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14 octobre 2004 - 10ème anniversaire de la Conférence internationale sur la population et le développement : Intervention de Madame Nicole Ameline, ministre de la parité et de l’égalité de professionnelle

Monsieur le Président, Madame la Directrice exécutive, Mesdames, Messieurs les Ministres, Mesdames, Messieurs,

Nous voici réunis pour une étape essentielle du développement, dix ans après la Conférence du Caire, événement majeur en matière de population et de développement.

S’interroger sur le développement des populations dans le monde pose indéniablement la question de la résolution de la pauvreté de la communauté internationale ; car, le lien n’est plus à démontrer entre les deux, et lutter contre la pauvreté est une condition essentielle du développement durable. Il a d’ailleurs encore récemment été déclaré dans cette enceinte que la lutte contre la pauvreté était essentielle dans le monde pour la sécurité et la stabilité des pays développés comme des pays en développement. Comment ne pas rappeler ici l’élan donné par les présidents Chirac, Lula da Silva, Lagos, et Zapatero pour le combat contre la faim et la pauvreté dans le monde, qui a donné lieu à une Déclaration formidable à New York le 20 septembre dernier.

Comment ne pas saluer toute l’impulsion donnée par cette mobilisation autour de cette Déclaration. Cette initiative doit être retenue pour les sujets qui nous préoccupent. J’y reviendrai tout à l’heure. Progrès social et développement sont indissociables. Aussi, nous nous associons pleinement à la déclaration qui vient d’être faite par la Présidence de l’Union européenne et tenons à remercier Mme Nafis Sadik, qui a pris l’initiative de la déclaration signée par plusieurs chefs d’Etat, personnalités et institutions en faveur de la mise en oeuvre des engagements pris au Caire voici 10 ans. Madame Nafis Sadik, votre initiative et votre ténacité sont encourageantes et pleines d’espoir ! Nous vivons à l’heure des défis mondiaux. La France construit les liens et la coopération entre les pays, notamment Nord-Sud, dans un esprit de fraternité, pour, comme le souligne le président de la République française, M. Jacques Chirac, "mettre notre partenariat au service d’un monde de justice et de paix, d’un monde de croissance et de bien-être ; d’un monde de responsabilité collective ; d’un monde de partage des savoirs et de respect des cultures et des identités".

Nous portons une nouvelle vision de la solidarité internationale. Nous considérons que le programme d’action adopté à la Conférence internationale sur la population et le développement du Caire a constitué un tournant important dans les politiques démographiques. D’ailleurs, afin de mettre en .uvre ses engagements, plusieurs actions ont été conduites par la France avec ses partenaires des pays en développement. Je voudrais mettre l’accent sur deux d’entre elles. D’abord, dans les partenariats Nord-Sud, en matière de population et développement, mais aussi de la promotion de l’égalité entre les hommes et les femmes, un travail important est aujourd’hui mené avec nos partenaires des pays du Sud. Ces partenariats se développent dans des secteurs variés, tant au niveau institutionnel que sur le terrain et en matière de recherche. Nous avons ainsi engagé une coopération triangulaire efficace entre la France, la Tunisie et le Niger sur la santé des femmes et des enfants dans le district sanitaire de Kollo au Niger.

L’organisation Equilibres et Populations est particulièrement impliquée dans l’expression des besoins des populations et dans leur mobilisation sur les questions de santé de la procréation, en concertation avec les parlementaires. La conférence internationale des parlementaires à Strasbourg les 18 et 19 octobre prochains sur l’application du programme d’action de la Conférence internationale sur la Population et le développement (CIPD) sera l’occasion de réaffirmer notre soutien à la Conférence, à travers la mobilisation de parlementaires du Sud. Nous avons mis l’accent sur l’importance de préserver les acquis de la CIPD et de son programme d’action lors des commissions régionales des Nations unies et de la Commission population et développement consacrée à ce thème en mars dernier. Nous avons d’ailleurs eu l’occasion de le réaffirmer à Genève en janvier 2004.

