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31 octobre 2005 - Mémoire de l’Holocauste : Intervention de M. Philippe Douste-Blazy

Mesdames, Messieurs,

Au moment où je prends la parole au nom de la France devant cette Assemblée, permettez-moi de dire l’émotion que je ressens. Parler de l’Holocauste n’est en effet ni banal, ni anodin. Primo Levi l’a dit dans son œuvre magistrale, Si c’est un homme, c’est la question de l’homme, de sa dignité et de sa liberté qui est en jeu avec la Shoah. Nous qui sommes réunis dans cette enceinte, nous sommes tous liés par la mémoire et l’histoire de l’Holocauste : l’Organisation des Nations Unies (ONU) est en effet née du refus de la barbarie et de la violence nazie. Elle porte, dans sa Charte fondamentale, les valeurs qui nous rassemblent et qui fondent cette Assemblée, des valeurs qui sont marquées par le refus de l’œuvre l’extermination, des valeurs qui rejettent avec force ce qui s’est alors produit en Europe. La force du multilatéralisme, dont cette enceinte est l’expression, est de fonder l’avenir des peuples en tirant toutes les leçons du passé. Certains ont pu dire, après la Shoah, qu’ils ne savaient pas ; aujourd’hui, il n’est plus possible de dire qu’on ne savait pas.

Faire mémoire de l’Holocauste aujourd’hui relève de notre pleine responsabilité. C’est fonder notre avenir sur la connaissance et la claire conscience du passé, c’est aussi défendre une certaine idée de l’Homme.

La France, comme tous ses partenaires européens, a vigoureusement appuyé la tenue de la session spéciale de janvier dernier qui a commémoré le 60ème anniversaire de la libération des camps de concentration nazi.

Il y a 60 ans en effet, les alliés mettaient fin avec épouvante à l’horreur des camps d’extermination, de ces lieux de mort dont les noms doivent rester gravés à jamais dans notre mémoire : Belzec, Sobibor, Majdanek, Treblinka, Auschwitz.

Ce 60ème anniversaire a donné lieu tout au long de cette année à des événements et à des commémorations, dont la plus marquante a été la cérémonie internationale d’Auschwitz. Tous ces événements ont été destinés à marquer avec force le devoir de mémoire qui s’impose à la communauté internationale.

Face à un " mal radical ", face à un projet d’extermination systématique, face au négationnisme qui apparaît parfois ici ou là, c’est à l’humanité tout entière que s’impose le souvenir et la vigilance. C’est donc à cette Assemblée, traduction de la conscience universelle, mais aussi de la volonté de paix et de concorde entre les nations, qu’il revient de délivrer un message clair. C’est ce que nous avons voulu signifier le 27 janvier dernier dans cette enceinte. C’est ce que nous voulons dire et réaffirmer aujourd’hui.

La France, tout comme l’ensemble de ses partenaires européens, co-parraine ce projet de résolution sur l’Holocauste.

Deux raisons essentielles motivent cet engagement. La première est liée au devoir de mémoire. En juillet 1995, le président de la République, Jacques CHIRAC, dans son discours au Vel d’Hiv, affirmait la responsabilité de l’Etat français dans sa collaboration avec l’occupant dans son œuvre de destruction. Il affirmait alors avec force un principe imprescriptible, le souvenir collectivement assumé. Il affirmait également une exigence éthique, la mémoire communément partagée.

Mon pays a ainsi été à l’initiative de la reconnaissance du 27 janvier comme Journée internationale de commémoration de la Shoah. Cette initiative a été adoptée en 2002 par le conseil de l’Europe et a été depuis lors reprise par nombre d’Etats et d’autres organisations internationales, notamment l’OSCE.

Les Nations Unies à travers le projet de résolution présenté aujourd’hui, viennent saluer l’adoption du 27 janvier comme journée internationale de commémoration à la mémoire des victimes de l’Holocauste.

Mais une autre raison conduit aujourd’hui la France à approuver pleinement l’initiative présentée. Le devoir de mémoire, 60 ans après le drame, doit désormais s’orienter vers les nouvelles générations. Les derniers survivants de la Shoah sont en train de disparaître. Ils ne sont plus qu’une poignée. Poursuivre le devoir de mémoire passe aujourd’hui et passera encore davantage demain par le devoir d’éducation. Pour qu’un crime analogue au génocide ne se reproduise pas dans l’avenir, la flamme de la mémoire ne doit pas s’éteindre et doit être transmise de génération en génération.

C’est plus qu’une exigence imposée par la barbarie du passé, c’est une responsabilité devant l’Histoire. Mon pays a développé depuis longtemps le principe d’un enseignement sur la Shoah dans notre système scolaire. La France, d’autre part, s’efforce de promouvoir dans toutes les enceintes européennes ce thème prioritaire. Elle le fait au sein du groupe d’action international sur la Shoah (" ITF "), créé au lendemain de la déclaration de Stockholm de janvier 2000. Elle l’a fait au sein des conférences de l’OSCE de l’année 2004 et elle a pris l’initiative au sein de l’Union européenne d’un dialogue des Ministres de l’éducation sur ce sujet.

La Communauté internationale a déjà fait - et nous nous en félicitons - un pas important, sur le plan juridique, en adoptant la convention sur la répression du crime de génocide. Mais c’est aussi par la pédagogie, par le contact régulier avec les lieux de mémoire, par l’éducation que nous devons éveiller les générations futures. Partout dans le monde, ces actions peuvent aider à combattre l’intolérance religieuse, le racisme, les incitations à la violence et les discriminations. En même temps qu’elle s’enracine dans l’Histoire, cette éducation des jeunes générations engage l’avenir du monde et le futur des Hommes.

Aussi, il est nécessaire qu’à la fin de cette année 2005, les Nations Unies, après avoir marqué avec éclat la célébration du 60ème anniversaire de la Shoah, adoptent le projet qui vous est présenté aujourd’hui. Ce texte marque la reconnaissance par beaucoup d’Etats du 27 janvier comme Journée de la commémoration et consacre le caractère international de cette Journée. Il a également le grand mérite d’appeler les Etats à prolonger cette journée du souvenir par un travail dans le domaine de l’éducation, à destination des générations futures. Le devoir de mémoire nous oblige aujourd’hui à la vigilance et il nous engage à l’action. Il n’est jamais acquis, il est une œuvre sans cesse recommencée. Il exige la mobilisation des Etats en même temps que celle de tous les hommes de bonne volonté engagés dans l’éducation et la formation des jeunes générations. C’est pourquoi nous apportons notre soutien au projet soumis aujourd’hui à l’Assemblée générale des Nations Unies./.



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