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27 septembre 2013 – Ouverture de la 68ème session de l’Assemblée générale – Remarques à la presse de M. Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères

Merci d’être là de bon matin.

Je voudrais faire le point de cette semaine, qui n’est pas terminée puisque nous avons aujourd’hui pas mal de réunions.

Cette semaine, il y a eu pas mal d’interventions françaises : celle du Président de la République, bien sûr, et la présence aussi de plusieurs ministres, M. Canfin, Mme Benguigui, M . Garot qui est arrivé, et puis ce que j’ai pu faire moi-même.

Je pense qu’on peut dire que cette semaine de l’Assemblée générale des Nations unies a été une semaine utile et que la France, dans cette semaine utile, a joué un rôle utile. Si ce soir nous nous mettons d’accord sur Genève II, je pourrais même parler de la semaine du dégel. Nous avons eu à traiter de dossiers majeurs, les attentes étaient importantes, et il y a eu des résultats significatifs même s’il faut rester très vigilant et si beaucoup de ces résultats restent à compléter.

Je vais prendre les principaux dossiers.

Sur la Syrie, sur deux aspects principaux, je considère que nous avons progressé. Concernant la résolution sur le désarmement chimique, nous l’adopterons ce soir, conformément d’ailleurs à l’espoir que j’avais fixé au début de la semaine. J’avais fixé, au nom de la France, trois conditions qui devaient être remplies pour qu’elle puisse être acceptable, c’est-à-dire positive et crédible. Et ces conditions ont été reprises dans la résolution finale. Projet de résolution donc adopté ce soir, la destruction des armes chimiques pourra commencer rapidement sous le contrôle de l’ONU et de l’OIAC. En cas de manquement, le Conseil de sécurité se prononcera sous chapitre VII. Les auteurs du massacre chimique seront tenus pour responsables devant la justice. Je dirais donc que sur ce point-là, et je reviendrai s’il y a des questions, c’est une avancée utile, mais à confirmer et il faudra être très vigilant notamment bien sûr par rapport à la question de la Syrie ou de ces inactions, mais aussi pour voir si les Russes veulent faire preuve de bonne foi ou bien exercer, comme ils l’ont fait pendant longtemps, leur blocage.

Le dossier chimique, c’est un aspect important mais ce n’est qu’un aspect du drame syrien. Nous considérons que si l’on veut mettre fin au massacre, il n’y a pas d’autres termes de l’alternative que la relance du processus politique. C’est la raison pour laquelle nous soutenons l’opposition modérée, qui est le principal espoir de paix en Syrie. Nous avons eu hier une réunion, peut-être certains d’entre vous y étaient présents, avec une centaine de représentants et plus de 50 ou 60 ministres, ça veut dire que c’est la réunion qui a incontestablement rassemblé le plus de Ministres de l’ensemble de cette semaine, pour exprimer notre soutien à la Coalition nationale et écouter le Président Al-Jarba.

S’agissant de Genève II, nous allons tenir une réunion P5 ce soir. J’insiste bien sur cet aspect. Initialement les Américains et Russes avaient expliqué qu’ils devaient tenir cette réunion avec M. Brahimi. Aujourd’hui, j’ai demandé que cette réunion soit tenue en P5, ce qui sera le cas. J’y présenterai notre approche du processus politique qui doit s’engager, les modalités qui peuvent permettre qu’il aboutisse. Il ne faut pas que Genève II soit un Genève II dilatoire, mais il faut que ce soit un Genève II opératoire. Et la France, évidemment, est aux côtés de tous ceux qui, en Syrie, aspirent à la paix et la liberté.

