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10 novembre 2001 - 56ème session de l’Assemblée générale : Discours de M. Hubert Védrine, ministre des Affaires étrangères

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

Mesdames et Messieurs les Chefs d’Etat et de gouvernement,

Mesdames et Messieurs les Ministres,

Mesdames et Messieurs les Délégués,

Monsieur le président, j’ai plaisir à vous féliciter pour votre élection, qui témoigne de l’estime portée à votre pays et à votre personne.

Monsieur le Secrétaire général, venant après votre réélection pour un second mandat, marque de la confiance générale dont vous bénéficiez, le prix Nobel de la paix est un hommage mérité rendu à votre action et, à travers votre personne, à l’organisation des Nations Unies toute entière et l’expression d’une espérance plus forte que jamais.

Je voudrais également, ici à New York, où je me trouve pour la troisième fois depuis la tragédie du 11 septembre, redire ma profonde émotion et rendre hommage au peuple de New York, si durement éprouvé, et à son courageux maire qui achève son mandat.

I. L’ampleur et la gravité sans précédent de l’attaque terroriste du 11 septembre, à New York et à Washington, justifiaient une solidarité sans faille et une réponse exceptionnelle. Le Conseil de sécurité a eu raison de qualifier d’agression cet acte, par sa résolution 1368, adoptée à l’unanimité, et de l’inscrire dans une logique de légitime défense et donc de légitime riposte, conformément à l’article 51 de la Charte.

Dans la mise en oeuvre de leur riposte militaire ciblée contre les organisations terroristes responsables de ces actes, les Etats-Unis bénéficient donc d’une pleine légitimité juridique et politique.

L’action militaire en cours était inévitable. Elle doit se poursuivre jusqu’à ce que tous ses objectifs soient atteints, je l’espère le plus tôt possible au delà des premiers résultats obtenus hier. Les responsables de ces réseaux terroristes et ceux qui les soutiennent doivent être mis hors d’état de nuire.

Mais cette action militaire doit naturellement s’inscrire dans une stratégie d’ensemble, ce qui inclut une action humanitaire immédiate de très grande envergure, mieux adaptée aux populations en détresse et durable. La France a fait sur ce point plusieurs propositions et soutient les initiatives en cours pour une meilleure coordination. Cela inclut aussi une solution politique. Celle-ci doit viser à éviter que la disparition du pouvoir des Talibans ne débouche sur des affrontements fratricides et sur le chaos. Elle doit redonner au peuple afghan la maîtrise de son avenir. C’est l’objet même du plan d’action pour l’Afghanistan, présenté par la France dès le 1er octobre, et d’autres contributions inspirées par les mêmes considérations.

Nous attendons avec intérêt les propositions de Lakhdar Brahimi. Elles doivent tracer, pour les Nations Unies, des grandes lignes d’actions. Sur ces bases, le Conseil de sécurité devrait pouvoir adopter d’ici à quelques jours une résolution - cadre qui endossera les propositions de Lakhdar Brahimi et précisera les modalités du soutien des Nations Unies à la mise en place d’un pouvoir afghan représentatif des différentes composantes de la population. Car il ne s’agit pas de plaquer sur l’Afghanistan une solution toute faite, conçue à l’extérieur. J’appelle toutes les composantes de la Nation afghane et tous les pays voisins à faire prévaloir l’intérêt général de l’Afghanistan et de son peuple. C’est compatible avec la prise en compte des intérêts légitimes des uns et des autres et c’est la seule façon de tourner le dos au passé.

Au delà des actions militaires, diplomatiques et humanitaires immédiates, notre lutte commune contre le terrorisme devra se poursuivre sous toutes ses formes, policières, judiciaires et autres. Dans ce combat difficile, les Nations Unies auront un rôle essentiel à jouer, en fixant des obligations universelles pour chaque Etat et le cadre de notre action. Une série de conventions sont déjà conclues, en particulier celle contre le financement du terrorisme que j’avais proposée ici même en 1999 ; il faut accélérer leur signature et leur ratification. L’Assemblée générale doit achever rapidement la négociation de la convention générale contre le terrorisme. De son côté, le Conseil de sécurité devra accompagner la mise en oeuvre coordonnée par les Etats de la résolution 1373.

L’action contre le terrorisme devra également être menée au sein d’autres organisations, en liaison avec l’ONU et en cohérence avec ses orientations. L’Union européenne vient, pour sa part, de prendre des dispositions sans précédent, pour renforcer entre ses Etats-membres la coopération policière et judiciaire, notamment par la création d’un mandat d’arrêt européen ; un plan d’action ambitieux a été arrêté. Les 29 pays membres du GAFI ont décidé d’étendre la lutte contre le blanchiment d’argent sale à la lutte contre le financement du terrorisme. Au delà, je propose la création d’un forum de dialogue pour aller plus loin dans cette direction. Plusieurs autres organisations auront, elles aussi, un rôle à jouer afin qu’au total chaque pays apporte sa contribution.

II - Mais, au-delà des résultats espérés à court terme, malgré les obstacles, nous ne gagnerons durablement la lutte contre toutes les formes de terrorisme que si nous sommes capables de les priver de leur terreau, de leur retirer les prétextes dont elles se nourrissent fallacieusement, de les éradiquer au sens propre du terme. Cela suppose ni plus ni moins que de changer notre monde. Et que l’on ne dise pas que cela serait donner raison aux terroristes ! En effet, ni mon pays, ni l’Europe, ni les Nations Unies, c’est-à-dire nous tous, n’avons attendu le 11 septembre pour découvrir, pour dénoncer et pour commencer de traiter les plaies du monde. Mais aussi combien de bonnes intentions restées sans lendemain, combien de résolutions inappliquées, d’annonces non concrétisées et qui nourrissent aujourd’hui rancoeurs et antagonismes ! Il ne sert à rien de se scandaliser de la thèse du "choc des civilisations" ou de la nier ; en revanche, il faut de toutes nos forces lutter contre un tel risque, qui n’est pas totalement imaginaire, et contre ceux qui espèrent en faire une réalité.

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