Nous soutenons également, depuis 1988, la mise en place de partenariats scientifiques de formation et de recherche autour du Centre population et développement (CEPED), qui regroupe l’ensemble des institutions de recherche françaises en démographie et des partenaires de recherche au sud. L’engagement et le travail de coopération de la France sur les questions de population est visible également au niveau international. La France est engagée, depuis longtemps et fermement, en concertation étroite avec nos partenaires européens.

Dans ces domaines, l’action du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) est essentielle. Le FNUAP est, à nos yeux, une agence efficace, active, présente sur le terrain et nous lui adressons tout notre soutien. Sa directrice exécutive, Mme Thoraya Obaid, qui vient d’être reconduite dans ses fonctions pour un nouveau mandat par le Secrétaire général, peut compter sur notre engagement actif dans la promotion et la défense des droits des femmes, notamment lors des conférences régionales sur la population et le droit des femmes. Nous voulons également poursuivre notre appui à l’action du FNUAP sur le terrain. Nous avons déjà réalisé, en 2002-2003, deux projets conjoints sur la mise en .uvre du programme d’action du Caire à Madagascar et en Côte d’Ivoire, ainsi qu’un projet au Maroc sur l’écoute et le soutien aux femmes victimes de violences dans la région de Marrakech. Un projet à caractère régional est en train de voir le jour dans la corne de l’Afrique (Tigré . Erythrée) avec pour partenaire une ONG française (Médecins du Monde) et pour principal financeur le FNUAP.

Mais, la vigilance doit demeurer. Dix ans après la Conférence du Caire les résultats des politiques menées sont très contrastés selon les pays. Si des progrès ont été réalisés, les défis demeurent néanmoins immenses. Dans certains cas, hélas trop nombreux, on n’a observé aucune évolution favorable, en raison de blocages politiques, idéologiques ou religieux. Aussi, je ne peux que me féliciter que le prix Nobel de la Paix ait été décerné à Mme Wangari Maathai.

L’investissement et l’énergie donnés par cette femme pour la préservation et l’amélioration de l’environnement de l’Afrique, mais aussi pour le respect des droits fondamentaux de la personne, en font un symbole et un exemple pour la paix et la démocratie dans le monde, mais aussi pour le développement des populations à travers le nombre d’emplois crées par la reforestation. C’est aussi un formidable espoir et élan pour la mobilisation pour l’avenir. Et, je tiens à saluer, dans cette enceinte des Nations unies, et à travers son action, la formidable énergie déployée par les femmes africaines dans le développement et le respect de l’environnement de leurs pays. Car, face aux nouveaux défis du XXIè siècle - lutte contre la pauvreté, sauvegarde de notre planète, promotion du développement durable, lutte contre les violences, accès aux droits civils universels, accès à des emplois décents
- , nos partenariats doivent s’inscrire dans l’universalité et au service du développement durable des populations.

Je souhaite, dans cette enceinte, souligner quelques thèmes auxquels la France prête une attention toute particulière, en France comme dans le monde. Il s’agit de droits reconnus, acquis et, cependant, nous sommes nombreux à le dire aujourd’hui, ces droits restent à conquérir encore trop souvent dans les faits. Il en est ainsi de la garantie effective des droits des femmes à la santé, notamment le droit en matière de sexualité et de reproduction, élément essentiel de leur autonomie ; mais, c’est aussi le cas avec les droits civiques ou l’élimination des violences à l’encontre des femmes ; ces violences, il faut les nommer, les condamner, qu’elles soient domestiques, sexuelles, même liées à des mutilations sexuelles, qu’il s’agisse de crimes d’honneur ou des violences faites aux femmes pendant les conflits armés. Par ailleurs, je rappelle tout l’intérêt porté par mon pays à la réalisation de l’étude commandée par la 58ème Assemblée générale des Nations unies sur toutes les formes de violences faites aux femmes, telles que définis dans le programme d’action de Pékin. Nous serons très attentifs aux résultats de cette étude, qui seront présentés l’année prochaine, à la 60ème Assemblée générale. L’éducation des filles dans le monde est également un sujet majeur. L’accès au système éducatif et à tous les niveaux doit leur être assuré (les filles représentent les deux tiers des 110 millions d’enfants non scolarisés dans le monde). L’éducation des femmes est aussi importante, elles qui représentent deux tiers du milliard d’adultes analphabètes, notamment en vue de leur meilleure participation aux décisions.