Des avancées intéressantes ont également eu lieu concernant les relations avec l’Iran. Nous avons répondu à la volonté d’ouverture du nouveau régime iranien. Le Président français a été le responsable le plus élevé du P5 à rencontrer le Président iranien. Pour ma part, j’ai rencontré par deux fois, une fois en tête-à-tête et l’autre fois par formule des 5+1, mon homologue, le ministre des Affaires étrangères iranien. Hier s’est tenue une réunion du 5+1 sur la question du nucléaire après des années de blocage. Nous devons saisir toute occasion de relancer les négociations. Il existe une volonté incontestable de changement de la part de la population iranienne, qui s’est traduite à l’occasion de l’élection du nouveau Président. Du côté du pouvoir exécutif, il y a pour l’instant des paroles qui sont encourageantes. Nous jugerons sur les actes. Le langage est important, mais ce qui compte bien sûr, ce sont les actions. Il ne faudrait pas oublier l’essentiel : c’est que compte tenu des risques de prolifération nucléaire et des risques pour le Moyen-Orient, le P5 a répété qu’il était unanime pour considérer que l’Iran ne peut pas se doter de l’arme nucléaire.

Beaucoup de nos réunions ont été consacrées à l’Afrique, qui est une priorité pour la France. L’actualité a tourné les projecteurs vers le Kenya. Et bien sûr, face à l’attaque terroriste abjecte de Nairobi, la communauté internationale a réaffirmé sa détermination à lutter contre le terrorisme dans l’ensemble de l’Afrique, depuis l’Est jusqu’à l’Ouest, en passant par la Libye. Sur notre suggestion, M. BAN Ki-moon a organisé une réunion sur le Sahel. La communauté internationale y a marqué sa détermination de continuer à aider la région, avec trois priorités : sécurité, développement et bonne gouvernance. BAN Ki-moon, accompagné du Président de la Banque mondiale, de la Présidente Zuma, et du Président de la Banque africaine de développement, se rendra au Mali et dans plusieurs pays du Sahel au mois de novembre pour mettre en œuvre ces orientations. En décembre, lors de sa présidence du Conseil de sécurité des Nations unies, puisque c’est la France qui préside le Conseil en décembre, je ferai inscrire cette question à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

Le Président de la République, à la tribune de l’ONU, a lancé un cri d’alarme sur la République centrafricaine. Je me suis entretenu avec un certain nombre de mes collègues. Une réunion ministérielle a permis d’avancer vers un soutien accru aux initiatives diverses prises pour rétablir la sécurité et la stabilité du pays. Cette réunion s’est tenue en présence du Premier ministre de RCA. Nous considérons que si elle se poursuivait, cette déstabilisation de la Centrafrique serait de nature à compromettre la paix et la sécurité dans toute la région et d’attirer un certain nombre de groupes terroristes et criminels. Nous proposerons, elle est à l’étude, dans les jours qui viennent, une résolution, et engagerons des actions nouvelles de sécurité pour traiter cette situation importante. On doit se rappeler que l’an dernier, c’est la France qui avait jeté l’alarme sur la question du Mali. La Centrafrique n’est pas le Mali, mais c’est le même cri d’alarme, en tout cas avec la même intensité, que nous jetons aujourd’hui sur la situation de la Centrafrique.

Je veux aussi mentionner la question climatique, je vous en ai parlé au début de la semaine. Lundi prochain se tiendra à Paris une importante réunion prévue de longue date pour que le Président du GIEC rende compte des travaux. Une réunion aura lieu au Quai d’Orsay et elle sera l’occasion pour les experts de rendre compte sur leurs travaux et pour nous-mêmes de réagir et de lancer la mobilisation sur la conférence Paris-Climat 2015. J’ai tenu d’ailleurs, avec Mme la Commissaire européenne chargée de ces questions, une réunion sur la lutte contre le dérèglement climatique, et nous avons constaté un rapprochement entre l’Europe et les pays les plus touchés par les effets du réchauffement. C’est une étape positive pour la préparation de cette conférence qui sera donc décidée à Varsovie, dans quelques jours, puisque la séquence est à Varsovie cette année, Lima l’année prochaine et Paris pour les principales décisions en 2015. Je suis intervenu devant ce groupe en disant que notre approche de cette conférence serait agir offensif, agir collectif et agir positif.

