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27 septembre 1999 - Petits Etats insulaires en développement (PEID) : Intervention de M. Alain Dejammet, représentant permanent de la France auprès des Nations unies

La phase de préparation de cette session extraordinaire a montré l’attachement de la communauté internationale au Programme d’action adopté à la Barbade en 1994, et nous partageons la conviction des petits Etats insulaires en développement (PEID) que ce document, qui mettait en lumière leur fragilité écologique et leur vulnérabilite economique, conserve toute sa validité et constitue toujours un cadre approprié pour leurs stratégies nationales de développement durable.

Beaucoup de progrès ont été accomplis depuis 5 ans, et je souhaite ici rendre hommage aux politiques courageuses menées par de nombreux petits Etats insulaires pour surmonter leurs handicaps structurels. Sur le plan environnemental, la formulation de plans d’action et de stratégies nationales, le renforcement des capacités institutionnelles et de la législation pertinente méritent d’être salués. Pour autant, la mise en oeuvre effective du Programme d’action a été freinée par les difficultés économiques auxquels nombre de petits Etats insulaires ont été confrontés ces dernières années, par leur manque de ressources humaines qualifiées et par la faiblesse de leurs capacités administratives. Dans ce contexte, l’aide extérieure demeure une ressource indispensable pour la grande majorité des PEID, et la France entend continuer à les appuyer comme elle l’a fait dans le passé.

Je voudrais rappeler à cet égard que la France est le troisième donateur mondial avec une aide publique au développement de près de 6 milliards de $, soit 0,4 % de son PIB en 1998, ce qui représente d’assez loin l’effort relatif le plus important des pays du G7. Cet effort vise prioritairement les plus pauvres, en particulier les pays les moins avancés, mais la vulnérabilité est également un critère pris en compte dans l’allocation de l’aide française.

La France a entrepris depuis le début de l’année 1998 une réorganisation de ses structures en matière de coopération au développement. Cette réforme aboutit à concentrer l’aide bilatérale, qui représente 75 % de l’aide totale, sur une " Zone de solidarité prioritaire " qui est définie et périodiquement mise à jour par un comité interministériel sous l’autorité du premier Ministre. Cette liste comprend les petits Etats insulaires en développement suivants : Vanuatu, la Dominique, la Grenade, Sainte Lucie, Saint-Christophe-et-Niévès, Saint-Vincent- et-les Grenadines, Haiti, Cuba, la République Dominicaine, ainsi que tous les petits Etats insulaires africains, c’est-à-dire Cap-Vert, les Comores, Maurice, Sao Tomé-et-Principe et les Seychelles. Les petits Etats insulaires ne figurant pas sur cette liste peuvent cependant bénéficier de soutiens par l’intermédiaire de certains instruments spécifiques comme le Fonds français pour l’environnement mondial, le Fonds Caraïbe et le Fonds Pacifique.

La France est l’un des principaux bailleurs de fonds des petits Etats insulaires en développement (PEID). En 1996, dernière année pour laquelle le Secrétariat dispose de données complètes, elle leur a alloué plus de 110 millions de $, dont les principaux bénéficiaires ont été Haiti, les Comores, Sao Tomé-et-Principe, Vanuatu, Sainte-Lucie, Maurice et le Cap-Vert. Il s’agit d’une aide très diversifiée à la fois sur le plan géographique, puisqu’elle concerne les Etats insulaires des trois océans, et en ce qui concerne la nature des projets eux-mêmes, qui s’efforcent de rester au plus près des préoccupations des Etats insulaires.

La France accorde une attention spécifique aux petits Etats insulaires en développement. L’Agenda 21 et le programme d’action de la Barbade ont mis en lumière la vulnérabilité particulière liée à l’insularité et les besoins qu’elle génère. La situation géographique des Départements et des Territoires français d’outremer dans les Caraïbes, dans l’Océan Indien et dans le Pacifique nous permet non seulement de comprendre les handicaps et les atouts des PEID mais aussi de développer avec eux des relations de coopération de toute nature : alerte et assistance en cas de catastrophes, aide technique en matière d’éducation, de formation, de santé, de gestion de l’environnement... Dans chacune des trois zones précitées, la France a adhéré aux organisations régionales qui réunissent les Etats voisins de ses départements et territoires d’outre-mer.

En ce qui concerne les financements multilatéraux, qui représentent 25 % de l’aide française, une part déterminante revient aux financements de l’aide de l’Union Européenne. Pour la période 1996-2000, plus d’1 milliard d’Euros (soit autant de dollars des Etats-Unis) devraient être affectés aux Etats insulaires de la région ACP. Près du quart de cette somme sera financée par la France dans le cadre de sa contribution au Fonds Européen de Développement.

Monsieur le Président,

5 ans après l’adoption du Programme d’action de la Barbade, chacun s’accorde à reconnaître que beaucoup reste à faire sur la voie du développement durable des petits Etats insulaires en développement. Ceux-ci sont en effet confrontés à des défis majeurs : préservation de leur milieu marin contre des pollutions diverses, raréfaction de l’eau douce, augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles, adaptation aux changements climatiques et à l’élevation du niveau de la mer, intégration à l’économie mondiale et diversification de leurs exportations... La France considère que l’application du Programme d’action de la Barbade ne sera possible que si chacun assume ses responsabilités. Les Etats insulaires doivent élaborer des stratégies nationales et régionales de développement durable adaptées et mettre en place un environnement interne (à la fois politique, économique, social, écologique et juridique) favorable à leur application. Ils doivent également reconnaître que l’adoption d’une approche intégrée du développement qui accorde l’attention voulue à tous les domaines d’activité du Programme d’action ne les dispense pas d’établir des priorités à l’intérieur de ces domaines. De leur côté, les pays donateurs doivent inverser la tendance à la baisse de leur aide au développement et fournir aux petits Etats insulaires les ressources substantielles qui leur sont nécessaires pour renforcer leurs capacités nationales. Ils doivent également améliorer leur coordination avec les autres bailleurs de fonds afin de maximiser l’impact de leur aide. Pour sa part, la France est décidée à renforcer son partenariat avec les petits Etats insulaires en développement pour que son aide, tant bilatérale que multilatérale, soit encore plus efficace et mieux adaptée à leurs besoins.



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