait des concessions, qui permettent d’avancer. C’est comme cela que nous entendons pratiquer notre présidence. Nous espérons que l’Union Européenne sera, de manière claire pour tout le monde, une force de propositions, et une force au service des idéaux des Nations unies.


Que va faire l’Union européenne par rapport à l’Iran ? Allez-vous revenir au Conseil de sécurité ?

D’abord - et j’ai envie de dire malheureusement - l’Union européenne n’est pas encore membre du Conseil de sécurité, donc c’est à titre national que je vais vous répondre. Pour l’instant, vous le savez, c’est un groupe de pays qui, au nom de la communauté internationale - ce qu’on appelle les E3+3 - qui négocie avec l’Iran, enfin, qui discute avec l’Iran. Mais c’est vrai aussi que les membres européens de ce groupe ont toujours pris soin de rester dans une unité et une union de position avec l’ensemble des Etats membres de l’Union européenne, donc votre question est juste de ce point de vue.


Vous le savez, la dernière fois que nous avons tenté un dialogue, M. Solana, le Haut représentant pour la politique étrangère de sécurité commune, s’est rendu à Téhéran accompagné des cinq directeurs politiques. La discussion n’a pas donné ce que nous espérions. Il est clair qu’à ce stade les Iraniens ont à la fois rappelé qu’ils avaient eux-mêmes fait des propositions et ont, en tout cas à ce stade, refusé d’entériner le paquet de coopération renforcée, qui leur a été proposé. Ce document est toujours sur la table et nous attendons toujours la réponse formelle, officielle, des autorités iraniennes. Vous connaissez parfaitement le choix qui a été fait. Ce choix est d’utiliser une double voie : les pressions et le dialogue. Et d’ailleurs cette visite de M. Solana avec les directeurs politiques faisait suite à l’engagement qui avait été pris, dans la dernière résolution, de sanctions - qui était la 1803 si je ne me trompe pas - de faire encore le plus possible de démarches pour essayer de convaincre l’Iran de suspendre ses activités sensibles - retraitement ou enrichissement - de manière à ce que l’on puisse engager une vraie négociation et une vraie discussion sur les perspectives d’accès pour l’Iran à l’énergie nucléaire civile, puisque personne ne conteste le droit de l’Iran à accéder à l’énergie nucléaire civile.


Ces deux voies nous allons les poursuivre. Il est clair que si rien ne se passait, et si les Iraniens soit ne répondaient pas, soit refusaient, malheureusement, le paquet qui leur est proposé, et en tout cas d’entrer dans une négociation de substance sur le principe de la suspension de leurs activités sensibles, alors probablement nous serions obligés, oui, de remettre davantage de pression, et alors, oui, nous serions obligés, bien sûr, de nous retourner de nouveau vers le Conseil de sécurité.




Monsieur l’Ambassadeur, vous avez mis l’accent dans votre présentation sur l’importance de l’Union européenne : est-ce qu’il serait vain, ou peut-être présomptueux, de penser qu’un jour, au sein du Conseil, on verrait un siège européen ? Et à ce moment-là, comment cela se passerait-il ?

