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10 novembre 2008 - Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire - Point 65 - Intervention prononcée au nom de l’Union européenne par S. E. M. Jean-Maurice Ripert


Renforcement de la coordination de l’aide humanitaire et des secours en cas de catastrophe fournis par les organismes des Nations unies, y compris l’assistance économique spéciale - Point 65
Intervention prononcée au nom de l’Union européenne par S. E. M. Jean-Maurice Ripert, Ambassadeur, Représentant permanent de la France auprès des Nations unies

Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de prendre la parole au nom de l’Union européenne.

La Turquie, la Croatie et l’ancienne République yougoslave de Macédoine*, pays candidats, l’Albanie et le Monténégro, pays du processus de stabilisation et d’association et candidats potentiels, ainsi que l’Ukraine et l’Arménie, se rallient à la présente déclaration.

Permettez-moi, M. le Président, de remercier en premier lieu le Secrétaire Général adjoint pour les affaires humanitaires pour les rapports soumis à cette séance. L’Union européenne réitère son plein soutien à M. John Holmes ainsi qu’à l’ensemble des équipes du BCAH, dont le rôle, tant au siège que sur le terrain, est essentiel pour la bonne coordination des acteurs humanitaires.

Conflits, catastrophes naturelles, changement climatique, raréfaction des ressources et concurrence accrue pour y accéder, les crises humanitaires touchent hélas encore de plein fouet les populations civiles partout dans le monde. L’Union européenne s’est dotée en décembre 2007 d’un cadre de référence pour son action humanitaire : le " Consensus européen sur l’aide humanitaire " . L’action de l’Union dans ce domaine est fondée sur le respect des principes et du droit international humanitaire. Elle s’inscrit dans une approche " partenariale " entre les différents acteurs, dans les diverses phases de l’aide (diagnostic, mise en œuvre, préparation aux catastrophes, gestion des crises et reconstruction) et reconnaît le rôle de coordination des acteurs qui incombe aux Nations Unies, tout en insistant sur la responsabilité première des Etats eux-mêmes. L’Union européenne tient à exprimer sa gratitude et sa solidarité aux personnels humanitaires qui, souvent au péril de leur vie et dans des conditions de plus en plus difficiles, se portent au secours des populations victimes des crises. L’Union réitère son attachement au respect des principes humanitaires d’humanité, de neutralité, d’impartialité et d’indépendance. Le respect de ces principes est essentiel pour que les acteurs humanitaires soient acceptés par les populations d’accueil dans des contextes politiques et de sécurité souvent complexes.

L’Union européenne condamne les attaques perpétrées contre des personnels humanitaires, qui continuent de se produire dans un certain nombre de crises, notamment au Darfour, en Irak, en Somalie, et en Afghanistan.

Il est encore plus préoccupant et inacceptable de constater que les travailleurs humanitaires, tant ceux des Nations Unies que ceux des ONG, sont dorénavant - chaque jour davantage - délibérément pris pour cible. L’Union souligne que la responsabilité de garantir la sécurité des personnels humanitaires incombe au premier chef aux Etats qui accueillent des opérations ou des installations des Nations Unies. L’Union rappelle aussi qu’elle condamne fermement le terrorisme sous toutes ses formes, où qu’il se produise et quel qu’en soit le prétexte.

L’Union européenne attache une grande importance au respect de l’espace humanitaire, indispensable pour assurer l’accès aux populations en détresse. L’action humanitaire répond à une logique propre. Mais dans certaines circonstances, en dernier ressort et sous certaines conditions, il lui est parfois nécessaire de bénéficier d’une sécurisation qui permette de s’assurer que l’aide parvient bien aux populations concernées tout en protégeant les personnels. L’Union européenne rappelle que le recours aux moyens militaires et de protection civile pour des opérations humanitaires doit être conforme aux " Directives d’Oslo " et au MCDA.

