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15 mai 2010 - Mission du Conseil de sécurité en RDC - Remarques à la presse, à Kinshasa, de M. Gérard Araud, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Mesdames, Messieurs, bonjour,

Je suis le représentant permanent de la France auprès des Nations unies. Le Conseil de sécurité m’a demandé de diriger cette réunion. Le Conseil de sécurité est représenté dans son ensemble. En partant de la gauche : le représentant de la Russie, le représentant de Etats Unis, le représentant du Japon, l’Ambassadeur d’Autriche, l’Ambassadeur d’Ouganda, l’Ambassadeur de Bosnie Herzégovine, le représentant du Liban, le représentant du Nigeria, le représentant du Gabon, le représentant du Mexique, l’Ambassadeur du Brésil, l’Ambassadeur de Turquie, et le représentant de la République Populaire de Chine.

Cette mission du Conseil de sécurité avait pour objectif d’entamer un dialogue avec les autorités, la population et la société de la République démocratique du Congo sur l’avenir de la présence des Nations unies en République démocratique du Congo. Nous avons eu une visite très intense qui d’abord nous a donné l’honneur d’être reçus en audience par le Président de la République et de déjeuner avec lui aujourd’hui. Nous lui en sommes reconnaissants. Nous avons rencontré également le Premier ministre et une grande partie du Gouvernement de la République démocratique du Congo, le Président du Sénat entouré des chefs des principaux partis politiques, le Président de l’Assemblée nationale avec le bureau de l’Assemblée nationale.

Nous avons également rencontré des organisations non gouvernementales, que ce soient des organisations non gouvernementales congolaises ou internationales. Nous avons rencontré des représentants de la société civile et enfin nous venons de faire un tour de table avec l’ensemble des agences et fonds du système des Nations unies représentés en République démocratique du Congo. C’était donc une visite courte mais extrêmement intense et très productive.

Pourquoi sommes-nous ici ? Nous sommes ici parce que le Conseil de sécurité doit prendre prochainement des décisions très importantes sur le renouvellement du mandat de la MONUC. Nous sommes donc venus discuter de cette échéance importante avec les autorités congolaises pour définir ensemble comment atteindre au mieux notre objectif commun qui est une paix stable au Congo.

Nous reconnaissons naturellement que des progrès substantiels ont été accomplis depuis l’arrivée de la MONUC et nous en avons d’ailleurs marqué notre appréciation auprès des autorités congolaises. Cette appréciation doit s’étendre à l’ensemble de la société congolaise qui a travaillé à ce résultat. En même temps force est de reconnaître que la situation reste fragile et que par conséquent toute évolution de la présence des Nations unies doit se faire en douceur pour éviter de conduire à une nouvelle instabilité.

Nous soutenons les efforts en cours dans le domaine de la réforme des secteurs de sécurité. Nous soutenons également la politique de " tolérance zéro " contre l’impunité. Nous avons marqué auprès de nos interlocuteurs que nous sommes ouverts à une discussion sur la reconfiguration progressive de la présence des Nations unies en République démocratique du Congo. Je dois dire que notre discussion avec le Président Kabila et avec le Premier ministre dans ce domaine a été particulièrement productive.

Nous avons discuté de la nécessité de poursuivre notre discussion et dans ce contexte nous sommes convaincus que les décisions des Nations unies profiteront d’une analyse régulière de la situation sur le terrain qui doit résulter d’un dialogue régulier entre les autorités de République démocratique du Congo et les Nations unies. Nous voulons développer un véritable partenariat, nous voulons travailler avec les autorités de République démocratique du Congo pour consolider la paix et la sécurité du pays afin d’assurer la protection des civils et de permettre la reconfiguration de la MONUC. Nous prendrons naturellement en compte le résultat de nos échanges d’aujourd’hui lors de nos prochaines discussions au Conseil de sécurité sur le mandat de la MONUC qui, je vous le rappelle, doit être renouvelé à la fin du mois.

Je vous remercie.

Q/ M. l’Ambassadeur, concrètement, est-ce que la MONUC va commencer son désengagement d’ici le 30 juin ?

Nous ne sommes pas venus ici pour parler du retrait de la MONUC, nous sommes venus ici pour définir avec les autorités congolaises et avec l’ensemble de la société congolaise quelle sera la meilleure configuration de la MONUC à l’avenir pour contribuer à la stabilisation du pays. Pour cela, nous sommes venus écouter l’avis des autorités congolaises, écouter l’avis des organisations non gouvernementales. Nous allons rentrer à New York et, sur la base de ce que nous avons entendu, nous prendrons une décision. Il est évident que la MONUC ne restera pas indéfiniment en République démocratique du Congo. Mais si la MONUC se retire il faut que ce soit dans une situation " gagnant-gagnant ", c’est à dire que l’Etat congolais soit en mesure d’assurer la relève, le rétablissement de sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. C’est donc un partenariat que nous devons développer entre la MONUC et les autorités congolaises.

Q/ M. l’Ambassadeur, vous parlez de situation fragile, d’évolution en douceur mais les autorités congolaises sont claires : il faudrait que la MONUC présente un plan de retrait

Les autorités congolaises ne nous ont pas demandé le retrait de la MONUC. Les autorités congolaises ont demandé une reconfiguration, une évolution du mandat de la MONUC. C’est sur cette base que nous travaillons. La situation s’est améliorée sur le terrain. Il faut donc que les missions de la MONUC, la configuration de la MONUC corresponde à cette nouvelle situation sur le terrain. Comme vous l’avez dit la situation dans le domaine de la sécurité s’est améliorée mais elle reste fragile, il reste des groupes armés. Mais il faut également travailler vers plus de stabilisation, vers la reconstruction de l’Etat congolais.

