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23 septembre 2013 - Ouverture de la 68ème session de l’Assemblée générale - Conférence de presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

Laurent Fabius présente les objectifs de la France pour l’ouverture de la 68ème session de l’Assemblée générale - New York - 23 septembre 2013 - Photos : Martin Loper


J’aimerais tout d’abord dire un mot de la tragédie de Nairobi qui est dans tous les esprits. Je veux bien sûr transmettre aux familles des victimes mes sentiments de compassion, d’affection et dire au gouvernement et au peuple kenyan que nous serons à leurs côtés. Je viens d’avoir au téléphone une personne qui a perdu aujourd’hui sa femme et sa fille dans cette tragédie. C’est une épreuve absolument effrayante. Lui-même devait aller avec sa femme et sa fille dans ce centre commercial et au dernier moment, les choses ont été faites autrement. Je lui ai dit, de la part du Président et de l’ensemble de nos concitoyens, et personnellement, à quel point nous étions à ses côtés. Il faut imaginer ce que c’est, un tel drame dans des conditions vraiment épouvantables.

Concernant la semaine ministérielle de l’Assemblée générale des Nations unies, il s’agit d’une séquence diplomatique majeure, qui explique ma présence ici à New York jusqu’à la fin de la semaine. D’autres ministres seront présents toute la semaine : M. Canfin, ministre délégué à mes côtés qui suivra en particulier les questions de développement durable et climat, et Mme Benguigui, également ministre déléguée à mes côtés, qui suivra notamment les questions de francophonie et de la République démocratique du Congo.

L’Assemblée générale des Nations unies est un moment tout à fait unique où les dirigeants du monde entier se retrouvent. Cela permet d’avoir beaucoup de contacts et en même temps c’est pour nous l’occasion de faire progresser un certain nombre de dossiers prioritaires.

Tout cela se situe dans le cadre de ce cœur du multilatéralisme qu’est l’Organisation des Nations unies. Nous y sommes extrêmement attachés. Vous le savez, c’est une tradition française. Nous essayons de faire le maximum pour aider le Secrétaire général des Nations unies, M. BAN Ki-moon, à remplir son rôle ainsi que l’Organisation dont il a la charge.

Et la visite du Président de la République française demain traduit cette priorité et notre volonté de faire que l’Organisation des Nations unies remplisse pleinement son rôle pilier de la gouvernance mondiale.

Concrètement, qu’allons-nous traiter pendant cette semaine ? Trois séries de sujets.

1) Tout d’abord, les crises, et en particulier la Syrie.

— La crise syrienne est évidemment dans tous les esprits. J’aurai l’occasion de l’aborder lors des nombreux entretiens que j’aurai avec mes homologues (plus d’une vingtaine, dans des entretiens particuliers). Ce sujet sera au cœur du déjeuner des ministres du P5 que nous aurons mercredi avec M. BAN Ki-moon. Nous continuons de travailler en vue d’une résolution contraignante sur les armes chimiques. Pour être acceptable par la France, la résolution devra comporter trois exigences. La première, c’est que le texte devra préciser que l’usage des armes chimiques en Syrie constitue une atteinte à la paix et à la sécurité internationales, ce qui impliquera la possibilité pour le Conseil de sécurité de se saisir à tout moment de cette question. La deuxième, c’est que la résolution devra prévoir que des mesures sous chapitre VII puissent être prises en cas de non respect par la Syrie de ses engagements. C’est la reprise de l’accord conclu à Genève. La troisième exigence est que ceux qui ont commis ces actes doivent être tenus pour responsables devant la justice. Voilà les exigences qui doivent figurer dans cette résolution.

Pour nous cette semaine doit également permettre de faire avancer le processus politique qui, au-delà de la seule question chimique, doit pouvoir mettre fin aux massacres qui se poursuivent en Syrie. Pour cela, la communauté internationale doit marquer son soutien à l’opposition modérée. C’est le sens de la réunion que nous organisons jeudi soir avec des représentants de l’opposition syrienne emmenés par le président de la Coalition nationale syrienne, M. Ahmad al Jarba. Voilà pour la Syrie qui sera au cœur de beaucoup d’entretiens et travaux que nous aurons cette semaine.

