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15 avril 2014 - Réunion du Conseil de sécurité sur le rapport "César" concernant la torture de masse perpétrée par le régime syrien

Conférence de presse de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies, professeur David M. Crane, premier procureur en chef du Tribunal spécial pour la Sierra Leone et Dr Stuart J. Hamilton, expert médico-légal du Home Office Register britannique.


Remarques introductives de M. Gérard Araud :

Bonjour à tous,

Cette conférence de presse sera consacrée à la présentation du rapport dit « César ».

Ce rapport a été élaboré par une équipe d’enquête composée d’experts légaux, et médicaux, présidée par M. Desmond Da Silva, ancien procureur du Tribunal spécial de Sierra Leone et comprenant le professeur Geoffrey Nice, ancien procureur en Chef du Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, et le professeur David Crane ici présent, premier procureur en Chef du Tribunal spécial pour la Sierra Leone. Cette commission comprenait également trois experts scientifiques : le professeur Susan Black, spécialiste en anatomie et en médecine anthropologique, M. Stephen Cole, expert en imagerie médicale, et le Docteur Stuart J. Hamilton ici présent, expert médico-légal du Home Office Register britannique.

Le rapport César est fondé sur 55 000 photos qui correspondent sans doute à plus de 11 000 cadavres.

Ces photos nous sont parvenues par l’intermédiaire d’un Syrien qui a été surnommé pour des raisons de sécurité « César ».

César a travaillé pendant 13 ans au sein de la police militaire syrienne et était spécialisé à l’origine dans la photographie des scènes de crime de droit commun. Mais à partir de 2011, lorsque la révolte syrienne a commencé, il a été affecté à une nouvelle fonction, celle de photographier les corps de ceux qui étaient morts sous la torture, dans la région de Damas. Ces photos étaient réalisées avec une précision méthodique : 4 à 5 photos prises par cadavre en haute résolution ; systématiquement accompagnées de deux numéros d’identification. Elles permettaient au régime de savoir que les ordres d’exécution avaient été accomplis.

Pendant deux ans donc, de l’été 2011 jusqu’à sa fuite à l’été 2013, César et son équipe sont chargés de réaliser ce travail de suivi. Mais chaque soir, pendant deux années, César réalise une copie du « travail » de la journée, qu’il sort, dans sa chaussure, de l’hôpital militaire où il exerce.

Il prendra contact avec des relais extérieurs et à l’été 2013, à bout, il demande que l’on organise sa fuite. Il est désormais en dehors de la Syrie.

Je voudrais souligner que César exerçait dans un hôpital militaire qui centralisait les corps pour 3 centres de détention dans la banlieue de Damas. Il y aurait à l’heure actuelle plus de 50 centres de détention semblables sur le territoire syrien.

Je vais donc donner maintenant la parole au professeur Crane et au professeur Hamilton qui ont analysé les photos, en ont certifié l’authenticité et ont, sur cette base, réalisé le rapport César.

(…)

J’ai demandé à ces deux spécialistes de venir expliquer cette situation au Conseil de sécurité et aux médias. Ce n’est pas un geste politique, nous n’essayons pas de faire progresser une cause particulière. Nous savons que le Conseil de sécurité est divisé (sur la Syrie) et qu’il est quasiment impossible d’obtenir une décision. Mais là, nous espérons que ce qui parlera ne sera pas la politique, mais simplement la conscience humaine. Ceci est un appel à la « common decency  » dont parlent les anglophones. Nous voudrions que le Conseil de sécurité réfère la situation en Syrie à la Cour Pénale Internationale. Il ne s’agit pas d’accuser le régime ou l’opposition, mais de dire que tous les crimes contre l’humanité, tous les crimes des statuts de Rome qui ont été commis en Syrie doivent être transmis à la Cour Pénale Internationale et faire l’objet d’une enquête de sa part.

Nous ne faisons pas de la politique, mais je crois qu’il y a des moments où ce qui doit parler est simplement la morale. Des moments où nous faisons appel à la conscience humaine. Je l’ai dit au Conseil de sécurité, ce qui sera important, c’est que lorsque nous présenterons au Conseil cette proposition, nous n’allons pas nous précipiter. Nous pourrions présenter demain cette proposition mais nous voulons discuter avec les membres du Conseil qui sont réticents et avoir un vote de quinze membres, donc nous allons prendre notre temps. Mais j’ai dit à mes quatorze collègues : « Après la décision que vous prendrez, vous aurez à vous regarder dans un miroir et vous aurez besoin de vous dire à vous-mêmes : Qu’ai-je fait dans cette occasion ? ».

Ceci est une occasion comme dans l’histoire de l’humanité nous en avons vu peu, de savoir ce que nous allons faire face à cette horreur commise par le régime. La Cour Pénale internationale doit pouvoir conduire une enquête.

(...)

D’autres images ont été montrées au Conseil de sécurité que celles qui vous ont été présentées. Nous avons présenté ici des images, qui par soucis de décence puisque vous êtes dans le domaine public, ne puissent pas permettre l’identification des victimes. De surcroit, nous n’avons pas non plus montré des images de corps de femmes.

Devant les membres du Conseil de sécurité, nous avons montré d’autres photos qui ont montré en particulier l’échelle industrielle, la manière dont le système fonctionnait. Les membres du Conseil de sécurité ont donc eu plus d’informations. A la suite du film, la première réaction du Conseil de sécurité a été le silence. J’ai demandé aux membres du Conseil de sécurité de parler, et il y a eu plusieurs minutes d’un silence à l’évidence ému.


En savoir plus sur la Syrie.



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