Pourquoi pas ? Vous savez que le problème de l’élargissement et de la réforme du Conseil de sécurité est un des sujets principaux, un des sujets majeurs sur la table de l’Assemblée générale, et qu’après une bonne décennie de " sur place " une tentative a été refaite. Il y a des discussions en cours. Le Président de l’Assemblée générale, à qui il faut rendre hommage - M. Kerim - a relancé la dynamique. Il a fait part de son intention de relancer, de rouvrir la négociation formellement. Vous savez que la France et le Royaume-Uni ont fait des propositions extrêmement claires, à la fois en soutenant l’élargissement du Conseil de sécurité à de nouveaux membres permanents, et notamment l’Allemagne, le Japon, le Brésil et l’Inde plus des Etats africains à désigner par les Africains eux-mêmes, mais nous avons aussi fait une ouverture en disant que peut-être on pourrait prendre en compte le facteur temps pour voir s’il était possible de se mettre d’accord pour définir ce qu’on appelle, d’une horrible formule, une " solution intérimaire intermédiaire " qui permettrait de lancer la réforme effectivement avant la conférence de révision qui aurait lieu dix ans ou quinze ans après pour régler les problèmes qui n’auraient pas pu l’être. Donc nous, nous espérons l’élargissement, parce que nous pensons que le Conseil de sécurité doit être adapté pour tenir compte des nouvelles réalités économiques, politiques et stratégiques du siècle, et le Président de la République française, vous le savez d’ailleurs, pour les mêmes raisons, a proposé l’élargissement du G8 aux principales puissances émergentes - et notamment à la Chine, à l’Inde, au Brésil, à l’Afrique du Sud, et au Mexique. Alors, cela c’est - je dirais - le moyen et court terme. Pourquoi pas un siège européen ? Mais bien entendu, il y a deux conditions. La première, il faudrait qu’il y ait une politique européenne commune en matière de politique étrangère. Nous n’en sommes pas encore là ; le traité - le projet de constitution, puis le traité simplifié - avait vocation à créer des procédures qui permettaient d’avancer dans ce sens, et vous savez que nous recherchons sans arrêt une convergence toujours plus grande. Mais pour avoir un siège unique il faut non seulement une unité de politique étrangère, mais aussi une unité de commandement, si je puis dire. Il faut un ministre unique, il faut une seule personne pour donner des instructions. C’est, je dirais, sur le métier, c’est un chantier en cours.

Et puis il y a une deuxième condition, c’est qu’il faudrait évidemment tenir compte du fait que cette réalité régionale devrait être transposée pour les autres parties du monde, car il n’y aurait pas beaucoup de raisons de voir vingt-sept, et peut-être à l’époque, d’ici là, trente-trois ou trente-cinq Etats membres de l’Union européenne s’exprimer d’une seule voix pendant que d’autres pays parleraient en leur nom national. Donc ça supposerait qu’on réfléchisse à un deuxième temps de la réforme du Conseil de sécurité. Mais sur le principe, oui, faisons un rêve : pourquoi pas ! Mais ce jour-là ce sera une autre réalité aux Nations Unies.


M. Ambassador, you presented a forceful image of the European Union. But often the European Union is on the back seat ? I have an additional question in terms of France having the Presidency, representing the EU here at the UN, what sort of reforms or other issues are you going to champion with great vigour at the UN over the course of the next six months ?

Les Européens ne raisonnent pas en termes de " back seat " et de " leadership ". Je l’ai dit tout à l’heure : ce que nous voulons, c’est être efficaces, apporter quelque chose. Nous voulons être efficaces et apporter quelque chose, cela veut dire qu’il va falloir que nous affirmions l’identité européenne, et ce sera certainement aux Nations Unies l’une de mes tâches majeures. Ce n’est pas un problème personnel : c’est un problème d’occuper notre juste place. Influencer les choses, prendre des initiatives, réussir à faire passer les textes : c’est ça l’essence même des Nations Unies. Si certains trouvent que nous le faisons sans revendiquer un leadership que d’autres pays assument très bien - des P1, des P2, des P3, des P4 - moi ça ne me gêne pas. Quand l’Union européenne, l’année dernière, a pris l’initiative de lancer une initiative trans-régionale, trans-groupes, pour aller vers l’abolition de la peine de mort, parce que ça correspond à une conviction profonde des Européens qu’on ne peut pas promouvoir et défendre les droits de l’homme et en même temps appliquer la peine de mort - nous avons négocié, nous avons travaillé pendant des mois avec tous les Etats membres - nous avons trouvé un compromis sur le moratoire. C’est une victoire pour l’Union européenne. Qu’elle soit qualifiée de leadership ou pas, moi ça m’est complètement égal. Ce qui compte, c’est que les valeurs européennes, les valeurs défendues par l’Union européenne ont progressé dans le dialogue, dans la négociation, dans le compromis. C’est ça la méthode de l’Union européenne. Alors, comme on dit en français, c’est ingrat. Ca n’est pas toujours très glorieux, et ça ne permet pas toujours de se mettre en avant, mais du moment que c’est efficace, pour nous, c’est l’essentiel.