— Cette semaine sera également l’occasion de contacts de haut niveau avec les dirigeants iraniens. C’est une novation. Nous avons pris note de l’expression positive du nouveau Président Rohani et de son gouvernement : ces réunions seront l’occasion de mesurer la réalité des mots qui ont été employés. Au cours des entretiens, nous aborderons notamment deux dossiers : la crise syrienne et le nucléaire. Un évènement majeur sera la rencontre entre le Président de la République et le président iranien Hassan Rouhani qui aura lieu demain. J’accompagnerai le Président lors de cette rencontre. Moi-même, je rencontrerai ensuite mon homologue iranien Javad Zarif. En outre, une réunion du groupe E3+3 aura lieu jeudi également.

Le Président de la République viendra demain et outre le président Rouhani, il rencontrera le Secrétaire général, M. BAN Ki-moon, le président turc Gül, le premier ministre japonais Abe et le président Morales. Il prononcera une allocution au nom de la France.

D’autres crises nous occuperons également.

— Etroitement liée à la crise syrienne, la situation au Liban est pour nous, amis proches du Liban, une préoccupation forte. Le Secrétariat de l’ONU, sur une suggestion de la France, a proposé un Groupe international de soutien au Liban. Sa réunion de lancement aura lieu mercredi. Ce groupe est structuré autour du P5, de l’UE et de la Ligue arabe, afin de mobiliser nos partenaires les plus concernés. Nous attendons des engagements sur les trois sujets définis avec les autorités libanaises : l’aide aux réfugiés et aux communautés hôtes, le soutien aux forces armées libanaises et le soutien économique et financier à l’Etat libanais. Je rappelle que 20 à 25% de la population au Liban est désormais d’origine syrienne.

— Nous sommes également très préoccupés par la situation en Libye. Elle sera abordée lors d’une réunion ministérielle à l’initiative du Royaume-Uni centrée sur les questions de sécurité. Nous souhaitons accroître notre assistance notamment en matière de formation, de surveillance des frontières et en faveur du dialogue national afin de prendre en compte l’ensemble des populations pour la transition politique.

— L’Afrique sera évidemment très présente au cours de cette Assemblée générale. Nous allons continuer à nous mobiliser et à mobiliser la communauté internationale pour la stabilisation du Mali. L’an dernier à pareille époque, la France avait appelé l’attention sur la question du Mali et c’est à la suite de cette attention que des résolutions internationales avaient été prises, puis l’intervention française dans les conditions que vous savez. Et aujourd’hui, huit mois plus tard, on voit à quel point cette intervention et l’action de la communauté internationale a été exceptionnellement positive.

S’agissant du Sahel et Mali, un dîner restreint aura lieu mercredi soir autour du nouveau président malien, M. Ibrahim Boubacar Keïta (nous étions jeudi dernier à Bamako pour son investiture). A l’initiative du Secrétaire général des Nations unies, une réunion de haut niveau sur le Sahel aura lieu jeudi, avec la participation d’organisation régionales et de la Banque mondiale. Nous souhaitons mobiliser Etats, organisations internationales et financeurs autour de trois priorités : la sécurité, le développement, la bonne gouvernance. S’agissant en particulier du Mali, vous savez que nous avons décidé de faire de notre aide une aide exemplaire avec un accent mis sur la transparence et ce qu’on appelle « accountability ».