J’aurai terminé lorsque j’aurai ajouté qu’il y aura aujourd’hui une réunion de lutte contre la peine de mort puisque nous sommes pour l’abolition universelle de la peine de mort. Je suis avec trois autres collègues, trois autres continents, l’un des organisateurs de cette réunion. Que bien évidemment beaucoup de rencontres bilatérales ont eu lieu. Qu’à mes moments perdus j’ai eu l’occasion de tenir une conférence à l’Université de Columbia, et je remercie beaucoup les organisateurs. Et que j’ai pu m’exprimer à la télévision, à NBC avant-hier, et chez Charlie Rose aujourd’hui. Enfin, j’ai rencontré Hillary Clinton, qui est une ancienne collègue que j’apprécie énormément et je l’ai invitée à venir nous rendre visite à Paris au printemps prochain. Je pense que nous aurons le plaisir de l’accueillir l’année prochaine en France.

Je termine en disant que cette présence, classique d’ailleurs pour un ministre des Affaires étrangères, va me permettre cet après-midi de poser la première pierre de la nouvelle librairie française, dont vous serez tous des clients et usagers et de décorer le grand écrivain Philippe Roth.

Ensuite, nous réserverons la partie du weekend qui nous restera pour être parmi les plus de 100 000 participants à l’opération « Taste of France » qui aura lieu à Bryant Park à partir de demain. C’est une tribune pour l’excellence française. Ce sera le plus grand évènement de ce type hors de France. Si vous êtes donc à Manhattan demain, votre présence est non seulement souhaitée mais elle est quasiment obligatoire !

Q : Monsieur le Ministre, sur Genève II, pensez-vous pouvoir fixer une date ce soir ? Quelle est la perspective et comment cette conférence pourrait être opératoire et non pas dilatoire ?

Je souhaite que nous puissions fixer une date dès ce soir oui. Donc nous allons travailler en ce sens. Ensuite cela pose toute une série de questions : les participants, l’objet, …. L’objet est simple, il est fixé par le texte de la décision prise à Genève I le 30 juin 2012 et qui a fait l’objet d’un accord unanime des participants, parmi lesquels les cinq membres permanents du Conseil de sécurité. L’objet est que les parties par consentement mutuel procèdent au choix d’un gouvernement de transition doté de tous les pouvoirs exécutifs. Cela suppose qu’il y ait les représentants du régime, cela suppose aussi qu’il y ait des représentants de l’opposition. Le régime syrien, on verra si c’est confirmé, a fait connaitre sa disponibilité à envoyer des représentants. A plusieurs reprises, et notamment hier encore, la Coalition nationale a dit qu’elle était prête à participer à Genève II. Après d’autres questions devront être traitées pour savoir qui en dehors de ceux-là et de ceux qui participaient à Genève I doivent y participer. M. Brahimi bien sûr y jouera un rôle tout à fait majeur.

Voilà où nous en sommes.

Q : Est-ce que l’Iran, maintenant qu’elle a renoué avec l’Occident sur le nucléaire, serait dans une meilleure condition maintenant pour participer à cette conférence ?

J’ai discuté de cette question avec mon homologue iranien. La position de la France est de dire que l’Iran peut avoir sa place si elle accepte expressément l’objectif de cette conférence. J’ai posé la question à mon homologue. La réponse a été complexe. Mais celui-ci a ajouté qu’ils soient présents ou pas, invités ou pas, ils feraient de leur mieux pour permettre le succès de la conférence. Voilà où nous en sommes. C’est une question que nous allons traiter avec mes collègues du P5 ce soir.

Q : Sur les armes chimiques, est-ce que la résolution est applicable sachant que c’est une zone de guerre. On a bien vu que les observateurs qui venaient simplement observer devaient rester à leur hôtel et ne pouvaient pas en sortir, comment la résolution fera ? Et qui finance ?

