Twitter Facebook Flickr Youtube RSS Share

17 février 2011 - Assemblée générale - Priorités de la présidence française du G20 en matière agricole - Intervention de M. Bruno Le Maire, ministre de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire

Monsieur le Président,

Mesdames et Messieurs les Représentants,

Je tiens à vous remercier pour votre invitation à venir m’exprimer devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Vous le savez, le président de la République française a décidé de mettre à l’ordre du jour de la présidence du G20 la question agricole en général et la question de la volatilité du prix des matières premières en particulier. En tant que ministre de l’Agriculture et de l’Alimentation, j’ai souhaité venir dès le début de notre présidence et souligner ainsi le rôle majeur des Nations unies pour relever le défi agricole mondial. Je serai bien entendu très heureux, à l’issue de mon intervention, d’entendre vos remarques, vos propositions et vos observations.

Le défi agricole mondial, c’est d’abord un défi alimentaire.

C’est d’abord le défi de la faim dans le monde pour lequel nous nous étions fixés un objectif ambitieux en 2005 : réduire de moitié à l’horizon 2015 la proportion de la population mondiale qui souffre de la faim.

Lorsque nous regardons la situation actuelle, nous devons avoir conscience qu’il nous reste des progrès considérables à accomplir pour éradiquer la faim dans le monde.

Depuis 2009, la faim est remontée en flèche dans beaucoup de pays, c’est l’une des terribles conséquences des crises alimentaire et financière mondiales. Dans beaucoup de régions parmi les plus pauvres de la planète, les progrès dans ce domaine là sont au point mort. Depuis quelques mois, la hausse des prix alimentaires a fait basculer 44 millions de nouvelles personnes en dessous du seuil de pauvreté. Et comme l’a très bien dit le président de notre Assemblée, la hausse des prix agricoles touche d’abord les pays les plus pauvres et les populations les plus démunies. En dépit de certains progrès, un enfant sur quatre souffre encore d’insuffisance pondérale dans le monde en développement. Tout cela est inacceptable.

Le défi alimentaire, c’est aussi être capable de produire plus pour nourrir les 9 milliards d’individus sur la planète en 2050. Pour cela, une hausse de la production agricole de 70 % d’ici 2050 est nécessaire. Est-ce que nous en serons capables ?

La production agricole mondiale aujourd’hui ne croît plus que de 1,5% par an, alors qu’elle augmentait de 3% par an entre les années 1960 et 1990. La production agricole mondiale se heurte à des rendements agricoles qui stagnent, notamment dans le secteur du blé. La production agricole mondiale se heurte à des changements climatiques de plus en plus fréquents, à des perturbations climatiques de plus en plus lourdes qui nécessitent de produire mieux et qui créent de l’instabilité sur la production agricole.

Le défi alimentaire d’ici 2050 sera donc extraordinairement difficile à relever pour tous les pays de la planète.

Ce défi agricole est enfin un défi économique.

N’oublions pas que l’agriculture est la première source d’emplois au monde avec 1,3 Milliards d’emplois. N’oublions pas que 40% de la population active mondiale dépend directement des marchés agricoles mondiaux.

Or lorsque nous regardons la situation, la situation économique et agricole est aujourd’hui périlleuse. Elle est confrontée à une volatilité beaucoup plus forte que tous les autres secteurs économiques de la planète sans exception.

Le blé, par exemple, est passé de 140 euros la tonne en Europe en juillet à plus de 260 euros aujourd’hui. Le prix de l’orge a doublé. L’indice des prix alimentaires établi par la FAO est à son plus haut niveau depuis sa création en 1990.

La CNUCED l’a rappelé le 1er février à Genève et je veux le redire à cette tribune avec beaucoup de force, cette volatilité des prix agricoles mondiaux est insupportable pour les pays les plus vulnérables. Elle est insupportable pour les producteurs dont elle affecte les capacités d’investissement. Elle est insupportable pour les consommateurs qui doivent payer plus cher leurs produits alimentaires et qui nous font courir le risque de connaître à nouveaux des émeutes de la faim comme celles qui ont touché un certain nombre de pays en 2008.

