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13 octobre 2008 - Questions de politique macroéconomique et financement du développement - Points 47 b-d et 48

Intervention prononcée par M. Philippe DELACROIX, Secrétaire général de la Présidence française de l’Union Européenne à New York

Madame la Présidente,

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne.

Dans ce discours, nos remarques porteront sur les thèmes couverts par les points 47 concernant les Questions de politique macroéconomique et 48 concernant le Suivi et la mise en oeuvre de la Conférence internationale de Monterrey sur le financement du développement.

Nos discussions sur ces points de l’ordre du jour s’engagent dans un contexte particulier cette année. Elles s’inscrivent dans la perspective générale des débats en vue de la Conférence de Doha sur le financement du développement. En 2002, la conférence de Monterrey avait permis de réfléchir à la façon de maximiser les moyens mobilisés au service de l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement dans les pays du Sud. Elle a débouché sur le Consensus de Monterrey, qui constitue aujourd’hui la référence la plus globale en termes de financement du développement et des politiques qui y sont liées.

L’UE réaffirme son attachement à la mise en œuvre du Consensus de Monterrey. Elle le considère comme le fondement du partenariat mondial dans le cadre duquel la communauté internationale doit travailler à la promotion du développement durable et à la réalisation des objectifs de développement agréés au niveau international (IADGs), dont les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Ce n’est que par un véritable esprit de partenariat, de participation conjointe que les buts et objectifs du Consensus de Monterrey peuvent être atteints. Nous réitérons notre attachement au Consensus, qui doit demeurer le texte de référence et n’être ni renégocié, ni réécrit.

Le document qui sera adopté à Doha et que nous sommes en train de négocier sera l’aboutissement du processus d’examen que les co-facilitateurs ont mené au cours de l’année. L’Union européenne les remercie pour avoir conduit ce processus de manière positive et efficace. D’autres réunions ont également été en mesure d’enrichir la conférence de suivi : la réunion de printemps de l’ECOSOC avec les institutions de Bretton Woods, l’OMC et la CNUCED ; le Forum de coopération pour le développement pendant la session de fond de l’ECOSOC en Juillet ; le Forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide qui a eu lieu à Accra, en Septembre, qui a souligné la nécessité d’améliorer l’architecture de l’aide et son efficacité ; les réunions de haut niveau relatives aux besoins de l’Afrique en matière de développement et à la réalisation des objectifs du Millénaire pour le développement qui ont permis de déboucher sur des résultats concrets.

Nos travaux doivent s’effectuer à la lumière du contexte d’aujourd’hui. De nouvelles opportunités se sont créées pour le financement du développement comme l’apparition de nouveaux bailleurs, étatiques ou privés. Toutefois sont apparus dans le même temps de nouveaux défis qui se manifestent aujourd’hui par la crise alimentaire, la crise énergétique, la crise financière, l’accroissement des inégalités, l’amplification des mouvements migratoires, les dégâts causés à notre environnement et le changement climatique. Tous ces phénomènes, dont les plus pauvres sont les premières victimes, risquent de remettre en cause les progrès indéniables qui ont été accomplis depuis 2002, en terme de croissance économique, de réalisation des OMD et in fine, de l’amélioration des conditions de vie des individus.

Nous devons par ailleurs prendre en compte les profondes mutations du contexte mondial et l’accélération du rythme des évolutions que la mondialisation provoque. A cet égard, notre système multilatéral, mis en place au milieu du siècle dernier, ne semble plus en mesure d’effectuer les régulations exigées par notre monde globalisé, éclaté en même temps en un grand nombre d’Etats aux réalités extrêmement différentes, et confronté à des problèmes qui relèvent du concept de bien public mondial, pour lesquels seule une réponse concertée peut être apportée. L’Union européenne souhaite que les résultats de la Conférence de Doha soient à la hauteur de ces enjeux.

Madame la Présidente, l’Union Européenne apportera une contribution ambitieuse et constructive à la conférence de Doha. Permettez-moi d’attirer votre attention sur certains défis qui paraissent particulièrement importants, tant au regard du suivi du financement du développement que de celui des principales questions macroéconomiques :

- Comme cela est inscrit dans le Consensus de Monterrey, chaque pays développé ou en développement a la responsabilité principale de son propre développement, le rôle des politiques et stratégies de développement national est essentiel pour la mobilisation des ressources nécessaires au développement. A cet égard, cela suppose qu’un environnement favorable soit mis en place. Cela passe notamment par des politiques macroéconomiques saines et des marchés financiers stables, des mesures renforçant la bonne gouvernance dans toutes ses dimensions, la transparence, la redditionalité, la création de conditions favorables pour l’épanouissement d’un secteur privé productif créant des emplois, etc. Cela signifie également de lutter contre la corruption, l’évasion fiscale, et renforcer les systèmes fiscaux nationaux, afin que l’Etat puisse collecter les revenus nécessaires au financement du développement. L’action de la communauté internationale permet de soutenir ces efforts, en complément des actions entreprises par les Etats eux-mêmes.