La question du financement n’est pas tranchée. Je tiens à dire – c’est un trait d’humour – que la résolution n’est pas adoptée seulement par la France. Nous sommes plusieurs autour de la table. A entendre certains commentaires, j’ai l’impression parfois qu’il y a une confusion, ce serait plus facile mais ce n’est pas comme cela que ça se passe. La France apporte ses propositions, ses idées, son influence. Il faut que nous convainquions l’ensemble des participants, notamment ceux qui disposent du droit de veto et qui parfois l’utilisent. C’est la raison pour laquelle j’ai dit que la résolution était une avancée utile mais à confirmer et qu’il fallait être très vigilant. Si la Russie par exemple, je prends cet exemple par hasard, voulait faire de l’obstruction, ce serait contradictoire avec ce qui a été fait pendant les dernières semaines puisque ce sont les Russes et les Américains qui ont fait leur proposition, évidemment sous la pression de la destruction des armes chimiques. On verra à l’usage. De toute manière ils pourraient faire obstruction quelle que soit la formule juridique. C’est cela qui parfois n’est pas très bien compris. Parce qu’il y ait un chapitre VII qui englobe toute la résolution, qu’il y ait un chapitre VII qui soit, comme nous l’avons adopté, dès lors qu’il y a un manquement au respect des obligations ou qu’il n’y ait pas de chapitre VII, de toutes les manières tout membre permanent du Conseil de sécurité peut utiliser son veto. A ce moment-là c’est un blocage. Simplement la situation psychologique n’est pas la même.

En ce qui concerne le mécanisme, nous avons cherché un mécanisme aussi opératoire que possible mais il reste un certain nombre d’inconnues. J’en cite trois. D’abord quel est le degré de nocivité des armes chimiques telles qu’elles existent. Il y a des controverses à ce sujet. Et cela a des conséquences sur la faculté qu’on a de les traiter et la rapidité. Deuxième point, il n’est pas encore précisé où elles devraient être traitées : est-ce que c’est quelque part sur place, est-ce que c’est à l’étranger et où. Ce sont des choses à discuter entre spécialistes. Mais je pense qu’on a eu raison de ne pas attendre que tous ces éléments soient précisés pour adopter les grands principes. Troisièmement, il y a des questions aussi sur le coût où les évaluations les plus diverses sont prononcées et puis également le coût sur la durée. Sur tous ces points il y a des discussions, des controverses mais il nous a semblé, je crois que c’est raisonnable, que tout en prenant en compte ces points d’interrogation il fallait aller vite parce qu’après tout rien ne nous garantissait que le régime syrien n’allait pas recommencer tant qu’il n’y a pas un acte qui les lie juridiquement.

Voilà où nous en sommes.

Q : Donc vous pensez que cette future résolution va pour le moins empêcher toute attaque chimique en Syrie ?

J’ai dit qu’elle était vraiment utile. Je crois que c’est incontestable mais que c’était à confirmer. Il y a deux réponses à votre question. La première c’est une réponse politique. Dans le contexte actuel, si le régime avait l’intention d’utiliser à nouveau des armes chimiques, alors qu’il y a encore quelques jours il a tué 1 500 personnes avec ces armes, s’est attiré la condamnation du monde entier par un acte qualifié par BAN Ki-moon de crime contre l’humanité et alors même qu’en réponse à cet acte, la France, les Etats-Unis, d’autres ont préparé une réaction par force, Il se mettrait pas seulement dans une situation criminelle, qui l’est déjà, mais dans une situation totalement inhumaine.

Ça c’est l’aspect politique général, d’autre part, il y a l’aspect juridique. A partir du moment où la Syrie a adhéré à la convention [sur l’interdiction des armes chimiques] et où cette résolution est prise ainsi que la décision de l’Organisation internationale de lutte contre les armes chimiques, il y a des conséquences évidemment juridiques immédiates à en tirer.