Enfin, chacun voit aussi que l’agriculture désormais est soumise à des comportements spéculatifs inacceptables. La spéculation ne fait pas la volatilité des prix agricoles mondiaux mais la spéculation accroit encore la volatilité insupportable des prix agricoles mondiaux.

La terre est elle-même devenue un objet de spéculation. Nous assistons partout à travers la planète à des achats massifs de terres agricoles : 45 millions d’hectares de terres agricoles ont été achetés selon la Banque mondiale début 2010 dans le monde. 70% de ces terres agricoles ont été achetés en Afrique. Ces achats privent l’Afrique du développement autonome de son agriculture.

La matière première agricole est également devenue un objet de la financiarisation. Les marchés financiers qui se tournaient vers l’immobilier ou vers les actions, depuis la crise financière de 2008, se tournent vers les produits agricoles. Sur les marchés, il s’échange sur le papier chaque année 15 fois la production mondiale de céréales (blé et maïs). Sur les marchés, 85% des positions sont détenues par des acteurs purement financiers dont l’activité n’a pas de lien réel avec l’agriculture.

Face à ce double défi alimentaire et économique, que proposons-nous ? La première proposition de la France est de réinvestir dans l’agriculture mondiale. Nous avions fait au cours des années 1980 un certain nombre de progrès pour développer l’agriculture dans les pays en développement. Nous avons reculé. Nous devons reprendre la main et permettre aux pays en développement d’être indépendants en matière agricole.

Cela passe par des investissements publics.

Tous les pays doivent rebâtir des politiques de développement agricole compatibles avec les engagements commerciaux internationaux. L’investissement en agriculture a un effet démultiplicateur pour lutter contre la pauvreté. Le développement de l’agriculture vivrière, l’amélioration des rendements, l’irrigation durable, la construction de nouvelles infrastructures, le perfectionnement de la chaîne alimentaire sont des défis majeurs et urgents pour les pays en développement.

Dans ce cadre, je n’hésite pas à le dire, les pays riches ont un devoir de solidarité à l’égard des pays pauvres. Les pays riches ne doivent pas viser au développement de leur agriculture au détriment de l’agriculture des pays pauvres. Les pays riches doivent aider les pays pauvres à développer leur propre agriculture et leur autonomie agricole. L’aide publique au développement en agriculture est décisive : elle doit être maintenue. Je rappelle que la part de l’agriculture dans l’APD est passée en 20 ans de 15% à moins de 5%. Il faut renverser la tendance, il faut tenir les engagements qui ont été pris par la communauté internationale, notamment les engagements du G8 au sommet de L’Aquila en 2009.

Réinvestir dans l’agriculture mondiale, cela suppose aussi de développer les investissements privés.

Car nous savons tous que face aux problèmes budgétaires de la plupart des Etats, l’investissement public ne suffira pas : il faut aussi développer les investissements privés dans l’agriculture. Pour cela, nous proposons de créer le cadre adapté pour permettre aux acteurs d’investir en limitant leurs risques.

Nous proposons des investissements privés responsables, notamment dans le domaine foncier. Avec la FAO, avec la Banque mondiale, je sais que vous travaillez à l’élaboration d’un code de conduite pour des investissements plus responsables. Avec le Brésil, nous soutenons cette initiative.

Nous devons également développer des partenariats publiques/privés, notamment des infrastructures. Enfin, nous devons mettre la recherche des pays développés au service de l’agriculture des pays en développement. Nous devons partager avec ceux qui en ont le plus besoin les moyens de recherche et de technologie agricole. La mise en place du groupe consultatif pour la recherche agronomique internationale doit contribuer à cet objectif.

La deuxième solution que nous proposons après le réinvestissement de l’agriculture mondiale c’est la régulation des marchés agricoles internationaux.

Je veux être très clair sur un point. Réguler le marché, ce n’est pas lutter contre le marché. Réguler le marché, c’est améliorer son fonctionnement et faire en sorte qu’il répartisse de manière plus efficace les richesses. Nous ne souhaitons pas le retour à une économie agricole administrée. Nous souhaitons des marchés agricoles qui fonctionnent mieux, qui fonctionnent de manière plus juste, qui fonctionnent de manière plus équitable.