— Enfin, crise pour laquelle il est absolument urgent et prioritaire d’agir : la République centrafricaine. Je coprésiderai, avec les deux responsables des questions humanitaires de l’Union européenne et des Nations unies, une réunion afin de mobiliser nos partenaires sur les questions humanitaires. Cela montrera qu’il faut avancer sur les résolutions proprement dites des Nations unies car nous devons faire face en République centrafricaine à une situation humanitaire et sécuritaire extrêmement grave. Nous ne voulons pas laisser une situation déjà très grave dégénérer avec un Etat qui n’aurait plus d’Etat que le nom et qui, par contagion, entrainerait une situation extrêmement difficile dans l’ensemble de la région. Je rappelle que la RCA est au contact de beaucoup de pays qu’il faut préserver. Nous souhaitons faire passer le message qu’il est impérieux de renforcer la MISCA, mission internationale sous conduite africaine.

Vous voyez, avec cette première série d’observations qui vous est faite, que s’agissant des crises, pendant la semaine de l’Assemblée générale, la France aura largement à s’occuper.

2) Deuxièmement, le cadre multilatéral de l’Assemblée générale doit permettre aussi de faire avancer un certain nombre d’enjeux globaux.

— Vous vous rappelez que dès l’an dernier lorsque le nouveau gouvernement s’est installé, nous avons fait de l’abolition universelle de la peine de mort une priorité de notre action. Comme l’an dernier, je coprésiderai une réunion ministérielle afin de maintenir la mobilisation internationale sur le sujet. Cette année, la réunion sera plus particulièrement consacrée au rôle des organisations régionales.

— D’autre part, c’est un tout autre sujet dont vous allez de plus en plus entendre parler, la France commence dès maintenant à se mobiliser pour la préparation de la conférence Paris Climat 2015. Tous les ans se tient une conférence. Cette année ce sera à Varsovie, l’année prochaine au Pérou et en 2015 à Paris. Même si la conférence se passe chaque année, ce qu’on appelle les COP, ce sera à Paris en 2015 que les décisions principales vont être prises. Le GIEC, groupe international d’experts sur le climat, est en train de publier son rapport qui va montrer que malheureusement la dégradation du climat est encore plus importante que ce qui avait été pensé, que l’action doit être d’autant plus forte, que l’objectif maximal de deux degrés que nous nous étions fixés risque d’être non seulement dépassé mais pulvérisé. Cela signifie que l’ensemble de la communauté internationale doit se mobiliser pour lutter contre le changement climatique. Il se trouve que c’est à Paris en 2015 que devront être prises les décisions. Le ministère des Affaires étrangères, en lieu avec Pascal Canfin et Philippe Martin, chargé de l’écologie, aura la responsabilité d’organiser cette manifestation qui va regrouper plus de 20 000 personnes. C’est donc une conférence extrêmement importante et lourde à organiser. Mais il va falloir préparer tout cela et avant Paris climat 2015, il y aura deux conférences intermédiaires, la première à Varsovie en novembre 2013, puis au Pérou. Nous sommes en train de préparer cela et bien évidemment l’Assemblée générale des Nations unies est l’occasion de prendre toute une série de contacts pour permettre aux deux conférences intermédiaires et à Paris 2015 d’être le meilleur succès possible.

— De la même façon nous aurons des discussions sur plusieurs dossiers liés à la sécurité. A l’initiative des Etats-Unis, une réunion du Forum global contre le terrorisme aura lieu vendredi. Je participerai également à une session du Conseil de sécurité sur les armes légères et de petit calibre. Une résolution sera adoptée à cette occasion en faveur de la lutte contre leur dissémination dans le monde – elles causent chaque année entre 300 et 500 000 morts.

— Enfin, je m’entretiendrai avec Mme Phumzile Mlambo-Ngcuba, nouvelle directrice exécutive d’ONU-femmes. La France est mobilisée pour la défense du droit des femmes, notamment dans les situations de crise, et nous passerons en revue toutes les priorités.

3) Et puis, comme l’an dernier, plusieurs événements seront consacrés à l’influence française aux Etats-Unis.