Les domaines prioritaires : il y a au fond, pour simplifier, trois groupes de sujets sur lesquels l’Union européenne va se mettre en avant, au sens " va prendre des initiatives ". J’ai commencé sur les droits de l’homme, je continue. Par vocation, par essence, nous défendrons toujours et partout la démocratie politique, les droits de l’homme. Nous le faisons pour les femmes, et le thème de la promotion et de la défense des femmes est le thème dominant qu’a choisi la Présidence française de l’Union européenne en matière de droits de l’hommes. Nous le faisons quand nous nous battons pour les enfants dans les situations de conflits armés, nous nous battons en déposant des initiatives contre l’extrême pauvreté, en déposant - comme nous le ferons probablement - je l’espère - une initiative contre la discrimination en matière d’orientation sexuelle.


Et puis il y a la célébration du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme, et là, il faut que les choses soient claires. Cette déclaration, elle a 60 ans. Elle a été signée à Paris, et les deux promoteurs étaient, comme vous le savez fort bien, une Américaine et un Français. Mais ça n’est plus le problème aujourd’hui. Le problème c’est réaffirmer la validité de ce que nous avons fait il y a 60 ans, l’universalité des droits de l’homme et l’indivisibilité des droits de l’homme. C’est d’ailleurs le thème de la campagne que nous avons faite, nous Français, pour notre réélection au Conseil des droits de l’homme. En tant qu’Union européenne, nous allons défendre ces idées, tout en reconnaissant, bien sûr, que le monde a changé et qu’il y a des nouveaux droits qu’il faut prendre en compte. Il y a des nouveaux phénomènes économiques et sociaux, le problème des migrants. Il y a des phénomènes sur lesquels il faut réfléchir. Il y a d’ailleurs l’année prochaine une échéance fondamentale qui est la conférence d’examen à mi-parcours de la conférence de Durban. L’Union européenne, comme vous le savez, est là dans un des sièges de pilotage - comme on dit ici - pour les négociations. Il y aura une conférence préparatoire à Genève sous Présidence française. Nous, nous nous battrons pour que, tout en acceptant une certaine adaptation, bien sûr, des textes, nous réaffirmions la validité de la déclaration universelle, des deux pactes sur les droits civils et politiques, des pactes économiques et sociaux, sur la convention des droits de l’enfant, et tous les textes de droit positif qui sont un des grands acquis des Nations Unies en matière de droits de l’homme.


Deuxième secteur évidemment, tout le paquet financier et la réforme des Nations Unies. Parce que nous sommes le premier contributeur, nous Européens, au budget des Nations Unies, bien entendu nous avons un intérêt majeur à réussir la réforme des Nations Unies, à réussir la réforme du management en matière de ressources humaines, et nous allons entamer, vous le savez, la très difficile revue, le réexamen de l’échelle des contributions, qui devra aboutir à l’Assemblée générale de l’année prochaine mais dont la discussion commencera en 5ème Commission probablement dès cette année.

Ce sont des sujets majeurs pour l’Union européenne. Nous serons très attentifs : donner les moyens aux Nations Unies, et en même temps rationaliser le fonctionnement des Nations Unies, mais ne pas priver les Nations Unies des moyens qui sont fondamentaux pour elle pour remplir les mandats que nous lui confions.