Je le dis ici, à quelques mètres de Wall Street, nous avons fait la régulation financière mondiale, nous devons désormais engager la régulation agricole mondiale. Sinon, une nouvelle fois, ce sont les pays les plus pauvres et les populations les plus vulnérables qui en seront les victimes.

Pour réguler ces marchés nous proposons d’avancer dans quatre directions.

La première direction c’est l’amélioration de la transparence des marchés car l’incertitude, la non disponibilité des informations entraînent la volatilité et la spéculation. Ne pas connaître l’état des stocks mondiaux de blé, de riz ou de maïs favorise la volatilité des prix et entraîne des difficultés majeures pour les pays en développement.

Le deuxième axe que nous proposons c’est l’amélioration de la coordination des politiques agricoles pour prévenir et pour gérer les risques. Il n’est pas normal qu’aujourd’hui chaque Etat producteur à travers la planète puisse décider de manière unilatérale de couper ses exportations lorsqu’il en ressent le besoin, quitte à créer une hausse brutale des prix sur les marchés, sans avoir de possibilité de mieux coordonner les décisions.

Le troisième axe que nous proposons c’est la régulation des marchés dérivés de matières premières agricoles. Il ne s’agit pas de priver l’agriculture des instruments de couverture nécessaires. Il s’agit d’améliorer les instruments de marché existants en prévoyant par exemple des limites de position sur les marchés agricoles mondiaux.

Le quatrième axe que nous proposons pour réguler les marchés agricoles c’est le soutien aux pays les plus vulnérables, les plus touchés par les crises agricoles à répétitions. Nous proposons de développer des réserves humanitaires d’urgence prépositionnées, en lien avec le Programme alimentaire mondial. Nous proposons de définir des instruments de protection et d’assurance pour les pays importateurs de matières premières agricoles. Nous proposons de limiter les restrictions aux exportations, par exemple au bénéfice de l’aide alimentaire d’urgence ou des pays les plus vulnérables.

Quel est le calendrier et quelle est la méthode que nous comptons appliqués pour mettre en œuvre toutes ces propositions ?

Le sommet du G20 en novembre proposera des solutions concrètes pou relever le défi agricole mondial. D’ici là, la filière " développement " du G20 travaillera à la mise en œuvre du plan d’action pour le plan de développement défini à Séoul. Les ministres des Finances qui se retrouvent à Paris demain feront des propositions pour mieux encadrer les marchés dérivés. Pour ma part, je réunirai au mois de juin à Paris l’ensemble des ministres de l’Agriculture du G20 avec toutes les organisations internationales concernées. C’est la première fois que les ministres de l’Agriculture du G20 avec les organisations internationales se réuniront pour discuter du problème des crises agricoles.

S’agissant de la méthode : le G20 donnera l’impulsion politique, au plus haut niveau, celui des chefs d’Etat. Le président de la République française est convaincu que l’agriculture est devenue un sujet stratégique pour la stabilité de la planète, il est convaincu qu’il y a urgence à réagir, il est convaincu qu’il y a urgence à définir des solutions concrètes. Mais le G20 ne fera pas tout. Le G20 n’a ni la légitimité, ni la capacité de régler à lui seul le problème des crises alimentaires mondiales.

Le travail du G20 se fera donc en étroite coordination avec les organisations internationales - c’est le sens de ma présence ici aujourd’hui - en particulier, avec les organisations du système des Nations unies. Je l’ai dit à Rome à Jacques Diouf, je le dis ici devant l’Assemblée générale des Nations unies.

Nous ne voulons pas créer de nouvelles structures internationales. Nous voulons améliorer les structures existantes et travailler dans leur cadre.

Je souhaite aussi que nous puissions travailler avec tous les Etats à un consensus international. Il ne s’agit pas que le G20 trouve une solution pour tous les autres, il s’agit que tous ensemble nous trouvions une solution pour la faim dans le monde et la sécurité alimentaire mondiale.