— Ce matin, j’ai visité une école de Brooklyn, maternelle et primaire, qui a mis en place une filière bilingue qui connait un succès extraordinaire. Cette école, et le label que nous donnons à ces petites écoles dans le monde – il y en a 30 – est emblématique de notre politique de rayonnement. Nous travaillons avec des établissements locaux, cette école est une école publique de la ville de New York, pour développer les filières francophones. C’est donc un aspect important de notre politique culturelle.

Vendredi, toujours dans le champ culturel, j’aurai l’occasion de poser la première pierre de la librairie française, qui sera installée au sein du centre culturel français à New York. New York ne disposait plus d’une telle librairie et nous avons donc pris l’initiative, avec l’aide de partenaires américains, d’en créer une. A cette occasion, je remettrai les insignes de commandeur de la Légion d’Honneur au célèbre écrivain Philip Roth.

— Sur le plan de la diplomatie économique, qui est ma priorité, j’inaugurerai vendredi et samedi le salon « Taste of France », opération de promotion de l’excellence française dans tous les domaines. Nous avions eu une idée l’année dernière avec l’Ambassadeur Delattre. Depuis, grâce à lui, les choses ont prospéré. Cette année à Bryant Park nous devrions avoir durant le week-end prochain 100 000 personnes, ce qui fera de ce salon le plus important de ce type organisé à ce jour hors de nos frontières. Je rencontrerai également les Conseillers du Commerce extérieur aux Etats-Unis qui font un excellent travail.

— Je profiterai de ma présence ici pour expliquer au public américain ce qu’est la voix de la France, (tout à l’heure avec NBC), cet après-midi, je rencontrerai le Board Editorial du New York Times. Je serai l’invité, comme l’an dernier, de Charlie Rose sur PBS et je ferai après-demain une conférence à l’université de Columbia sur la vision française de l’avenir de l’Europe, ce qui sera particulièrement intéressant dans le contexte, et par la réélection spectaculaire de Mme Merkel en Allemagne.

Il y aura à part cela, pour combler le temps perdu, qui, vous imaginez, va être extrêmement long, des entretiens bilatéraux qui me permettront de voir ou de revoir un certain nombre de mes homologues, notamment issus des pays émergents. Et à partir de tout cela, j’espère que cette semaine sera utile pour tenter d’avancer sur les urgences et les grands défis du monde. Je suis à vous.

Q : Vous êtes assez clair sur votre perception d’une résolution sur la Syrie, qu’il y a trois conditions non négociables. Au vue de la position russe qui est « on ne veut pas de chapitre VII », est-ce qu’une résolution est vraiment possible ?

Je le crois. La rédaction que j’ai proposée est la reprise exacte de l’accord qui a été passé à Genève entre les Russes et les Américains qui mentionnent expressément le chapitre VII dans les conditions que j’ai dites dans le petit papier que je vous ai lu. Et donc je pense, bien sûr tout cela doit être discuté, qu’en partant des discussions qui ont déjà eu lieu, nous devrions pouvoir arriver à une solution positive. D’ailleurs puisque vous parlez des Russes, il serait très difficilement compréhensible, ayant eux-mêmes proposé l’interdiction des armes chimiques, ils ne soient pas d’accord avec les conditions qui permettent l’application de ce qu’ils ont proposé. Donc je crois que sur cette base qui est une base raisonnable, nous devons pouvoir nous mettre d’accord.

Q : Monsieur le ministre, vous avez parlé de la stabilisation du Mali. Or, il semblerait que des djihadistes réintègrent les villes du Sud du Mali. Ils semblent très intelligents, ils se rasent la barbe, se mettent en costume et se fondent dans la foule et ils préparent la riposte au sein de ces villes dormantes. Qu’en pensez-vous ?