Permettre l’autonomie de la personne, notamment financière, est encore un enjeu important ; et, l’accès à la liberté économique pour les femmes passe parfois par un nouveau partage des responsabilités familiales. Nous devons dès lors, et la France s’y emploie dans ses projets de coopération dont je viens de citer quelques exemples, aider les pays du Sud à assumer leurs engagements internationaux en matière d’égalité entre les hommes et les femmes.

Il ne nous reste plus que dix ans pour atteindre les objectifs fixés au Caire. Les rendez-vous prévus en 2005 seront à cet égard déterminants pour réaffirmer notre engagement en faveur des Objectifs du Millénaire pour le Développement, ainsi que ceux pris dans les grandes conférences, au Caire en 1994, mais aussi à Pékin en 1995, à l’Assemblée générale extraordinaire des Nations unies sur le sida en 2000 et lors du Sommet des enfants à New York en 2001. La réalisation de ces objectifs ne peut pas attendre. En mars 2005 viendra ce rendez-vous important de l’anniversaire des dix ans de la Conférence mondiale sur les femmes, "Pékin plus 10". A cette occasion, nous évaluerons la mise en .uvre des engagements pris par chacun d’entre nous et nous échangerons sur nos expériences et bonnes pratiques. Mais, et c’est là une exigence profonde, la promotion des droits et de la place des femmes dans la société doit progresser, car lorsque les droits fondamentaux des femmes progressent, c’est l’ensemble de la société qui en bénéficie, et c’est la démocratie qui s’affirme dans le monde. C’est pourquoi notre vigilance doit rester intacte ainsi que notre élan pour célébrer "Pékin plus 10".

Cet anniversaire, à l’aube du XXIème siècle, exige de nous une mobilisation nouvelle car, à l’heure où se jouent dans le monde de formidables mutations, à l’heure où se jouent des choix environnementaux décisifs sur le monde que nous voulons laisser à nos enfants, à l’heure où partout dans le monde doivent être réaffirmés les Droits universels de la personne, droits à la dignité et au respect, droit à la diversité, à cette heure cruciale où les rapports entre les hommes et les femmes doivent nous mener sur des changements profonds de société, porteurs de richesse, de démocratie, de croissance et de cohésion sociale, à cette heure là, il nous faut mobiliser toutes nos forces. Je lance ici avec solennité l’initiative "Partenaires pour Pékin" pour permettre, dans le respect de nos différences, d’envisager cette Plate-forme de Pékin au regard des nouveaux enjeux et défis de ce nouveau siècle. La "Plate-forme Pékin plus 10" est porteuse de toute une modernité dans les enjeux que traversent aujourd’hui les grands débats de ce début de siècle : lutte contre la féminisation de la pauvreté dans le monde, lutte contre les violences faites aux femmes, notamment dans les conflits armés, défense des droits reproductifs et accès aux services de santé, sauvegarde de notre planète et développement durable, accès à des emplois décents, garantie des droits civils de la personne humaine, représentativité des femmes dans les instances de décisions. Il s’agit, à travers de l’initiative "Partenaires pour Pékin" de manifester, aux côtés des Nations unies, notre volonté de vigilance et de projets pour que la dynamique d’égalité entre les femmes et les hommes dans nos sociétés permette des avancées fortes dans tous les domaines.

Je suis venue vous dire que la France est déterminée pour faire des défis de ce nouveau siècle non seulement un progrès pour nos sociétés, un progrès pour nos démocraties, mais aussi un progrès pour l’humanité. Et, comme Gabriel Garcia Marques "Ne nous demandons pas ce que le siècle peut nous apporter, disons-nous qu’il attend tout de nous".

Je vous remercie.



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