J’ai recueilli à Berlin le 22 janvier dernier les propositions de 48 ministres de l’agriculture. Je me suis déplacé en Inde, en Chine, en Russie… Je me rendrai dans les prochaines semaines au Brésil, en Argentine, en Afrique et à Istanbul en mai pour la Conférence des Nations unies sur les Pays les moins avancés. J’attends évidemment avec beaucoup d’impatience toutes les propositions que vous pourrez me faire sur ce sujet. La prochaine Assemblée générale en septembre sera également l’occasion de faire un bilan de nos travaux.


Je veux le dire ici avec beaucoup de gravité : la question de la sécurité alimentaire mondiale n’est pas une question du G20, c’est une question qui nous engage tous, c’est une question qui nous concerne tous. Nous avons une responsabilité morale à trouver des solutions que nous n’avons pas encore été capables de définir depuis des années. Nous avons une responsabilité morale à ne pas laisser des dizaines de pays en développement à travers la planète seuls face aux crises alimentaires. Nous avons une responsabilité morale, nous pays membres du G20 qui disposons d’agricultures fortes, à aider au développement des agricultures dans les pays en développement, à soutenir leurs agricultures, à leur apporter les solutions technologiques, les solutions de savoir-faire dont ils ont besoin pour être autonomes en matière agricole.

Le G20 agricole est une chance, pas pour les pays membres du G20 eux-mêmes, mais pour l’ensemble des pays de la planète. Je souhaite que nous puissions la saisir tous ensemble.

Je vous remercie.

[…]

Je remercie les délégations pour leurs interventions.

Je retiendrai quelques conclusions à la fois sur la méthode de travail et sur le fond des remarques qui ont été faites.

Sur la méthode de travail, je retiens quatre choses des interventions qui ont été dites.

Le premier point qui me paraît essentiel, c’est qu’il faut évidemment associer encore plus étroitement les Nations unies, notamment l’Assemblée générale des Nations unies, aux travaux du G20. Il est vital que régulièrement l’Assemblée générale des Nations unies soit tenue informée de nos travaux, de nos propositions. C’est un engagement que le gouvernement français comme président du G20 prend d’associer étroitement, comme il le fait aujourd’hui, l’Assemblée générale des Nations unies à ses travaux sur la sécurité alimentaire mondiale.

Le deuxième point de méthode qui me parait essentiel, que vous nous avez suggéré, c’est d’éviter de créer de nouvelles organisations et de plutôt améliorer les organisations internationales qui existent. Je pense en particulier aux remarques qui ont été faites par l’Argentine sur l’amélioration du comité de sécurité alimentaire de la FAO. Nous sommes évidemment tout à fait d’accord avec l’amélioration de ce comité de sécurité alimentaire. Il faut qu’il soit plus réactif, capable de réagir immédiatement en cas de crise. C’est un point que j’ai évoqué avec Jacques Diouf il y a quelques jours à Rome. Je crois qu’il faut que nous progressions rapidement sur ce point.


Troisième élément de méthode, il est évident que nous devons intervenir dans le cadre du marché et non pas contre le marché. Ce point a été soulevé notamment par Singapour que je remercie de son intervention. Notre objectif n’est pas de remettre en cause le marché, notre objectif, je le redis, est d’améliorer le fonctionnement du marché de façon à avoir une meilleure allocation des ressources. Quand nous regardons la façon dont le marché a fonctionné depuis quelques années, il n’est pas arrivé à donner une bonne allocation des ressources alimentaires dans le monde. Nous ne pouvons pas considérer que le marché a bien fonctionné à partir du moment où nous avons 40 millions de personnes de plus qui souffrent de la faim dans le monde chaque année. C’est un échec du marché, c’est notre échec collectif à tous. A nous par conséquent de trouver des meilleures règles qui permettront d’obtenir une meilleure allocation des ressources.

La quatrième conclusion de méthode à laquelle j’arrive, c’est que les initiatives régionales seront évidemment précieuses pour soutenir les propositions du G20. Cela a été dit notamment par le représentant des Caraïbes, cela a été dit par le représentant de l’Union africaine, par le représentant du Mozambique. Je crois qu’il est très utile de travailler effectivement dans les cadres régionaux. C’est dans les cadres régionaux que nous apporterons les solutions les plus concrètes et sans doute les plus efficaces.