Ce ne sont pas les informations que nous avons. Mais vous avez raison, il faut être très vigilant. Permettez-moi d’insister sur la menace que le terrorisme représente. Il faut être vigilant aussi au Mali et c’est la raison pour laquelle outre la MINUSMA qui dispose de forces importantes, outre l’armée malienne qui vient d’être formée par l’encadrement européen, nous avons décidé pour notre part de laisser sur place des forces importantes. Le président de la République a précisé les nombres. Aujourd’hui nous avons à peu près 3200 personnes, nous allons descendre à 2000 personnes jusqu’au moment où se tiendra le second tour des élections qui est prévu au 15 décembre, et ensuite nous devrions pouvoir aller vers 1000, qui sont des soldats extrêmement bien formés et qui disposent de moyens nécessaires pour lutter contre d’éventuelles résurgences. Puis nous avons aussi dans la sous-région d’autres éléments pour évidemment lutter contre tout ce qui pourrait être reprise du terrorisme.

Pour résumer, il faut être vigilant. Le travail a été fait et extrêmement bien fait mais il faut être attentif.

Q : Sur l’Iran, vous dîtes que la rencontre avec le nouveau président sera l’occasion de mesurer la réalité des mots employés, qu’est-ce que ça veut dire concrètement. La France a-t-elle des exigences ?

Concrètement, le président iranien a été élu pour exprimer la volonté de la population d’un certain changement. Bien sûr, avec une limitation du système iranien puisque seuls pouvaient être candidats ceux dont la candidature avait été approuvée. Mais à l’intérieur de l’arc des candidatures, je crois que tous les spécialistes ont considéré que l’élection du président Rohani était perçue comme la volonté de la part du peuple d’un certain changement.

Ensuite, le président Rohani, dans ses premières mesures ou premiers discours, a montré une certaine volonté d’évolution. Vous avez sûrement noté que ce n’est pas la même tonalité que son prédécesseur et il a eu quelques gestes. Par exemple, dans le domaine nucléaire, qui nous intéresse, le ministère des Affaires étrangères qui est lui-même chargé de discuter, par exemple il y a eu le choix d’un certain nombre de responsables, qui sont plus des techniciens ou technocrates que des responsables connus pour être engagés sur une ligne très dure.

Tout ça bien évidemment doit être passé au filtre de la réalité. Et donc il y avait eu un échange de lettres entre le président Rohani et le président Hollande. Ensuite moi-même j’ai reçu au ministère des Affaires étrangères l’ambassadeur d’Iran. Mon collègue iranien m’a appelé pour discuter d’un certain nombre de problèmes, et pour montrer cette évolution et essayer de juger aussi son degré de réalité. Sur la demande des iraniens, le président de la République a accepté de recevoir son homologue, ce qui ne s’était pas fait depuis très longtemps. Les deux responsables vont donc discuter d’un certain nombre de problèmes. Moi-même je fais le faire avec mon homologue, et à partir de là, nous verrons ce que nous pourrons faire de concret.

Q : Est-ce que vous incitez le président Obama à faire de même ?

Je n’ai aucun conseil à donner au président Obama.

Q : Y a-t-il une association entre la France et les Etats-Unis à ce sujet ? Parce que si l’on croit la presse américaine ce matin, côté américain ou trouve prématurée une rencontre entre les présidents américain et iranien parce que justement il n’y a pas eu suffisamment, en dehors des paroles, de faits concrets.

On ne va pas comparer ces éléments. En plus, comme vous le savez, la France est une nation indépendante. Nous connaissons très bien les problèmes, les choix de nos amis américains. Ils connaissent les nôtres, et nous travaillons ensemble au sein du groupe 5+1. Et comme vous le savez, c’est extrêmement important de maintenir cette position. Nous avons à la fois les 5 membres permanents du Conseil de sécurité, plus les allemands, et en face, nous avons les iraniens. Groupe qui se réunit depuis longtemps, Monsieur Audibert qui est là est notre représentant. Se rencontrer signifie la possibilité d’échanger, mais ne signifie pas qu’on change de position.

Q : Les Iraniens ont toujours voulu lier dans les conversations 5+1 le dossier syrien avec le dossier nucléaire, quand ils parlent avec vous. Et là vous dîtes que vous allez parler du dossier syrien et du dossier nucléaire avec les Iraniens…

En ajoutant qu’aucun de ces deux dossiers ne peut être lié avec l’autre.