- Les investissements directs à l’étranger sont un complément important aux investissements publics. Afin d’assurer le maintien et le renforcement durable des flux d’investissements directs, des efforts doivent continuer à être faits pour atteindre un climat d’investissement transparent, stable et prévisible. Les investissements publics dans les infrastructures de base, le développement du capital humain et des capacités institutionnelles sont également autant d’éléments pertinents pour une croissance économique soutenue. La coopération régionale peut jouer un rôle non négligeable dans ce domaine.

- S’agissant du commerce international, qui sera traité par notre commission ultérieurement, permettez-moi de rappeler que l’UE est résolue à aboutir à un résultat ambitieux, équilibré et global, orienté vers le développement et pour un système multilatéral commercial universel, fondé sur des règles bien établies, ouvert, non discriminatoire et équitable. Pour aboutir sur le cycle de Doha, un engagement de tous sera nécessaire. Deux point paraissent par ailleurs importants : le renforcement de l’aide pour le commerce et l’appui au développement du commerce régional, y compris à travers la coopération Sud-Sud, et sans oublier les besoins spécifiques des Pays les Moins Avancés.

- L’UE réaffirme l’ensemble des engagements qu’elle a pris en matière d’APD. Cette dernière joue un rôle unique, notamment pour mobiliser d’autres flux financiers. Il convient par ailleurs de prendre en compte la nouvelle architecture de l’aide : nouveaux bailleurs, publics et privés, développement de la coopération Sud/Sud. La qualité de l’aide est un autre volet particulièrement important, en faveur de laquelle l’UE s’est résolument engagée. A cet égard, les résultats obtenus à Accra doivent permettre d’aller de l’avant pour améliorer son efficacité. Par ailleurs, la phase pilote des mécanismes de financements innovants a donné des résultats positifs et l’UE appelle à un changement d’échelle dans ce domaine et de nouveaux partenariats pour mobiliser davantage de ressources pour le développement.

- Des avancées significatives ont été accomplies dans le domaine de la mise en œuvre du consensus de Monterrey au chapitre de la dette. L’allégement de la dette, avec d’autres facteurs, a contribué à libérer des ressources nationales supplémentaires pour les dépenses publiques dans des domaines cruciaux pour le développement et la réduction de la pauvreté. Les efforts accomplis doivent être consolidés pour faire face au défi de la soutenabilité de la dette, pour approfondir le dialogue avec les bailleurs émergents et traiter de la question des créanciers procéduriers

- La crise alimentaire actuelle témoigne de la complexité des facteurs contribuant à la sécurité alimentaire (production agricole mais également revenus) et de la nécessaire approche multidimensionnelle et coordonnée qui doit présider à la réponse à apporter à ce défi, à court, moyen et long terme. Un partenariat mondial pour l’agriculture et l’alimentation doit ouvrir un espace de dialogue, de coordination et de mobilisation de tous les acteurs concernés : la sécurité alimentaire dépend des politiques publiques et de l’action du secteur privé, des acteurs du Nord comme du Sud, des gouvernements et des professionnels au premier rang desquels les agriculteurs. Les efforts de coordination de l’action des agences multilatérales menés par l’équipe spéciale de haut niveau sur la sécurité alimentaire sont à saluer. Ils doivent se poursuivre. Les agences bilatérales doivent suivre l’exemple en améliorant également leur coordination.

Madame la Présidente,

La crise financière actuelle qui secoue de nombreux pays montre l’interdépendance des économies et souligne la nécessité de repenser les modes de régulation collective. L’Union européenne est pleinement mobilisée pour assurer la sécurité et la stabilité du système financier. A plus long terme, la question d’une rénovation de la gouvernance économique mondiale est donc posée, plus adéquate pour traiter des nouvelles réalités du monde.

Enfin, l’Union européenne est pleinement engagée à traiter des questions nouvelles et émergentes, ainsi que du financement nécessaire pour y répondre, y compris à travers des mécanismes de financement innovants, notamment dans le domaine du changement climatique, de la sécurité alimentaire et énergétique.

L’Union européenne est donc fortement engagée pour faire de Doha un succès. Elle ne ménagera pas ses efforts pour aboutir à un document de consensus, avec l’ensemble des partenaires.

Je vous remercie.



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