Sur le fond je retiens trois éléments essentiels des propositions et remarques que vous avez faites.

La première remarque est pour me réjouir de voir qu’il y a ici un très large consensus sur l’urgence à réagir pour renforcer la sécurité alimentaire mondiale. Je crois profondément que depuis quelques années nous avons baissé la garde sur ce sujet. Depuis quelques années, nous avons laissé la situation empirer dans beaucoup de pays, en particulier dans les pays en développement, en particulier en Afrique.

Il y a urgence à réagir. L’urgence, elle passe par une meilleure coordination des aides immédiates, cela a été indiqué par le représentant de la Suisse. Cela passe aussi par les solutions régionales que j’évoquais en termes de méthode précédemment. Pourquoi ne pas réfléchir à la réalisation de capacités de stockages régionaux dans les pays en développement, qui permettraient précisément de lutter contre la volatilité des prix ? Lorsque le prix du blé flambe, lorsque le prix du riz flambe, avoir des stocks prépositionnés dans les régions les plus fragiles de la planète, c’est une façon de réagir dans les meilleures conditions possibles. Tous les pays développés ont des capacités de stockage, il n’est pas normal que les pays en développement qui sont ceux sont le plus exposés à la hausse des prix alimentaires n’est pas eux aussi ces capacités de stockage. Nous proposons donc que le G20 réfléchisse à la réalisation de ces capacités de stockage positionnées dans les pays les plus fragiles de la planète. De la même façon, pour réagir rapidement, il nous semble que nous pourrions réfléchir à un encadrement des restrictions à l’exportation que pratiquent un certain nombre de pays. Il existe, dans le cadre de l’OMC, un encadrement des restrictions à l’importation pour éviter le protectionnisme. Nous suggérons qu’il y ait également un encadrement des restrictions à l’exportation. Concrètement, cela voudrait dire qu’un pays en développement, lorsqu’il est confronté à une baisse de sa production et donc enclin à limiter ses exportations pour assurer sa propre alimentation, puisse restreindre ses exportations pour les pays déjà développés mais ne puissent pas le faire pour les pays les plus pauvres de la planète. Admettons que la Russie l’année dernière ait été placée dans un dispositif de ce type là, elle aurait pu limiter ses exportations de blé à destination de l’Union européenne et d’autres pays développés, en revanche elle n’aurait pas eu la possibilité de la faire pour ses exportations de blé à destination des pays les plus pauvres de la planète. Sans doute que la solution aurait été plus efficace. Je propose de travailler à cette proposition là dans le cadre des Nations unies, en liaison étroite avec l’Organisation mondiale du commerce. J’ai eu l’occasion d’en parler avec Pascal Lamy il y a encore peu de temps.

Le deuxième point de fond que je note, c’est la question du protectionnisme et du libre commerce. Je sais bien que ce sera une des questions qui sera au cœur de l’enjeu agricole. Je sais bien aussi les soupçons qui pèsent sur l’agriculture européenne, " une agriculture qui se protège ", " une agriculture subventionnée " comme l’a dit le représentant de l’Argentine, " une agriculture qui fait des retours à l’exportation ". Je veux juste avancer un ou deux arguments sur ce sujet. D’abord, nous recevons parfaitement les arguments de l’Amérique du Sud, que ce soit de l’Argentine, du Brésil, ou d’autres pays amis de l’Amérique du Sud. Et nous comprenons leurs raisonnements et leur présentation du problème. Je voudrais juste indiquer que la France s’est prononcée pour la suppression de toutes les restitutions à l’exportation en Europe. Je crois que l’Europe depuis quelques années a pris conscience que ces restitutions à l’exportation posaient un vrai problème pour les pays en développement. Nous avons pris conscience que les restitutions à l’exportation couvaient un handicap pour la mise en place d’une agriculture autonome dans les pays en développement. Nous en avons conscience. Nous supprimons ces restitutions à l’exportation et nous voulons promouvoir le développement des agricultures autonomes dans les pays les plus pauvres de la planète. J’insiste parce que c’est un des points clés du message que je veux vous adresser aujourd’hui.