Q : Vous craignez toujours un marchandage des Iraniens sur cette question du nucléaire ?

Nous disons dès le début qu’il n’en est pas question, que ce sont deux dossiers qui ne peuvent absolument pas avoir de communication.

Q : Il y a une forte pression à Washington depuis hier soir sur comment la communauté internationale va réagir par rapport à la situation au Kenya et à Al Shabaab. Etes-vous au courant d’une intervention militaire américaine possible ou en tout cas avez-vous parlé avec des Américains d’une intervention militaire contre Al Shabaab ? Et quelle serait selon vous, en tant que ministre des Affaires étrangères de la France, la riposte appropriée à ces actes terroristes ?

Pour le moment, je n’ai pas eu mon collègue John Kerry, nous devons nous joindre ce soir sur le sujet, puisque je ne l’ai pas vu depuis la semaine dernière et nous avons beaucoup de sujets à voir ensemble. Et nous discuterons sûrement aussi de ce qui se passe en Somalie et au Kenya. Il y a depuis déjà pas mal d’années, une attitude de la communauté internationale vis-à-vis de la Somalie, vous le savez. Et puis il y avait déjà eu bien sûr des évènements et actions extrêmement durs au Kenya et contre le Kenya. Comment devons-nous réagir ? Nous n’en avons pas encore parlé et nous allons voir cela ensemble. Mais pour le moment, ce dont il s’agit, c’est d’essayer de faire en sorte que cet attentat atroce prenne fin, qu’on en trace le bilan et qu’on en tire ensuite les conséquences. Mais au moment où vous m’interrogez, je ne peux pas aller plus loin.

Q : En cas de négociations de paix, très éventuelles, sur la Syrie, est-ce que la France S’opposera encore à la présence de l’Iran ? Et si non, pourquoi ce changement de position ?

Nous n’en sommes pas là. Mais ce que nous avons toujours dit, c’est que pour participer à des négociations et discussions, il faut que ceux qui participent soient d’accord avec l’objet de la négociation. C’est une première condition. Genève II, de ce point de vue-là, a un objectif extrêmement précis qui est repris de Genève I. Je connais bien cela puisque j’étais un des rédacteurs de Genève I. Genève II a donc pour objectif, j’essaie de traduire en français la rédaction anglaise, la constitution, par consentement mutuel des deux parties, d’un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs. Voilà donc l’objet : constituer par consentement mutuel un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs : « executive body with full executive power ». Ça c’est l’objectif de Genève II. Genève II, ce n’est pas une réunion qui discute en l’air de la situation syrienne. C’est les deux parties, donc des représentants du régime et des représentants de l’opposition, la Coalition nationale syrienne, qui discutent de ce gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs. Il peut y avoir une série de partenaires dans cette discussion, mais la condition sine qua non, c’est que ceux qui veulent être partie à la discussion en reconnaissent l’objet. Jusqu’à présent, l’Iran, puisque c’est la question que vous me posez, n’a pas d’une façon expresse reconnu cet objectif. Il y a eu une série d’expressions autour de ça, mais si l’Iran dit de manière claire par ses plus hautes autorités « Genève II, nous confirmons que nous sommes d’accord avec cet objectif », et bien c’est une évolution qui est intéressante. Le deuxième point évident, et j’ai déjà répondu à une de vos collègues dans ce sens, c’est qu’il n’est absolument pas question bien sûr, le moins du monde, de lier une discussion sur la Syrie avec une discussion sur le nucléaire civil ou militaire. Ce sont deux problèmes séparés et il n’est pas question de rendre possible un lien entre les deux. C’est toujours ce que nous avons dit, je le répète. Maintenant s’il y a une évolution de la part de tel ou tel partenaire, évidemment il faut tenter d’y répondre.

Q : Est-ce que vous pensez que la crise syrienne a été le déclencheur de l’ouverture iranienne ? Y a-t-il un lien ? Si oui lequel ?