Q/ Vous avez déjeuné avec le Chef de l’Etat, vous avez discuté avec lui, qu’est-ce qu’il vous a dit concrètement sur le départ de la MONUC ?

Je pense qu’il y a un accord profond entre les autorités congolaises et le Conseil de sécurité pour dire que, lorsqu’il y aura départ de la MONUC, il faudra que ce départ se fasse dans les meilleures conditions. C’est cet objectif que nous poursuivons ensemble. Pour que cela se fasse dans les meilleures conditions, nous devons avoir un dialogue constant avec les autorités congolaises sur la base de la situation sur le terrain. Sur ce point, les autorités congolaises sont d’accord. Il ne s’agit pas d’être dirigés, d’être conduits par un calendrier artificiel, par des chiffres artificiels. Il s’agit de savoir si dans tel endroit ou dans telle localité, la MONUC peut se retirer parce que les autorités congolaises vont assurer la sécurité de la population. C’est une approche qui doit être pragmatique, et le Président de la République a dit qu’il était pragmatique, le Premier ministre a dit qu’il était pragmatique. Il faut avoir une approche pragmatique à partir des réalités sur le terrain, nous ne sommes pas dans des calendriers artificiels mais nous travaillons à partir des faits sur le terrain.

Q/ Dans un communiqué le gouvernement congolais a indiqué à propos du retrait de la MONUC, qu’il souhaitait que cela se fasse progressivement dans les 18 mois à dater du 30 juin 2010 jusqu’au 31 décembre 2011. Là c’est précis, il y a des chiffres et des dates. On avait évoqué un retrait rapide à partir du 3 juin de 2000 hommes de la MONUC, où en est-on de ce retrait et dites-vous oui ou non à ce que demande le Gouvernement ?

Concernant les 18 mois, nous en avons discuté avec les autorités congolaises qui ont dit que ce n’était pas un chiffre inscrit dans le marbre. Tout ceci dépend de la situation sur le terrain. Le Conseil de sécurité a écouté les autorités congolaises, la société civile, les organisations non gouvernementales, il a écouté le président du Sénat, le président de l’Assemblée nationale. Sur cette base, le conseil de sécurité prendra sa décision à la fin du mois à New York.

Q/ Toute la population congolaise sait que votre venue ici est pour parler du retrait

Nous sommes dans une logique de dialogue et de partenariat. Les autorités congolaises ont tout à fait le droit d’estimer que la MONUC devait changer de forme, que la présence des Nations unies devait changer de forme. Nous avons écouté ce qu’elles ont dit et nous allons continuer ce dialogue.

Q/ Quel a été le thème de votre entretien avec la société civile ?

Cela fait partie du débat que nous avons eu. Mais je vais passer la parole à l’Ambassadeur d’Autriche car il a beaucoup échangé avec les ONG.

Q/ J’aimerais savoir ce que vous entendez par reconfiguration du mandat de la MONUC : est-ce que vous parlez du retrait de la MONUC ou de la diminution des effectifs des casques bleus ; allez-vous placer un grand nombre de casques bleus dans les poches d’insécurité ? Enfin êtes-vous satisfaits du travail de la MONUC durant ces 10 années en RDC ?

Concernant le travail de la MONUC, vous pouvez toujours estimer que des erreurs ont été commises, mais je crois qu’il faut être juste. Il s’agit de situations extraordinairement difficiles, n’oublions pas que les soldats de la MONUC sont venus de très loin, qu’ils n’avaient en eux-mêmes rien à faire avec ce terrain. Ces soldats se sont dévoués et ont contribué très largement à la stabilisation du pays et souvent d’ailleurs même en risquant leurs vies. Je crois qu’il faut se rappeler quelle était la situation il y a 10 ans et quelle est la situation aujourd’hui.

La reconfiguration peut prendre de multiples aspects et nous devons en discuter. Cela peut vous paraître étrange mais il y de vraies discussions au sein du Conseil de sécurité, il y parfois des désaccords mais nous allons trouver un accord. Cela peut porter sur les effectifs : est ce que nous conservons les effectifs à ce niveau. Cela peut porter sur la zone de déploiement, cela peut porter sur le nom de la force, si nous allons ou non changer. Mais ce qui est derrière et qui est beaucoup plus important ce sont les missions de la force. Pour le moment les missions essentielles de la force sont des missions de sécurité. Comment devons-nous passer d’une phase de sécurité à une phase de stabilisation et de reconstruction de l’Etat. Nous sommes dans une phase de transition. La MONUC ne va pas partir du jour au lendemain. Nous n’allons pas avoir un jour la MONUC et le lendemain plus de MONUC. Nous allons donc avoir une transition qui va permettre une montée en puissance des institutions de l’Etat congolais dans les zones de déploiement permettant le départ de la MONUC. Combien de temps cela prendra ? Soyons pragmatique, cela dépendra de la situation sur le terrain. Si cela pouvait se faire en trois mois nous en serions les premiers heureux, parce que la MONUC est une opération lourde, c’est l’opération des Nations unies la plus coûteuse. Si cela doit se faire sur une plus longue période, cela se fera sur une plus longue période. Mais il n’y pas de calendrier artificiel, ce qui compte c’est la réalité sur le terrain.

Les membres du Conseil de sécurité et les membres du Gouvernement congolais - Kinshasa - RDC - 15 mai 2010 - (Photo MONUC / Myriam Asmani)



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