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6 septembre 2000 - Assemblée Générale - Sommet du Millénaire : Discours de M. Jacques Chirac, Président de la République

Monsieur le Président, Monsieur le Secrétaire général,

Je voudrais tout d’abord m’associer à l’hommage rendu par votre Assemblée, à la demande du Secrétaire général, aux agents de l’ONU qui ont été assassinés au Timor occidental.

Le temps a changé de rythme. Une génération a suffi pour qu’apparaisse un monde nouveau. Un monde qui garde les cicatrices du passé, et où perdurent, hélas, les crises et les conflits. Mais un monde déjà dans le futur. Un monde ouvert où les frontières s’estompent, un monde imprégné d’une culture globale inédite, celle des technologies de la communication. Un monde riche de promesses et d’avancées fulgurantes, mais un monde qui invente aussi, hélas, de nouvelles exclusions.

Ce monde qui se dessine sous nos yeux a besoin de règles, de principes, d’ambitions communes. C’est pourquoi ce Sommet arrive à son heure. Il s’agit de bâtir, ensemble, une nouvelle société internationale plus civilisée, plus solidaire, plus juste, plus maîtrisée. Et l’ONU est le creuset naturel de cette entreprise.

Il s’agit de faire vivre une éthique pour le XXIème siècle, une éthique au service de l’Homme, de sa dignité et de ses droits.

Et ce combat pour l’éthique est d’abord un combat pour la paix et pour la démocratie.

La paix, parce qu’elle est le bien le plus précieux des peuples. La paix, qui doit sans cesse être consolidée, par des efforts redoublés en faveur de la non-prolifération et du désarmement et la ratification universelle du Traité d’interdiction des essais nucléaires, l’ouverture de nouvelles négociations pour lutter contre les armes biologiques, balistiques, mais aussi contre les petites armes. La paix, qui appelle la réforme de l’ONU qui est chargée de son maintien, et qui appelle notamment l’élargissement, dans ses deux catégories de membres, du Conseil de sécurité. Et la France est attachée à cette réforme indispensable.

La démocratie, parce que seule elle assure le respect des Droits de l’Homme et de sa dignité, parce qu’elle est le chemin le plus sûr vers la stabilité, le développement et le progrès partagés. Le plus sûr moyen, aussi, de garantir la paix.

Ce combat pour l’éthique doit être mené par tous. Par les Etats, mais aussi par les associations, les entreprises, les médias, qui sont les nouveaux acteurs et qui s’affirment sur la scène internationale. Parce qu’il est global, notre monde a besoin d’instances qui travaillent ensemble pour mieux le maîtriser et pour faire progresser nos idéaux.

Et d’abord la solidarité. La richesse créée par la mondialisation doit se traduire par davantage de solidarité. Eradiquer la faim, la pauvreté, la maladie doit rester une priorité entre les priorités. Les moyens existent. Ayons la volonté et le courage de les mettre en œuvre, conformément à l’engagement que nous avons pris ensemble.

Ensuite, le combat pour un meilleur environnement et pour la sauvegarde des richesses de notre planète. Des politiques concertées pour préserver la diversité des cultures et des langues, qui fondent l’identité de nos peuples. La volonté d’agir, sans relâche, contre l’insécurité, en particulier en s’attaquant à tous les fléaux sans frontière : le terrorisme, le crime organisé, la drogue. La volonté, aussi, de lutter efficacement contre les grandes pandémies, et notamment le SIDA.

Sur tous ces sujets, essentiels pour les habitants de notre planète, nous ne pourrons progresser qu’ensemble, dans un esprit de responsabilité partagée.

Notre monde, qui reste secoué par des crises politiques, économiques, financières, notre monde ne souffre pas d’un excès de règles, mais de la difficulté à faire évoluer le droit et les pratiques internationales au rythme des changements et des progrès.

Pour construire un ordre adapté aux exigences de notre temps, nous avons besoin de renforcer et de mieux faire vivre ensemble les grandes institutions que sont le Fonds monétaire international, la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du Commerce, et naturellement et d’abord l’ONU.

Nous le savons : l’ONU joue un rôle majeur. Forte d’un demi-siècle d’existence, universelle, démocratique, elle est irremplaçable. Permettons-lui de s’adapter au monde d’aujourd’hui. En modernisant les méthodes de l’Assemblée générale, qui est en quelque sorte le Parlement du monde. En appuyant fermement les réformes engagées avec courage et efficacité par notre Secrétaire général, M. Kofi Annan, à qui je tiens à rendre un hommage particulier. En tirant profit de la révolution de l’information. En apportant, enfin, les ressources nécessaires, comme le font d’ailleurs les pays de l’Union européenne, pour plus du tiers du budget et la moitié du financement des fonds et programmes de l’Organisation. C’est ainsi que l’ONU aura la capacité de remplir ses missions et de peser, dans le bon sens, sur le cours du monde.

En ce qui la concerne, l’Union européenne, acteur majeur de l’économie mondiale et des institutions multilatérales, a la ferme intention d’assumer toujours mieux ses responsabilités au service de la paix. Elle s’en donne les moyens, car c’est en s’affirmant qu’elle contribue à l’émergence d’un monde plus divers, plus équilibré, plus solidaire et surtout plus pacifique.

Monsieur le Président,

Monsieur le Secrétaire général,

La mondialisation, nouvelle étape de l’aventure humaine, nous met au défi de réinventer l’action politique à l’échelle planétaire, une action politique inspirée par l’intelligence, le courage et le cœur. Nos peuples attendent beaucoup de nous. Je souhaite que ce Sommet du Millénaire permette d’avancer sur le chemin de la paix, de la liberté, de la solidarité, de la sécurité et du développement.

Je vous remercie.



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