Q : S’il y a une résolution ce soir, l’affaire des armes chimiques sera en quelque sorte réglée si la Syrie répond à ses obligations. Mais qu’est-ce qui pourrait pousser le régime syrien dans le cadre de Genève II à remettre les clés de l’exécutif du pays lors de cette réunion ?

C’est une des questions qui est posée. Il n’y a pas d’ambiguïté entre nous, les cinq membres permanents et d’autres, sur l’objet de Genève II. L’objet de Genève II est précisé dans la rédaction de l’accord de Genève I du 30 juin 2012 qui est la constitution d’un gouvernement de transition par consentement mutuel doté de tous les pouvoirs exécutifs. Ceci n’est pas un mystère, ça existe depuis mi 2012. Connaissant cela, le régime syrien a fait savoir qu’il était disposé à envoyer des gens pour Genève II, si Genève II avait lieu. Connaissant cela, la Coalition nationale syrienne a également dit sa disponibilité.

Alors effectivement, la question que vous posez d’autres l’ont posée en disant que c’est très bien car Genève II ayant était fixée dans son objectif, cela signifie que le régime envoie des représentants pour discuter de la façon dont la transition des pouvoirs va s’opérer. Certains disent : « c’est une décision qu’ils ont prise, bravo ». D’autres disent, et c’est le cas, notamment de mon collègue russe, lorsque je lui ai fait la même remarque que vous connaissant les rapports qu’il peut avoir avec le régime syrien : « A ce moment-là, on verra si c’est du bleuf ». Nous ne sommes pas dans un jeu de poker. Mais à partir du moment où l’objectif de Genève II est fixé, il est tout à fait décisif et significatif d’envoyer ou non des représentants.

Q : Pour revenir à la résolution sur les armes chimiques, en effet la France n’est pas seule, n’avez-vous pas l’impression que cette résolution met un terme à une séquence qui a commencé le 21 août et qui à l’arrivée a renforcé les positions du régime syrien, ce qui serait assez paradoxal avec l’éloignement pour ne pas dire la disparition de toute menace militaire. N’arrive-t-on pas à un point où non seulement le régime syrien s’est renforcé sur le plan national et la Russie s’est renforcée sur le plan international.

Ce sont deux choses relativement différentes. Parlons d’abord de la Syrie. La Syrie, il y a deux semaines encore, prétendait à la face du monde, qu’elle n’avait pas d’armement chimique et prétendant qu’elle n’avait pas d’armement chimique, elle l’avait utilisé pour massacrer 1 500 personnes. Deux semaines plus tard, d’une part la Syrie a été obligée de concéder qu’elle avait des armes chimiques, deuxièmement elle a été obligée de s’engager à les liquider, troisièmement il existera dès ce soir une résolution internationale disant que si elle réutilisait ces armes chimiques, elle serait immédiatement sanctionnée. Je pense qu’on ne peut pas vraiment parler de victoire. Car les armes chimiques étaient un des éléments essentiels de sa capacité d’action et désormais elle ne peut plus les utiliser.

Je sais que la remarque que vous faites est faite par certains « oui mais une fois de plus, M. Bachar Al-Assad qui habile, s’en sort de cette manière ». M. Bachar Al-Assad est de façon évidente condamné de plus en plus par le monde entier. J’insiste que si comme je le souhaite, nous décidons ce soir, non seulement pour Genève II de lancer les invitations, et encore d’une date, cela signifie que ce régime devra envoyer des représentants pour discuter de la façon dont s’opère la transition du gouvernement avec la suite. Et donc même si je suis extraordinairement méfiant par rapport l’attitude du régime compte tenu de son triste palmarès, je pense qu’il ne s’est pas renforcé.

