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2 novembre 2000 - Point 179 : Examen du problème du virus de l’immunodéficience humaine et du syndrome d’immunodéficience acquise sous tous ses aspects : Intervention de M. Jean-David Levitte, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Je souhaiterais m’exprimer à titre national, pour évoquer un sujet particulier, celui de l’accès aux soins pour les personnes infectées par le VIH/SIDA dans les pays en voie de développement.

Il y a près de trois ans, le 7 décembre 1997 à Abidjan, le Président de la République française, M. Jacques Chirac a déclaré, je cite :

"La parole dont je suis porteur se veut celle d’une France qui ne peut rester silencieuse devant le cataclysme humain que l’épidémie de Sida est en train de provoquer... La faiblesse de nos armes ne doit pas servir d’argument, ni au renoncement, ni au fatalisme... comment pourrions-nous continuer à invoquer les droits de l’homme et la dignité humaine dans les enceintes internationales si, à l’abri des meilleures raisons, nous acceptons que des millions de malades restent privés des thérapies les plus efficaces ? Nous devons tout faire pour que le bénéfice des nouveaux traitements soit étendu aux peuples d’Afrique et du reste du monde, là où les populations sont les plus meurtries par la maladie...".

Plus de 34 millions de personnes sont infectées par le VIH/Sida. 70 % vivent en Afrique subsaharienne. 18 millions de personnes, déjà, sont mortes.

L’apparition de traitements permettant une prolongation spectaculaire de la vie des séropositifs a provoqué une prise de conscience : il est médicalement possible, et donc moralement nécessaire, de traiter les malades, qu’ils vivent au sud ou au nord, et il n’est plus justifié de se limiter à la seule prévention de la maladie.

Mais les malades dans les pays en voie de développement demeurent encore largement exclus de l’accès aux traitements, victimes sans voix de l’inégalité.

La France n’ignore aucune des difficultés techniques, financières et économiques qui expliquent la situation actuelle : nous sommes depuis 15 ans maintenant engagés dans la lutte contre le Sida en Afrique subsaharienne, et depuis plusieurs années nous y luttons en faveur d’un meilleur accès aux soins pour les personnes infectées dans les pays du Sud. Et c’est ce combat difficile qui nous convainc qu’il faut faire plus, beaucoup plus.

Les choses bougent et nous pensons que le moment est approprié pour ouvrir le dialogue. J’en veux pour preuve l’annonce, cette semaine, par le gouvernement du Sénégal, qu’un accord était intervenu avec plusieurs compagnies pharmaceutiques, se traduisant par une baisse sensible du coût des médicaments. C’est là une étape très importante et la première traduction concrète de l’annonce faite il y a plusieurs mois par certaines compagnies pharmaceutiques, à la suite de consultatations menées avec ONUSIDA et ses co-parrains. Je voudrais saluer les efforts du gouvernement sénégalais et le travail d’ONUSIDA, qui nous renforce dans notre conviction que nous pouvons, nous devons agir.

La France a proposé, lors de la réunion du Conseil de Sécurité de janvier dernier consacrée au Sida en Afrique, l’organisation d’une réunion internationale sur l’accès aux soins de l’infection du VIH/Sida, sous les auspices des Nations Unies.

Ce projet vise à organiser un dialogue avec tous les partenaires concernés (bailleurs de fonds bi et multilatéraux, gouvernements du Nord et du Sud, représentants du secteur privé, associations des malades). Ensemble, ils auront ainsi la possibilité d’analyser la situation, d’identifier les obstacles, de s’informer des meilleures pratiques et, de proposer des mesures concrètes pour assurer un meilleur accès aux soins.

Cette réunion devra traiter toutes les questions touchant à l’accès aux soins, depuis les stratégies de dépistage jusqu’à l’accompagnement psychosocial des malades, en passant par la prévention et le traitement des maladies opportunistes associées, la prévention de la transmission mère-enfant et le traitement de la diminution des défenses immunitaires.

Cette réunion devrait être organisée en 2001. Elle s’inscrira dans le cadre de la préparation ou, plus probablement, du suivi de la session extraordinaire de l’Assemblée générale. La date et le lieu seront définitivement arrêtés d’un commun accord avec les acteurs impliqués dans sa préparation, en particulier ONUSIDA et l’OMS.

Il ne s’agit pas de proposer une nouvelle réunion pour le plaisir d’ajouter à un agenda international déjà particulièrement chargé. Il ne s’agit pas non plus d’oublier la prévention, qui doit rester l’axe prioritaire des politiques de lutte contre le Sida.

Il s’agit pour nous de répondre concrètement à nos partenaires du Sud qui revendiquent un meilleur accès aux soins pour leurs malades. Il s’agit d’organiser le dialogue, de le structurer pour identifier les actions à entreprendre et à développer.

Je voulais saisir l’occasion de ce débat pour confirmer l’engagement de la France et sa détermination à faire aboutir ce projet, en partenariat avec toutes les agences onusiennes compétentes.



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