Ce que vous appelez l’ouverture iranienne date du moment de l’élection du président Rohani, par rapport à toute une série de sujets. Je pense ne pas me tromper en disant que les sanctions qui ont été décidées ont un impact fort sur l’économie iranienne et que la population iranienne, et le gouvernement sans doute, souhaitent qu’il puisse y avoir une évolution. D’autre part, le gouvernement doit constater qu’il se trouve dans une situation de blocage et que par rapport aux négociations qui ont été engagées il y a maintenant fort longtemps, elles ne débouchent pas. Et puis j’imagine aussi que se sentir complétement à l’écart de la communauté internationale, c’est quelque chose qui pèse lourd. Dans ce contexte, il y a aussi la crise syrienne. Je ne suis pas sûr qu’elle explique à elle seule telle ou telle évolution. Mais évidemment, ça joue aussi. C’est un ensemble. En tous cas, nous considérons, et c’est le sens de l’acceptation du président français de la proposition de rencontre, que dans ce contexte là il est légitime de discuter, mais que la discussion n’exclut en aucun cas la fermeté.

Q : Les Russes ont fait cette initiative diplomatique et Lavrov a dit et redit, parce que précisément les Russes ont l’obsession sur le plan international d’empêcher l’utilisation de la force en Syrie, et de manière plus générale. Donc pourquoi aujourd’hui, s’ils ont fait cette initiative diplomatique, cèderaient-ils sur la question de l’utilisation de la force ?

Je vois souvent mon collègue M. Lavrov. Sur la Syrie, l’explication principale de la position qu’ils prennent en général, c’est de dire « nous ne voulons pas le chaos ». C’est une expression qui revient souvent, à laquelle je réponds souvent à mon collègue Lavrov « mais le chaos, mon cher Sergeï, ce n’est pas demain, c’est aujourd’hui. Et donc il faut sortir de ça ». Et si on veut éviter, allons plus loin dans le raisonnement : il y a d’un côté M. Bachar Al Assad qui est à l’origine par ses comportements, actions et décisions, d’une tragédie épouvantable, et de l’autre côté, et c’est extrêmement préoccupant, ce qu’on appelle les terroristes ou djihadistes, avec une montée du Front Al Nosra, etc. Si on veut qu’il y ait une solution politique qui exclut ce chaos, parce que si vous avez d’un côté M. Bachar Al Assad et de l’autre côté les terroristes - ça c’est la définition du chaos - il faut qu’on aille au soutien de l’opposition modérée. C’est ce que nous faisons, c’est le sens de la position qu’a prise il y a bien longtemps la France. Et que nous permettions qu’il y ait une réunion, Genève II, entre d’un côté des représentants du régime, et de l’autre l’opposition modérée, pour qu’il y ait un gouvernement de transition. Voilà le sens de ce que nous faisons.

L’obsession des Russes, c’est donc surtout ça : pas de chaos. Nous, nous disons qu’à ce moment-là, il faut trouver un mécanisme qui permette d’aller vers une transition. Sur la question de la force, je veux rappeler les choses car le temps passe si vite que parfois on oublie. Il y a eu le 21 août un massacre chimique. Les armes chimiques sont interdites depuis des décennies et voilà que le gouvernement de Bachar Al Assad utilise ces armes chimiques. Et le rapport des Nations unies montre d’une façon absolument éclatante que non seulement le massacre chimique est avéré, mais que l’origine, c’est le régime de Bachar Al Assad. A partir de quoi nous avons dit, nous Français, les Américains ont dit la même chose et d’autres encore, que ceci n’est pas acceptable, qu’on ne peut pas accepter que ceci recommence, que Bachar recommence ou que d’autres fassent comme lui. Et c’est à ce moment-là que nous avons dit que puisque les choses sont avérées, nous allons faire des préparatifs pour répliquer et éliminer cet armement chimique. Et c’est là où les Russes ont fait cette proposition qui a été acceptée évidemment par les Syriens. Ce que je veux dire, et ceci est ma réponse à votre question, c’est qu’il n’y aurait pas eu cette proposition et donc pas eu de perspective d’élimination des armes chimiques si la France et d’autres n’avaient pas fait preuve d’une grande fermeté. Ça, je pense que personne de bonne foi ne peut ne contester. S’il y a eu mouvement, de la part des russes puis des Syriens, c’est parce qu’il y a eu cette attitude de fermeté.

