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7 avril 2005 - Colloque Pierre Teilhard de Chardin : Message de Monsieur Jacques Chirac, Président de la République aux participants

Mes chers amis,

Mes premiers mots, au moment où s’ouvre ce colloque consacré à Pierre Teilhard de Chardin, qui fut un visionnaire animé d’une conscience universelle, sont pour rendre hommage à Sa Sainteté le Pape Jean-Paul II. Pour saluer son action inlassable au service de la dignité de chaque homme, au service de la réconciliation et de la paix. Pour rappeler ce message de confiance et d’espérance qu’il a porté sur tous les continents et qui a tant marqué l’Assemblée Générale des Nations Unies lorsqu’il s’exprima devant elle, voici dix ans, à l’occasion du cinquantième anniversaire de l’Organisation.

Aujourd’hui, c’est le souvenir de Pierre Teilhard de Chardin qui nous rassemble, un demi-siècle après sa mort. Un homme qui, porté lui aussi par sa foi, et puisant dans son expérience d’homme de science, a pressenti les urgences de notre temps et plaidé en faveur d’un certain mouvement du monde. Cinquante ans après, l’œuvre de Pierre Teilhard de Chardin trouve un écho singulier.

Il fut parmi les tout premiers à mettre en garde l’humanité contre le danger de "mettre la planète au pillage" selon sa propre formule, à entrevoir cette exigence de développement durable désormais à l’œuvre tandis que les hommes prennent conscience des limites physiques, matérielles et écologiques de notre planète.

Face au réchauffement du climat, à l’érosion de la biodiversité, nous réalisons aujourd’hui que notre richesse, notre puissance peuvent être leurs propres ennemies. Que les appétits de la modernité hypothèquent l’avenir. Que les déséquilibres engendrés par notre action, la surexploitation de la nature, la quête effrénée du profit, seront peut-être sans retour.

Nous commençons tout juste à comprendre qu’il faut inventer maintenant un nouveau lien entre l’homme et la nature. Poussé par une passion "jalouse, débordante, absorbante" pour la géologie et les origines de l’homme, Teilhard de Chardin s’est longuement penché, des volcans d’Auvergne aux déserts d’Egypte, en passant par les steppes d’Asie, sur le pourquoi et le comment de la construction de la Terre. Il s’est interrogé, depuis la découverte de l’homme de Pékin, sur les évolutions de notre espèce et la place de l’homme dans l’univers. Il a élaboré une nouvelle philosophie du progrès reposant sur une relation harmonieuse entre l’homme et la nature et a redéfini une éthique de la solidarité à l’échelle de la planète.

Premier pays du monde à avoir inscrit une charte de l’environnement dans sa Constitution, la France a placé ces valeurs de solidarité et de responsabilité environnementale au cœur de son propre pacte social en même temps que de ses efforts sur la scène internationale. Par son engagement, elle rejoint les intuitions de Pierre Teilhard de Chardin.

Il a pressenti cette convergence qui marque notre monde, ce resserrement de la planète sur elle-même. Il en attendait un progrès de la conscience, une marche de l’humanité vers davantage de solidarité. Ce que nous appelons aujourd’hui la mondialisation, Teilhard de Chardin l’a perçue comme l’expression d’une unicité de la planète, affirmant l’émergence nécessaire d’une conscience universelle, d’une citoyenneté mondiale.

Teilhard de Chardin appelait de ses vœux une clé de voûte du système mondial. Il insistait sur le rôle préventif d’un cadre international, capable de réagir de façon collective et solidaire. Son idéal de convergence rejoint les impératifs d’aujourd’hui, qui mêlent l’exigence morale de dignité et d’équité, l’exigence de paix et de sécurité, l’intérêt économique et la préservation de l’avenir.

Ce cadre, la création de l’ONU en a jeté les bases voici soixante ans. Chaque jour, avec la mondialisation en marche, en souligne la pertinence et la nécessité. Avec la réforme en cours du système des Nations Unies. Avec l’Organisation des Nations Unies pour l’Environnement dont la France a proposé la création. Avec l’instance pour une meilleure gouvernance économique et sociale de la mondialisation dont l’idée, lancée à Monterrey par notre pays, fait patiemment son chemin.

Toutes ces évolutions à l’œuvre désormais : l’impératif de solidarité et de partage qui les sous-tend ; nos efforts obstinés pour que la mondialisation signifie plus de progrès et de prospérité pour tous : tout cela rejoint la prémonition d’un Teilhard de Chardin. Je ne doute pas du bonheur qui serait aujourd’hui le sien en voyant les énergies se mobiliser, une conscience planétaire émerger et prendre forme, avec l’ambition d’établir une gouvernance politique mondiale, avec l’affirmation des valeurs universelles et l’édiction de règles à l’échelle planétaire.

Au moment où vous engagez vos travaux, je tenais à rendre hommage à l’œuvre visionnaire de Pierre Teilhard de Chardin, à cet esprit exceptionnel parfois incompris de ses contemporains, mais précurseur de tant d’évolutions de notre monde, et dont l’exigence intellectuelle et morale continue de nous inspirer aujourd’hui.

Je vous remercie.



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