Par ailleurs l’autonomie des acteurs humanitaires en matière d’évaluation des besoins des populations touchées par les crises doit être préservée.

Monsieur le Président,

Comme le démontrent plusieurs crises récentes liées à des catastrophes naturelles ou des conflits, il reste malheureusement des Etats qui restreignent délibérément l’accès humanitaire aux populations sinistrées. Pour être efficace, les Etats concernés et la communauté internationale doivent faire le nécessaire pour que l’aide humanitaire puisse être acheminée sans restrictions, dans le respect du statut et de la liberté de mouvement des personnels humanitaires. C’est un point crucial pour l’Union européenne qui est l’un des principaux acteurs de l’action humanitaire internationale.

Comme en sont convenus les chefs d’Etats et de gouvernements au sommet mondial de 2005, l’Europe est convaincue que c’est à chaque Etat qu’il incombe de protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité. Il incombe également à la communauté internationale, dans le cadre de l’Organisation des Nations unies, d’aider à protéger les populations de ces crimes. Mais lorsque les autorités nationales n’assurent manifestement pas la protection de leurs populations, la communauté internationale a confirmé qu’elle était prête à mener une action collective par l’entremise du Conseil de Sécurité. L’Union européenne attache la plus grande importance à la mise en œuvre effective de la " responsabilité de protéger ". Nous en avons pris l’engagement. Nous le devons aux populations en détresse.

Monsieur le Président,

Des millions de civils sont les victimes des conflits. Les femmes et les enfants sont particulièrement vulnérables et sont hélas devenus des cibles privilégiées. L’Union européenne est tout particulièrement préoccupée par l’augmentation des violences sexuelles et sexo-spécifiques, qui tendent à devenir une véritable arme de guerre. Des mesures efficaces de prévention, de protection et de soutien aux victimes doivent être renforcées et intégrées dans tous les aspects de l’assistance humanitaire.

L’Union européenne souligne à cet égard l’importance de la mise en œuvre totale et effective des résolutions du Conseil de sécurité 1674, 1325, 1820, 1612. Ces résolutions fournissent un cadre d’action important pour la protection des civils et des plus vulnérables, en particulier les femmes et les enfants.

L’Union européenne entend adopter prochainement des " Lignes directrices " sur la lutte contre les violences faites aux femmes afin de traduire la priorité qu’elle attache à son action dans ce domaine, et d’inscrire cette action dans la durée.

Les violences à l’égard des enfants sont aussi particulièrement inacceptables. L’Union européenne soutient l’action du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur les Enfants et les conflits armés et soutient l’action menée notamment par l’UNICEF pour réinsérer les enfants victimes de la guerre

Monsieur le Président,

Je voudrais maintenant évoquer les trois grandes crises auxquelles la communauté internationale doit faire face : le changement climatique et les catastrophes naturelles, la crise des prix alimentaires et les conséquences de la crise financière.

Le cyclone Nargis en Birmanie et les récents ouragans dans les Caraïbes ont durement touché des populations déjà fragiles. On pourrait multiplier les exemples. L’Union européenne réaffirme la nécessité d’aider le BCAH, en liaison avec les autorités nationales concernées, à jouer son rôle dans la coordination de la réponse aux catastrophes, et souligne le rôle majeur que jouent au quotidien sur le terrain les ONG et la communauté humanitaire.

L’Union est déterminée à promouvoir la réduction des risques de catastrophe et à préparer au mieux les populations aux possibles catastrophes dans les pays en développement à travers une action cohérente et coordonnée aux niveaux local, national et régional. Le renforcement des capacités locales est indispensable. L’Union encourage les Etats à mettre en oeuvre le cadre d’action de Hyogo et en particulier la priorité 5 sur l’intégration des stratégies de réduction des risques dans la phase de préparation. Elle soutient en outre le rôle de coordination joué par la " Stratégie internationale de prévention des catastrophes " et rappelle l’importance d’une bonne intégration des stratégies de réduction des risques et de planification préalable dans la coopération pour le développement.