En ce qui concerne la Russie, les choses sont différentes. Les Russes eux-mêmes prétendaient pendant longtemps que la Syrie n’avait pas d’armes chimiques. Désormais ils sont obligés de convenir du contraire. Ils continuent à prétendre, contre toute raison, que le massacre du 21 août n’a pas été commis par le régime. Mais il est vrai que sous la pression des Américains, Français et d’autres, une proposition a été sortie par les Russes, acceptée ensuite, pour dire « liquidation de l’armement chimique ». Ensuite, savoir quelle est la position des uns et des autres et quel est leur degré d’implication et leur degré d’influence, ça c’est à l’appréciation de chacun. Je me contenterai de noter que si, on verra dans les jours et les semaines qui viennent, les Russes sont réellement cohérents avec ce qu’ils ont proposé et ce qu’ils ont voté, ils ont – c’est la Charte des Nations unies- des facilités de véto. Ils l’ont utilisé jusqu’ici, ce qui a empêché toute avancée. Cette fois-ci ils ne l’ont pas utilisé, ce qui permet une certaine avancée, même si il faut être très prudent.

Donc je dirai, avancée, en ce qui nous concerne et vigilance.

Q : Sur les auteurs de l’attaque : vous utilisez le futur pour dire que les responsables devront rendre des comptes, mais comment puisqu’il faudrait une enquête de la CPI pour désigner les auteurs, or la CPI n’est pas citée dans la résolution ?

Quand nous disons être « tenu pour responsable », ça a un sens juridique et l’exemple passé montre que des crimes restent des crimes et les poursuites sont toujours possibles.

Q : Juste une question sur l’Iran. Après les discussions, au-delà des mots, est-ce que vous êtes rentrés dans le vif du sujet, est-ce qu’il y a eu des engagements ?

Oui nous sommes rentrés dans le vif du sujet bien sûr. Le Ministre des Affaires étrangères iranien a fait une proposition de méthode et il s’est exprimé sur le fond. Chacun d’entre nous a fait une courte réaction. Pour ma part, puisque le ministre des Affaires étrangères iranien avait parlé d’une année pour avancer sur ce point, je lui ai fait remarquer que son président, lui, avait parlé de 3 mois, pouvant être portés à 6 mois. Comme c’est un homme qui écoute, il m’a répondu que si les choses peuvent être faites plus vite, il en serait heureux. J’ai dit qu’il fallait aller vite, parce que –c’est un des problèmes qui sera à traiter- la question se pose de savoir si pendant les discussions, la production nucléaire continue. Il ne faudrait pas se retrouver avec des discussions qui durent un an et que pendant ce temps-là, le nombre des centrifugeuses aurait augmenté et, pour rentrer dans les détails techniques, le réacteur d’Arak aurait progressé, ce qui pose d’autres problèmes. Comme c’est un homme qui connaît très bien le sujet, il a très bien compris ce que je voulais dire.

Q : Si vous découvrez que non seulement, le régime de Bachar Al-Assad s’est servi d’armes chimiques mais également certains opposants, que ferez-vous, qu’avez-vous prévu ?

Nous ne nous plaçons pas dans cette hypothèse mais cela vaut pour chacun, bien sûr... mais je ne sais pas si vous avez lu en détail le rapport des inspecteurs de l’ONU, comme l’a dit très bien BAN Ki-moon, il est absolument accablant. Le rapport rejoint d’ailleurs ce que les services français nous avaient dit, très rapidement.

