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24 septembre 2012 - Syrie/Mali - Remarques à la presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères, en marge du débat d’ouverture de la 67ème session de l’Assemblée générale des Nations unies


Q : Sur la force au Mali, concrètement qu’est ce que la France est prête à engager comme dispositif pour aider à la reconquête du Nord ?

Vous connaissez la situation au Mali : le Mali est coupé en deux et, au nord, un certain nombre de terroristes se sont installés. Le Mali, très légitimement, veut qu’on l’aide à reconquérir l’ensemble de son territoire. Il a donc déposé une demande auprès du Conseil de sécurité des Nations unies pour que des troupes lui permettent de reconquérir l’ensemble de son territoire. Il va y avoir des troupes africaines, de pays voisins. Ces troupes vont étudier des plans pour permettre effectivement de reconquérir le nord.

La France n’est pas en première ligne, elle est un facilitateur. Ce que nous voulons, évidement, c’est que le Mali puisse reconquérir son territoire d’une part. Nous savons que les terroristes installés au nord sont extrêmement dangereux, non seulement pour le Mali mais aussi pour tous les pays voisins d’Afrique, parce qu’ils sont très armés, parce qu’ils ont beaucoup d’argent. Ils sont dangereux aussi pour la France et pour l’Europe car ils ne cachent pas qu’ils veulent déstabiliser ces pays.

Si le Conseil de sécurité, ce que je crois et que j’espère, donne droit à la demande des autorités maliennes, cela permettra à terme, pas tout de suite mais à terme, d’éradiquer ces inquiétudes.

Q : Concernant les otages, la France est-elle menacée sur le plan intérieur ?

Il n’y a pas de menaces précises dans telle ou telle ville, si c’est cela votre question, mais globalement nous sommes collectivement menacés, comme les pays voisins de l’Afrique, parce que ces terroristes qui relèvent du groupe AQMI ont dit très clairement que leur ennemi c’était l’ensemble des « infidèles ».

Q : Il s’agit donc d’aider à la fois le gouvernement malien à retrouver sa souveraineté mais cette action, notamment celle de la France, s’inscrit aussi dans la lutte anti-terroriste plus globale.

C’est une présentation tout à fait juste. Qu’on comprenne bien, il ne s’agit pas d’envoyer des troupes françaises au sol, il n’en est pas question. C’est aux Africains, sous mandat des Nations unies, de mener les actions nécessaires. Nous qui sommes opposés au terrorisme, si nous pouvons aider d’une manière ou d’une autre, nous le ferons.

Q : Etes-vous inquiet pour vos otages ?

C’est évidement une inquiétude chaque jour. Le Président de la République et moi-même avons reçu les familles d’otages la semaine dernière. Ce sont des personnes extrêmement responsables, dont le courage force l’admiration. Nous agissons quotidiennement, je pèse mes mots, et discrètement, pour que nous puissions retrouver les otages.

Q : Avez-vous des preuves qu’ils sont en vie ?

Oui, il y a eu une preuve récente qu’ils sont en vie.

Q : Pour revenir à la situation dans le nord du Mali, est-ce qu’on peut dire que cette région sert aussi désormais à la formation de terroristes pour d’autres pays ?

Oui, ce sont des informations que nous avons. Comme il y a un certain nombre de terroristes, dont AQMI, qui ont beaucoup d’armes, une partie provient de ce qui s’est passé en Libye, une partie vient de l’argent, et une partie de l’argent vient des drogues et la région sert de plaque tournante pour former toute une série « d’apprenti-terroristes » qui ensuite vont commettre leurs méfaits dans d’autres pays de l’Afrique, y compris jusqu’au bout de l’Afrique de l’Est. C’est donc un danger, pas seulement pour le Mali, mais pour l’ensemble de l’Afrique, et pour l’ensemble de l’Europe.

Q : L’ONU est maintenant saisie. Pensez-vous que la mise sur pied d’une force africaine peut aller assez vite ?

Je l’espère, parce qu’il y avait au cours des derniers mois des difficultés internes au Mali entre les différents acteurs pour se mettre d’accord, et là, heureusement, mais je reste prudent, il y a un accord pour formuler une demande. Ce sera étudié dans les jours qui viennent et j’espère que le Conseil de sécurité prendra une décision positive. Si c’est le cas, ce sera une bonne décision.

Q : Le dossier syrien peut-il évoluer ? Que peut-on attendre de l’Assemblée générale ?

Je crains qu’il n’évolue malheureusement pas beaucoup, parce que c’est au Conseil de sécurité de prendre ses responsabilités, mais deux Etats bloquent, la Russie et la Chine. Je ne vois malheureusement pas aujourd’hui ce qui va les faire changer d’avis. C’est d’autant plus grave qu’il y a des morts tous les jours, et en plus, si le conflit dure, cela risque d’exacerber les passions et donc d’aller vers une sorte de fragmentation de la Syrie, ce qui serait extrêmement dangereux. Si vous avez un bout de la Syrie qui devient iranien, un autre bout de Syrie qui devient ceci, un autre cela, dans une région qui est déjà extrêmement troublée et déchirée, c’est un grand risque.

C’est la raison pour laquelle la France est aux avant-postes pour essayer à la fois de réunir l’opposition en Syrie, pour trouver une d’alternative à Bashar et pour convaincre nos grands russes et chinois, qu’il faut vraiment que Bashar s’en aille et qu’on trouve une solution pour que le peuple syrien puisse enfin vivre en paix.

Q : La crainte des Russes notamment, c’est que des extrémistes musulmans prennent le pouvoir après Bashar el-Assad. Est-ce que la France considère aussi cette hypothèse avec inquiétude ?

Il faut l’éviter, et pour cela, il faut que le remplacement de Bashar el-Assad soit rapide, puisqu’il y a déjà des éléments intégristes qu’on nous signale ici ou là. Si la crise devait durer, ce risque serait encore plus grand.

Q : Vous avez dit que vous étiez optimiste sur le Mali. Il y avait beaucoup d’inquiétude et d’interrogations pour savoir si la CEDEAO pouvait avoir assez de troupes. On a parlé de 3000 hommes nécessaires qui n’étaient pas réunis jusqu’à maintenant – est-ce que ça va changer ?

Je reste prudent mais il est vrai que c’est le premier signe positif que nous avons en ce qui concerne le Mali puisque le Président et le Premier ministre du Mali se sont mis d’accord, pour envoyer une lettre, avec l’accord de la CEDEAO, afin de saisir le Conseil de sécurité. C’est donc une première phase, il y en aura d’autres, et c’est une phase positive. C’est au Conseil de sécurité des Nations unies de répondre à la demande des autorités du Mali, afin de permettre d’envisager que l’intégrité du Mali soit rétablie, ce qui est essentiel, et que les terroristes partent.

Q : vous pensez que ces pays auront les 3000 hommes nécessaires ?

Je pense que c’est à la portée de nos amis africains.

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