Concernant la crise alimentaire, les Nations Unies ont été en première ligne pour mobiliser la communauté internationale et contribuer aux réponses immédiates dans les pays les plus affectés. L’Union européenne tient à souligner la qualité du travail effectué par la " Task Force " des Nations-Unies coordonnée par M. John Holmes. La réponse à la crise alimentaire devra nécessairement s’inscrire dans la durée afin d’en traiter les causes structurelles. C’est l’objet du partenariat mondial pour l’alimentation promu par les pays du G8, auquel l’Union s’associe pleinement.

Bien qu’elle soient pour l’instant difficiles à évaluer précisément, il est clair que la crise financière actuelle aura des répercussions sur l’action humanitaire. D’une part, une augmentation des besoins liée à une dégradation de la situation de populations déjà éprouvées est prévisible ; d’autre part, les pays du Sud s’inquiètent du risque potentiel de diminution des contributions financières. L’Union européenne, qui a réaffirmé ses engagements à l’égard du respect des Objectifs du Millénaire pour le Développement, et qui est le principal contributeur aux Agences humanitaires des Nations Unies, encourage le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires à élargir la base des donateurs et appel l’ensemble des Etats membres à se mobiliser.

L’Union est favorable à l’amélioration de la prévisibilité et de la flexibilité des financements humanitaires. A cet égard, la mise en place du Fonds central de réponse d’urgence (CERF) et des fonds humanitaires communs a été un développement très positif. L’Union se réjouit de l’amélioration de la réponse rapide aux crises par le BCAH grâce à la mise en place du CERF et salue l’accent mis sur les crises sous-financées, Le BCAH doit rester attentif aux résultats de l’évaluation indépendante du CERF.

Face à tous ces défis, il convient d’améliorer la réponse internationale aux crises humanitaires par une meilleure coordination des interventions des divers acteurs, et de définir avec précision les priorités d’action. L’Union européenne soutient la réforme humanitaire des Nations Unies, en particulier l’approche sectorielle et le rôle des Coordinateurs résidents/humanitaires. L’approche sectorielle contribue à une intervention humanitaire internationale plus cohérente, rassemblant l’ensemble des acteurs concernés, y compris les ONG internationales et locales, et permet une meilleure évaluation des forces et des faiblesses de l’action humanitaire. Il faut savoir trouver un juste équilibre entre cohérence de l’action et souplesse dans l’exécution.

L’Union européenne soutient par ailleurs l’approche partenariale mise en place au sein de la " Platte-forme humanitaire globale ". Pour garantir l’efficacité de l’aide humanitaire, il convient d’améliorer l’évaluation des besoins aux niveaux tant mondial que local. Une bonne évaluation des besoins exige des informations fiables et des priorités clairement définies. L’Union européenne salue le rôle essentiel des équipes des Nations unies chargées de l’évaluation et de la coordination en cas de catastrophe (UNDAC). Enfin, il est nécessaire de dépasser la simple réponse d’urgence. Le relèvement initial et la reconstruction doivent prendre le relais naturel de l’assistance humanitaire. Pour parvenir à renforcer le lien entre l’aide d’urgence, la réhabilitation et le développement (LRRD), l’Union européenne encourage les acteurs humanitaires et du développement à coordonner leur action dès les premières phases de la réponse à une crise. Dans les situations de transition, les synergies entre action humanitaire et aide au développement sont indispensables, tout en respectant les mandats et les approches des différents acteurs.

En conclusion, je voudrais réaffirmer le plein soutien de l’Union européenne au Secrétaire Général Adjoint pour les affaires humanitaires M. John Holmes. Soyez tous assurés que l’Union continuera à travailler étroitement avec les Nations Unies et l’ensemble des acteurs humanitaires afin de porter secours aux victimes des conflits et des catastrophes./.



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