Dernier point évidemment, tout le secteur économie et développement. J’ai mentionné les grands sommets sur tous ces sujets. Comme c’est déjà le cas à l’ECOSOC sur le développement durable, la sécurité alimentaire, le respect des OMD. Nous serons en avant.


Where do we stand as far as Turkey is concerned ?

Je crois que c’est une question facile et difficile. La réponse facile c’est celle que le Président de la République lui-même à donnée à Paris, à savoir qu’il est clair que tant que nous n’avons pas fini le processus de ratification du traité simplifié - et donc nous allons maintenant devoir attendre la rencontre d’octobre. Vous savez d’ailleurs depuis ce matin qu’en plus du non Irlandais il y a une décision du Président Polonais de suspendre la ratification par la Pologne. Ce n’est pas une catastrophe, l’Union a déjà connu des crises, mais il faut réfléchir, il faut respecter la volonté populaire. Nous verrons en octobre comment surmonter les difficultés. Il est clair - et cela a été dit clairement - que, tant que ce processus n’est pas achevé, le problème d’un élargissement futur de l’Union européenne ne sera plus immédiatement à l’ordre du jour, c’est clair.

Cela ne veut pas dire que les élargissements ne sont plus à l’ordre du jour. Il y a trois pays candidats, encore une fois, qui ont le statut officiel de candidats. Il y a plusieurs pays qui sont dans le processus dit de stabilisation et d’association, parmi lesquels la plupart des pays des Balkans, et vous avez vu dans les débats sur le Kosovo combien nous avons insisté sur les perspectives d’intégration interne, notamment de la Serbie, et, nous l’espérons, nous, en tant que Français, du Kosovo plus tard.


Evidemment ce processus continue ; sous quelle forme et dans quelles conditions, nous verrons, mais il n’est pas question d’interrompre les discussions que nous avons avec la Turquie, en particulier, qui est un partenaire majeur de l’Union européenne, et qui d’ailleurs sera un partenaire majeur du processus de Barcelone : Union Pour la Méditerranée.

Après le discours du Président Sarkozy en Israël le mois dernier, et au vu de l’accord d’Annapolis, la France compte-t-elle profiter de sa Présidence pour jouer un rôle plus efficace au sein du Quartet ?


Ce qui est clair, c’est que la France entend participer pleinement au Quartet en tant que Présidente de l’Union européenne. Plus efficace, je n’en sais rien, ce que je pourrais dire c’est que vous pouvez faire confiance à Bernard Kouchner pour s’exprimer et s’exprimer de manière forte. L’Union européenne a une position très claire sur le conflit du Proche-Orient : nous soutenons le processus d’Annapolis et nous aiderons notamment les Etats-Unis dans leur tâche de mise en œuvre. Nous croyons toujours à l’échéance de la fin 2008 pour créer un Etat palestinien démocratique, viable, en paix, vivant à côté d’Israël. Nous pensons que c’est bon pour la sécurité d’Israël, nous sommes très heureux de l’évolution positive qui se dessine avec la trêve à Gaza malgré les difficultés et grâce aux efforts de l’Egypte, les premiers contacts entre Israël et la Syrie, grâce aux efforts de la Turquie, qu’il faut mentionner. Nous serons très actifs, et vous savez d’ailleurs que, y compris en ce qui concerne le processus de paix à Gaza, l’Union européenne a fait des propositions. Nous avons offert, déjà, à plusieurs reprises, et ça avait d’ailleurs été à un moment repris par un des leaders palestiniens, de dire que si nous pouvions servir à quelque chose dans le cadre de l’apaisement de la tension entre Israël et Gaza, par exemple s’il fallait assurer la sécurité à certains points de passage, en accord avec tous les pays partenaires, l’Union européenne était prête à prendre ces responsabilités. Et donc la réponse est définitivement oui, nous serons très présents au sein du Quartet et nous pensons que le Quartet, comme les Nations Unies d’ailleurs, ont un rôle plus important à jouer pour avancer vers la paix au Proche-Orient./.



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