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11 décembre 2012 - Entretien de Mme Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du Gouvernement, avec Radio France et Médi 1

Q : Comment comprendre que la politique du gouvernement français soit à la fois progressive et volontaire ?

C’est une politique affirmée et volontaire. Je vous renvoie aux propos tenus par le Président de la République française à l’Assemblée générale des Nations unies en septembre dernier qui a déclaré vouloir faire de la dépénalisation universelle de l’homosexualité un des combats historiques de la France dans les années qui viennent.

Progressive, parce que la France ne sera pas seule et ne pourra pas le faire toute seule. Il faut qu’elle s’appuie sur un certain nombre de ses partenaires et notamment des pays du Sud si elle veut avancer dans de bonnes conditions. Pour des raisons simples : on sait bien que dans un certains nombre de pays où l’homosexualité continue d’être pénalisée – ils sont soixante-dix dans le monde – si nous voulons des avancées significatives il faut que puisse s’adresser à eux des pays qui viennent des mêmes ensembles régionaux, qui partagent la même culture ou tradition qui seront bien mieux entendus que nous ne le serions si nous nous contentions d’un combat du Nord contre le Sud d’une certaine façon. Ce combat du Nord contre le Sud n’a d’ailleurs aucun sens parce qu’on voit bien que, y compris dans les pays du Nord, nous assistons à un certain nombre de reculs et de régressions sur la question des droits des personnes LGBT qui sont particulièrement préoccupants.

La façon dont nous comptons avancer, c’est nous appuyer sur l’ensemble des partenaires, du Nord et du Sud, faire en sorte que dans chaque ensemble régional du monde s’organisent des conférences inter-régionales permettant d’avoir tous les pays autour de la table et de faire un diagnostic des atteintes aux personnes en raison de leur orientation sexuelle ou en raison de leur identité de genre, et de la façon de les combattre.

Pour ce qui est de la région Europe, la France se propose d’organiser cette conférence. Nous l’organiserons d’ici la fin du mois de mars prochain à Paris. 52 pays devraient être présents.

L’idée est d’aller pas à pas vers une résolution des Nations unies sur cette dépénalisation universelle de l’homosexualité.

Q : On sait que les résolutions c’est très beau mais concrètement comment allez-vous faire sur un sujet aussi délicat que la dépénalisation de l’homosexualité, n’avez-vous pas peur aussi que les pays du Sud notamment, même si je sais que certains vous soutiennent, voient ça encore une fois comme une façon pour les occidentaux d’avancer sur des droits qui pour eux ne sont pas une évidence ?

Vous avez bien saisi quelle était la difficulté. Il ne faut pas que cela apparaisse comme une leçon donnée par les pays du Nord aux pays du Sud, à plus forte raison parce que les pays du Nord parfois ne sont pas non plus en pointe sur cette question.

Il est important d’avoir un texte et c’est pour cela que nous nous battrons pour l’avoir. En même temps, le texte ne suffit pas. Ce qu’il faut ajouter au texte est un travail en profondeur sur les sociétés. La meilleure façon de travailler en profondeur avec les sociétés est de travailler avec la société civile. On constate dans un certain nombre de pays considérés que la société civile - les ONG - est très mobilisée, très active et peut être un très bon levier pour nous, pour faire évoluer petit à petit les pouvoirs publics.

Il s’agit à la fois de faire disparaitre des textes législatifs nationaux - la pénalisation l’homosexualité - et il s’agit aussi d’impulser une acceptation sociétale de l’orientation sexuelle. C’est un sujet qui prend du temps, qui peut se faire avec un certain nombre d’agences onusiennes mais aussi de l’intérieur, par les pays.

Q : Pensez-vous à des méthodes plus draconiennes, la conditionnalité par exemple, la diplomatie LGBT se trouve-t-elle dedans ?

Pour l’instant nous n’en sommes pas là. La conditionnalité est quelque chose à utiliser avec prudence. Nous sommes en train d’y réfléchir pour la question des Droits des femmes. Nous verrons comment nous avançons sur cette question. Pour le reste, c’est une réflexion pour laquelle j’ai de l’intérêt mais pour l’instant nous n’en sommes pas là.

Q : Sur la visite d’une délégation au Maroc, une question sur l’importance de la relation entre la France et le Maroc et pourquoi est-il si important d’aller défendre les Droits des femmes dans un pays comme le Maroc ?

Ce déplacement est très important pour le Premier ministre, pour l’ensemble du Gouvernement et l’ensemble des ministres qui l’accompagnent. Il est essentiel que la France puisse développer avec ses partenaires méditerranéens une relation qui soit faite à la fois de respect, de réciprocité, de soutien aux initiatives en faveur de la démocratie et de la liberté des peuples, et puis surtout de tout ce qui suit derrière. Les révolutions arabes ont conduit à un certain nombre de transitions politiques dans ces pays et se pose aujourd’hui, notamment dans le cadre de cette transition politique, la question de la place et du rôle des femmes. Les femmes ont joué un rôle important au moment des révolutions - on se souvient on les voyait sur toutes les grandes places des pays arabes - que deviennent-elles aujourd’hui, est-ce qu’elles sont associées à la formation des nouveaux gouvernements, à la vie économique ?

Puisque l’UPM existe et que nous avons cet instrument, il faut l’utiliser à bon escient. Nous avons donc décidé que la prochaine réunion ministérielle organisée serait autour des Droits des femmes et qu’elle serait consacrée essentiellement au renforcement du rôle des femmes dans les sociétés post-révolutionnaires arabes. C’est une façon pour la France d’être à la fois en soutien à cette démarche formidable qui a eu lieu dans ces pays et en même temps d’être dans le partage d’expérience et l’échange parce qu’il ne faut jamais croire qu’un pays a toutes les solutions et qu’il n’a qu’à apporter aux autres. On est toujours dans l’échange et le partage d’expérience. Il y a des sujets sur lesquels en France nous avons encore beaucoup de progrès à fournir en matière d’égalité homme-femme. Cette réunion de l’UPM servira aussi à cela.

Q : Allez-vous évoquer la dépénalisation de l’homosexualité avec votre homologue marocaine ?

Je pense que oui.



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