Le deuxième élément qui me parait important c’est que nous sommes favorables à l’ouverture commerciale et favorables à une ouverture commerciale qui se fait sur la base de règle de réciprocité. Nous avons en Europe des règles sanitaires, des règles environnementales, des règles de respect du bien être animal qui sont parmi les plus strictes au monde et elles aboutissent à ce que nos agriculteurs ont des coûts de production qui sont particulièrement élevés. Les subventions de la Politique agricole commune ne sont pas faites pour payer les agriculteurs. Elles sont faites pour financer ces règles environnementales, ces règles sanitaires, ces règles de bien-être animal qui sont très couteuses. Je sais que c’est un sujet sensible. Je souhaite pouvoir en parler très rapidement avec les pays les plus concernés, notamment les pays de l’Amérique du sud. Je me rendrai en Argentine et au Brésil dans les prochaines semaines pour avoir une discussion approfondie sur ce sujet-là. Je ne souhaite pas que ces difficultés-là soient un obstacle à des décisions concrètes dans le cadre du G20 sur la sécurité alimentaire mondiale.

Troisième point qui me parait important c’est la question de l’autonomie de la production agricole des pays développés. Les espoirs que nous avions mis dans ce domaine-là ont été déçus. Les ambitions que nous avions placées dans le développement autonome de l’agriculture des pays les plus pauvres ont été déçues. Notre volonté d’arriver à promouvoir une agriculture vivrière, d’arriver à promouvoir du savoir-faire, d’arriver à promouvoir des technologies agricoles avancées dans les pays les plus pauvres et en particulier en Afrique ont été déçus. Je préfère tenir ce langage de vérité que de faire croire que nous avons beaucoup progressé depuis quelques années. A partir du moment où nous n’avons pas rempli les espoirs qui ont été mis en nous et que d’un autre côté la question de la sécurité alimentaire mondiale devient de plus en plus difficile et de plus en plus stratégique il y a urgence à apporter des réponses concrètes. Je le redis nous sommes prêts à développer la coopération technologique, nous sommes prêts à développer la coopération en matière de semences, nous sommes prêts à développer la coopération en matière de recherche climatique, nous sommes prêts à développer la coopération en matière de lutte contre les problèmes sanitaires. Tous ces sujets-là doivent être abordés. La solution n’est pas de voir les pays agricoles les plus puissants de la planète acheter des terres en Afrique ou développer l’agriculture à la place de l’Africain. La solution est de permettre aux pays les plus pauvres d’avoir leur autonomie agricole dans les délais les plus courts possibles.

Les toutes dernières remarques que je voudrais faire pour conclure c’est d’abord pour vous remercier d’avoir assisté aussi nombreux à ce premier débat dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies sur la sécurité alimentaire telle qu’elle sera abordée par le gouvernement français dans le cadre du G20. Je crois qu’avoir autant de représentants avec autant de propositions dans le cadre de l’Assemblée générale des Nations unies est de très bon augure. Je souhaite que dans les semaines à venir nous puissions avancer main dans la main avec l’Assemblée générale des Nations unies. Je vois qu’il y a des problèmes, je vois qu’il y a des interrogations. Il faudra y répondre.

La deuxième remarque est une remarque générale. Les Nations unies ont été créées pour dépasser les intérêts particuliers au profit d’un intérêt général mondial. Il n’y a pas d’intérêt général mondial plus important que la sécurité alimentaire et la lutte contre la faim dans le monde, parce qu’il n’y a pas de liberté possible, il n’y a pas de démocratie possible, il n’y a pas de commerce, de croissance possible sans la sécurité alimentaire pour tous. C’est sur ce chemin-là que je vous propose d’avancer et je vous remercie bien avoir voulu faire les premiers pas ensemble avec moi aujourd’hui./.



Bookmark and Share
Bookmark and Share
Rss
Organisation des Nations Unies Présidence de la République France Diplomatie La France à l'Office des Nations Unies à Genève Union Européenne Première réunion de l'ONU