Je vais dire un mot de ces services français, parce que parfois – c’est moins vrai aujourd’hui, il y a des évidences qu’on ne peut pas nier- certains avaient dit « Le 21 août, le massacre n’a pas été commis par le régime ». Nos services nous ont donné des éléments, certains se retrouvent d’ailleurs dans le rapport. Et ce sont ces même services qui au moment de l’affaire irakienne avaient dit qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive. Et c’est ce que j’ai répondu à quelques-uns de mes interlocuteurs qui avait le goût du paradoxe : « Mais pourquoi voulez-vous que ces services qui ont montré leur excellence en montrant qu’il n’y avait pas d’armes de destruction massive en Irak et qui ont donc eu raison, se trompent du tout au tout lorsque d’autres massacres commis en Syrie. Et il ne s’agit pas de faire référence aux Américains, aux Israéliens, aux Canadiens ou à la Turquie. Il s’agit pour la France, puissance indépendante, comme elle l’a montré toute cette semaine et puissance influente, de prendre des décisions à partir de ses propres informations.

Merci beaucoup à vous et merci pour cette semaine.

Q : Vous ne sautez pas de joie quand même. Ce n’est pas un cri de victoire, il reste beaucoup de choses à confirmer.

Toute cette semaine, à condition que nous nous mettions d’accord ce soir sur Genève II, je pense qu’on pourra dire que c’est une semaine du dégel, utile. Il y a eu pas mal de choses qui ont avancé mais il faut rester très vigilants. Là, en ce qui concerne la Syrie, puisque c’est à ça que vous faites allusion, il y a quelques temps on nous disait « c’est impossible d’avoir une résolution ». Ils ont une résolution, je vais la voter ce soir, qui marque des avancées même si nous ne pouvons pas sur toute la ligne imposer à tout le monde, notamment aux Russes, nos idées. Mais ce qui était impossible, enfin réputé impossible il y a encore une semaine, va être adopté ce soir. Donc je répète : une avancée, mais à confirmer avec beaucoup de prudence.

Q : Est-elle applicable cette résolution ?

Oui bien sûr elle est applicable mais cela dépend. Sur le plan pratique il y a encore des détails techniques à régler mais sur le plan politique, si un membre permanent du Conseil de sécurité, je pense notamment aux Russes, veut faire preuve de mauvaise volonté comme ils l’ont fait dans le passé, ils peuvent le faire, quelle que soit la résolution. C’est un défaut d’ailleurs de l’Organisation des Nations unies. C’est la raison pour laquelle François Hollande a proposé que lorsqu’il y a crime de masse, les cinq membres permanents, volontairement, ne puissent pas faire application de leur véto, et ce sera un changement considérable. Nous allons pousser cette idée aujourd’hui, là où nous sommes. Il y a une avancée et en même temps cela suppose que l’ensemble des membres permanents ne cherchent pas à contrarier, j’allais dire saboter, le travail qui a été fait.

Q : Sur le processus politique, il y a ce soir une première réunion du P5 avec BAN Ki-moon sur cette conférence de Genève dont on parle depuis le mois de mai dernier. Il y a eu des dates avant, on disait juin, juillet… vous espérez une date qui tienne ?

Oui. Il y a eu entre les Russes et les Américains et aussi M. Brahimi l’Envoyé des Nations unies, beaucoup de réunions. C’est vrai que c’est une question très difficile : comment on peut arriver à mettre autour de la table tous les parties pour trouver une solution politique au drame syrien. C’est la raison pour laquelle j’ai proposé, et ça a été accepté, que nous nous réunissions en P5. Ca veut dire pas seulement les Russes et les Américains mais les cinq membres permanents. Nous avançons j’espère, je n’en suis pas sûr mais j’espère que ce soir nous allons pouvoir proposer une date pour qu’enfin Genève II puisse se tenir parce que la vraie solution elle est politique. Vous parliez de l’arme chimique il y a un instant. On a avancé sur le chimique mais aujourd’hui les gens continuent de s’entre-tuer sur le terrain et donc il faut régler la question de fond. Ce ne sera pas facile. Mais ça passe par un accord politique et donc par Genève II, et la France met son poids pour que Genève II ait lieu.

Q : Vous espérez une date mais aussi la liste des invités ?

Oui les choses vont ensemble. On va donc à partir de 18h30 ce soir essayer de travailler pour conclure ce point.



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