En ce moment, nous sommes à un stade un peu différent, puisque à partir du moment où les Syriens ont dit qu’ils acceptaient de signer l’accord que jusqu’à présent ils n’avaient pas signé - et acceptaient de dire qu’ils avaient des stocks d’armes chimiques alors que la semaine précédente ils le niaient - et bien même si toutes les options sont sur la table, on va plutôt privilégier une solution de négociation et une solution juridique. Mais s’il n’y avait pas eu cette attitude de fermeté, rien n’aurait été possible.

Q : Une résolution sera signée cette semaine ou est-ce impossible ?

Non je pense que ce sera possible, et en ce qui concerne la France, à partir des discussions qui ont déjà eu lieu, nous pensons qu’il y a trois exigences à satisfaire. D’abord, bien montrer que le Conseil de sécurité des Nations unies peut à tout moment se saisir de cette question. Je ne crois pas que ça posera de grande difficulté, tout du moins je l’espère. Deuxièmement, prévoir comme c’était prévu dans l’accord de Genève entre les Américains et les Russes, que des mesures sous chapitre VII puissent être prises en cas de non-respect par la Syrie de ses engagements. Et troisièmement, que ceux qui ont commis ces actes puissent être tenus pour responsable devant la justice. Ce sont des exigences qui finalement tombent sous le sens, et j’ai bon espoir que mes collègues les acceptent.

Q : Des mesures sous chapitre VII. Ce n’est pas l’ensemble de la résolution ?

Non, des mesures sous chapitre VII. Je pense qu’il faut reprendre exactement ce qui a été prévu par Genève.

Q : Automatiques ou pas ?

S’il y a violation, à ce moment-là, c‘est au Conseil de sécurité de prendre ces décisions, mais il le fait sous chapitre VII.

Q : Quelles mesures en particulier ?

Tout ce qui est mesure exécutoire.

Q : « Responsable devant la justice », ça veut dire « crime contre l’humanité » ?

La qualification doit être donnée par ceux qui étudient le dossier, mais lorsque ce sont des crimes contre l’humanité, c’est la Cour pénale internationale.

Q : Ça sera mentionné dans la résolution ?

Ce que je souhaite au minimum être mentionné, c’est que ceux qui ont commis ces actes soient responsables pénalement.

Q : Concernant le Kenya, vous avez eu les familles des victimes Françaises de Nairobi ?

Oui, j’ai eu le mari et je lui ai dit vraiment au nom de tous les français nos condoléances et sentiments d’horreur. Il faut imaginer la situation de cette famille. En arrivant au parking, voilà que à la fois la maman et sa fille ont été sauvagement tuées, lui-même d’ailleurs, m’a-t-il dit, aurait dû les accompagner, et puis finalement au dernier moment, il a fait autre chose. Il m’a dit « ce sont des gens inhumains » et c’est le sentiment que j’ai. C’est un acte épouvantable. Ce sont des gens qui n’ont qu’un objectif, c’est tuer.

Q : Sur l’Iran, qu’est-ce que vous attendez de cette rencontre avec le nouveau président ?

On va discuter. Les Iraniens disent qu’ils évoluent et qu’ils sont plus ouverts, on va donc voir si les actes correspondent aux paroles à la fois sur la question syrienne bien sûr, et puis sur une question tout à fait différente, qui est une question très grave : le nucléaire militaire. Nous avons une position très claire. Autant les Iraniens peuvent utiliser l’énergie nucléaire civile, mais autant la bombe atomique, c’est non.



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